Sept pour un million

nouvelle parue chez imajn’ère en 2013. Disponible ICI

L’un de mes textes préférés. À la fin, j’écris ceci :

Merci à Jean-Hugues pour la bouquinerie,
à Julien pour le chat,
à Sylvie-Jeanne pour la péniche

et à E*** pour Fantômette.

Improbable naissance… J’avais été invité l’année précédente au festival ImaJn’ère par Jean-Hugues Villacampa car j’avais écrit une courte bêtise (Oops !… They did it again). Le festival se tenait encore dans la Tour Saint-Aubin. J’ai découvert des gens adorables et une ville très agréable ;  j’ai dormi pour la première fois de ma vie dans une péniche ; j’ai rencontré l’équipe qui me mènera à TRASH et NECROPORNO ; et le lecteur croisera même l’auteur des Pilleurs d’âmes… Et c’est cette année-là que j’ai rencontré une jeune femme vêtue de noir, énigmatique et… blonde. Plus que charmante.
Même madame Darvel, qui l’a rencontrée plus tard, l’a trouvée très jolie.
Bref.
J’ai été sollicité l’année suivante pour l’anthologie qui avait le « post-apo » pour thème. L’idéal était de prendre comme point de départ la « tenture de l’apocalypse » exposée au château d’Angers. N’ayant hélas pas pu la voir (le musée était fermé pour réfection), je suis parti du livre L’envers & l’endroit de Francis Muel.
Quelle merveilleuse incitation que celle d’écrire pour dissiper son ignorance sur un sujet !… En outre, j’y ai vu l’occasion d’évoquer la joie véritable d’avoir rencontré des personnes d’une si grande gentillesse. Si, par la suite tout cela se dissipait, l’instant restera noté ici.
L’histoire se passe précisément à Angers, les rues, les gens, tout est rigoureusement réel, et cette réalité se transforme en une… tenture. Fil après fil.
…[ Fantômette s’avança sur le seuil. Elle n’eut pas besoin de descendre la marche pour que je comprenne ce qu’elle avait voulu dire par il se passe quelque chose. Son vêtement noir, tout à l’heure encore intact, était comme passé au soleil ; il s’effilochait sans raison et les franges ainsi dénudées s’agitaient et se mêlaient aux fils d’Afrique du nord. Elle me regarda sans prononcer un mot. Machinalement, je levai la main pour ôter un fil écru, épais, qui s’était entortillé dans ses cheveux blonds. Je suspendis avec tact mon geste. Le fil sortait non pas de ses cheveux mais de sa tempe, passait par-dessus l’espèce de bandeau qu’elle portait et s’enfonçait sous la peau de l’oreille. Un fil de sautage de trame, en quelque sorte. […]  Je cédai à une impulsion soudaine et dis à Fantômette de rentrer dans la boutique. Elle se tourna. Je vis que son envers, bien qu’encombré de fils qui pendaient était d’une teinte plus vive, plus fraîche que son endroit. ]…
Tous, nous terminons broderie d’une nouvelle apocalypse :
…[ Je vis Angers, surface plate hérissée d’architectures grossières, délimitée par un losange quadrilobe et fendue par le ruban terne de la Maine comme la face du fils de l’homme traversée par le glaive à deux tranchants ; oui, je vis les flots réguliers de l’Euphrate, moutonnante frontière mangée par la barbarie ; je vis des cieux agités de lambeaux rouges ; je vis surtout une place désertée par la foule du siècle en cours : je dénombrai les rares hommes ensevelis sous les drapés ; je vis des cercles qui flottaient, des nimbes vides, des mandorles refermées sur le néant et je sus que toute chose issue de notre civilisation finissante se figeait dans une nouvelle tenture de l’Apocalypse. ]…
Commencée de manière triviale (un fil sort du cul d’un chat), l’histoire se clôt sur l’universel.
Dans l’affaire, je note même dans mon carnet l’idée d’une nouvelle qui s’intitulera Les douze amants de la femme qui n’existait pas ; à ce jour, je ne l’ai pas encore écrite.
Cette Fantômette, cette mystérieuse E***, m’a durablement impressionné. Vous la retrouverez dans L’Homme qui traversa la Terre – toujours blonde, mais également brunette aux cheveux courts, comme la justicière masquée. Oui, celle que je ne cesse de croiser depuis près de cinquante ans, la seule personne, avec Gustave Le Rouge et Francis Lacassin, à qui j’ai raconté mon périple sur Mars.
(Le titre de la nouvelle illustre l’idée que, dans la tenture de l’apocalypse, la multitude est figurée par un nombre restreint .)DSC02895Sept pour un million

Sept pour un million