2021 / chapitre 20

Séries arrêtées très vite : Resident Alien ; The Mosquito Coast.

Pourquoi je cours après une clairvoyance propre à chaque heure de la journée ?

Celui qui dénombrait les hommes (China Miéville). Abandonné au bout de 50 pages. Je crains que ce soit sans intérêt. Godwin vs Miéville : Godwin écrit pour éclairer le lecteur (sur les iniquités sociales) ; Miéville joue à perdre le lecteur, à dissimuler la réalité particulière qui est au centre du récit.

Cancel et Greatel : l’époque est un vrai conte.

L’imaginaire doit s’accompagner d’ivresse.

Des fois, Chastragnette au retour d’une balade, son cul, c’est pas un arrière-train, c’est une déchetterie.

Mes livres, c’est moi qui les écris, c’est moi qui leur permet d’exister. Qu’un distributeur l’escamote est inacceptable ; qu’un éditeur choisisse de les faire disparaître au motif que j’ai publiquement protesté des oubliettes où le distributeur le refourguait est intolérable. J’ai écrit mes livres sans que personne ne me le demande. Le dernier, je l’ai placé sous une autorité éditoriale qui n’est en aucun cas intervenue dans le processus de création, qui s’est révélée moralement hautaine et méprisante envers l’auteur.

Moi et la lecture : je ne suis pas sensible à l’intention de l’auteur, ni même au sujet ou au genre du livre ; de la lecture, je n’en élabore pas une réflexion ou une critique ; c’est plutôt un peu comme si j’émiettais le livre à la surface d’une mare et que les carpes de mon imagination venaient en gober des morceaux depuis les profondeurs un peu troubles de l’esprit.

Miss Marple au club du mardi (Agatha Christie) Il lui incombait tous les jours d’aller ramasser salades, herbes, carottes tendres, bref tout ce que les jardiniers ne cueillent jamais à point ; ils détestent vous donner des légumes jeunes et tendres, préférant attendre qu’ils soient énormes – ce qui les remplit d’orgueil – et durs. (L’herbe de mort, p. 124).

L’exigence du lectorat ? Que ça aille vite, que ça raconte un truc qu’on peut suivre. Que les personnages soient ceci cela. Pas de mots inutiles. Pas de hors-piste. Netflix.

2021 / chapitre 20

2021 / chapitre 19

Un homme avec une tête lumineuse en forme de soucoupe.

Le vrac laissé dans l’esprit de chacun par la lecture assidue de livres de SF donnerait à formuler une définition de celle-ci autre que les épanchements infinis des universitaires qui se sont posés la question : qu’est-ce que la SF ?

On parle de l’orbite plus ou moins basse, plus ou moins haute tracée par un récit autour de la planète science fiction. Sa velléité de vraisemblance plus ou moins mise en branle.

Aventures de Caleb Williams (William Godwin). Le livre de Godwin est exactement le contraire d’un chapitre d’un guide pratique de conseils en écriture nouvellement édité : Show, don’t tell. Tell, don’t show. Il n’obéit à aucune règle de fabrication – et il est palpitant, c’est à n’y rien comprendre au manuel. Bon, il date de 1794… Godwin est le père de Mary Shelley, et anarchiste. C’est dense. Passé les 80 premières pages qui nécessitent une acclimatation, la lecture en est jouissive. Il y a plus à lire dans un paragraphe de Caleb Williams que dans la totalité de Celui qui dénombrait les hommes de China Miéville. Il se dit que, si l’on encourageait les fermiers dans des actes de désobéissance aussi inexcusables, il n’y avait plus de règle ni de bon ordre à espérer. (p. 106). Jusque-là, je n’avais eu aucune relation avec le monde et avec ses passions ; et, quoique je ne les connusse un peu telles qu’elles sont dépeintes dans les livres, je sentais que cette connaissance n’était qu’un faible secours quand je me trouvais face à elles. (p. 163). Nous trouvons toujours des charmes à faire ce qui est défendu, parce que nous sentons confusément que la défense renferme en soi quelque chose d’arbitraire et de tyrannique. (p. 165). William, dit-il, il y a une masse énorme de charges contre vous ; les preuves directes sont fortes, les circonstances qui viennent à l’appui sont nombreuses et frappantes. Je conviens que vous avez mis dans vos réponses une adresse extrême, mais, jeune homme, vous apprendrez à vos dépens que l’adresse, quelle qu’elle puisse être, ne saurait tenir contre la force insurmontable de la vérité. Il est heureux pour les hommes que l’empire du talent ait ses bornes, et qu’il ne soit pas au pouvoir de l’esprit le plus subtil de renverser les distinctions entre le juste et l’injuste. (p. 259). Chose étrange, que les hommes se soumettent de génération en génération à laisser dépendre leur vie du souffle d’un autre, et cela simplement pour que chacun ait à son tour le pouvoir de jouer, au nom de la loi, le rôle de tyran ! (p. 315). En choisissant un tel genre de vie, ces hommes ne pèchent pas moins contre leur propre intérêt que contre le bien général. Celui qui expose ou sacrifie sa vie pour la cause publique en trouve la récompense dans le témoignage d’une conscience satisfaite ; mais ceux qui se dévouent follement à braver les précautions indispensables, quoique cruellement exagérées, que tout gouvernement est obligé de prendre pour le maintien des propriétés, en même temps qu’ils jettent l’alarme et le trouble dans la société tout entière, montrent, à l’égard de leur intérêt personnel, autant d’imprudence et de mépris d’eux-mêmes qu’un homme qui s’aviserait de se placer comme point de mire devant une troupe d’arquebusiers. (p. 339). Mes yeux suivirent le carrosse, et je m’écriai : « Voilà le faste et les aisances de la vie qui accompagnent le crime, et voici le dénuement et la misère qui sont le partage de l’innocence ! » (p. 352). Après avoir bien examiné la question sous toutes ses facettes, je décidai que la littérature serait la carrière où je risquerais mes premières tentatives. J’avais vu dans mes lectures qu’il avait été gagné beaucoup d’argent à ce métier, et que des spéculateurs en ce genre de marchandise donnaient un gros prix à ceux qui étaient bons ouvriers. (p. 384).

2021 / chapitre 19

2021 / chapitre 18

East Village Blues (Chantal Thomas). Ce bouquin est une sorte d’arnaque sans conséquence. Tissé de paragraphes sur la Beat generation si factuels qu’on les croirait prélevés à wikipedia, sans l’once d’une appropriation ou d’une réflexion. La place de la narratrice dans le dispositif est très léger – souvenirs d’une virée en 1970 et retour aujourd’hui dans ces mêmes quartiers. Elle fait la promo de Jeremiah Moss qui dans son livre Vanishing New York (et sur son blog) dresse la recension de ce qui a disparu dans l’East Village et ce qui le remplace (ce qu’elle a eu la flemme d’’écrire, sans doute). Je suis vache : deux chapitres éveillent la curiosité, dont celui où elle suit une Asiatique vêtue de blanc. Mais c’est maigre et on sort de la lecture sans grand chose dans la besace.

Repris la réécriture de Cluche (qui s’appelle Micmacs au Maquis).

Pfizerisé ! S’il n’y a pas d’effets secondaires dans l’heure qui vient, je leur colle un procès.

Ces pédants fonctionnent avec les mêmes ressorts que ce qu’ils dénoncent.

Combien ma cervelle peut rester idiote devant quelque chose ; combien une lecture (une déposition de lucidité) peut la sortir de son embarras.

Il existe des Janus autant que de variétés de dés : à six, douze, vingt faces.

Analyse de mes romans : le récit tend à ce qu’un groupe se constitue, de manière aléatoire ; dès lors, chaque individu cherchera à se séparer de ce groupe, à en fuir la logique. (Ce qui est peut-être pertinent si on en vient à vouloir cerner l’auteur, dont les récits peuvent englober un genre, mais pas y obéir et s’y morfondre.)

2021 / chapitre 18

2021 / chapitre 17

Je constate que pour camper des héroïnes, les auteurs et autrices de tel ouvrage ou de telle collection déterrent et animent Marie Curie, Mary Shelley, Selma Lagerlof, Ann Radciffe ou Louise Michel contre le déchainement d’entités convenues ; aucune pensée pour Paulette Buteux, Ginette Mathiot ou Marie-Louise Cordillot. On songe à libérer les femmes libres, pas les cuisinières.

Être journaliste c’est écrire pour des gens qui ont une exigence de vérité, de réalité.

La Daronne (Hannelore Cayre). Je pense que ça vous parle, vous qui aimez les bêtes. J’en ai amené deux à piquer alors je sais ce que c’est. Ils vous regardent quand on les endort et luttent pour que leurs yeux ne se ferment pas. Et vous savez pourquoi ils font ça ? Pour emmener avec eux une image de vous parce qu’ils vous chérissent et ils savent qu’ils ne vous verront plus. Parce que les chiens, voyez-vous, ça ne croit pas en Dieu. (p. 80).

Ayant terminé service militaire, je vends perruque homme cheveux mi-longs bruns. Serge Weigert, 17, rue de la Paix, 06-Mouans-Sartoux. (Rubrique Messages, Actuel No. 27, janvier 1973)

Derniers pas sur la squame envoyé à L’Atalante.

2021 / chapitre 17

2021 / chapitre 16

Vaines promesses des illustrations en couverture des livres : dedans , ce n’est tout de même que des caractères et du papier. Idiot de s’entretuer pour ça.

Un roman, c’est la forme épurée d’une émotion et d’une réflexion. Se farcir les pensées de l’auteur sur fb n’est pas attrayant.

Continuons à échanger, Philippe Coste et moi. Il a travaillé 26 ans comme correspondant US pour l’Express, puis pour la revue America. Vit toujours à New York.

Lu Les sentinelles (Ed Mc Bain) : confus. Arrêté la série 30 monedas à l’épisode 2, Image laide, histoire sans doute faite pour montrer aux Espagnols ce que la foi implique logiquement comme peurs et cauchemars. Le personnage du maire est marrant, mais l’affaire présente peu d’attraits narratifs. Son rythme est rapide et passe d’une péripétie à une autre un peu trop facilement.

En SF, littérature conjecturale, série B ou Z, etc., souvent l’évocation ou l’énumération des choses bizarres qui les composent est plus plaisante que la lecture elle-même. La bd de Serge Clerc sur ses année Métal Hurlant – Le journal – est épatante pour ça, avec sa foison de titres en arrière-plan du dessin. Développer une intrigue sur des araignées vénusiennes qui mangent des enfants transformés en pantins de pâte à modeler par un rayon X ne nécessite pas d’autre développement ; un roman bâti là-dessus ne peut être que poussif, voire inutile. Il contrecarre la puissance d’émerveillement contenue en si peu de mots.

2021 / chapitre 16

2021 / chapitre 15

Cassandra (Tom Robinson) Un Gallmeister qui patauge dans le snuff bite-couilles-vomi-caca-etc., assez embrouillé et passablement outrancier. Ses vêtements pendaient sur lui comme des chaussettes sur un poulet. (p. 51). Je me faisais tout expliquer par un gamin qui avait moins de poil au menton que Jennifer Lopez. (p.76). Si le truc que j’ai entendu aboyer est plus gros que ma bite, je te paye un steak. (p. 132).

Je viens de terminer un roman de 624 000 signes incitant l’humanité à se taire. L’idéal serait qu’il ne soit pas édité. L’écriture, l’image, le son, ce n’est plus l’expression d’une âme s’élevant au-dessus des autres et les aspirant vers le meilleur, c’est l’écrasement des individualités par une individualité et ses relais industriels. Une pâte cérébrale industrielle dont les seules qualités sont expansives.

Je n’ai eu peur que lorsque nous avons déposé le bilan et que je me suis trouvé devant le juge du tribunal de commerce, qui brandissait un numéro avec un couverture de Nicollet sadomasochiste en hurlant : « Et c’est pour ça qu’on a fait un trou de 5 millions de francs ?! » (Jean-Pierre Dionnet, cité dans Métal Hurlant, La machine à rêver, 1975-1987, Gilles Poussin & Christian Marmonnier) Un livre terrifiant : dépeçage d’un élan créatif par les banques, le stress – et donc par la coke –, par les égos et les escrocs, par les rivalités et par le show-bizness, par les opportunismes, par la jalousie, par les incompatibilités et par les stratégies de survie, par la compétition charognarde en milieu d’affaires et par le temps. Chacun a l’éloquence de sa vision des choses.

Séries rapidement abandonnées : The irregulars, Debris : mornes poncifs, inventivité zéro. (Dans la série Débris, les personnages se font débriefer.) Lecture abandonnée : Rivages (Gautier Guillemain) : plat.

Que de phrases délectables au fil des pages : « Tiens ! » (p. 45), « Ça alors ! » (p. 83), « Malédiction ! » (p. 49), « Ce qui arrive devait arriver ! » (p. 55), « Tous mes plans auront donc échoué ! » (p. 121), « Nous ne sommes pas au bout de nos peines ! » (p. 54), « Damn ! Où sont mes bolgues ! » (p. 92), « Je n’y comprends rien ! » (p. 49), « Ainsi, il y aurait un jeu ? » p. 105). Et la plus suave : « Ah ! Il suffisait donc de tirer sur cette minuscule cassette ?!!! » (p. 94). Jamais sans doute l’ahurissement n’avait atteint un tel degré de pureté. (Jacques Goimard, postface au Major Fatal in Mœbius – œuvres complètes tome 3)

Pour atteindre la considération du lecteur, un livre de SF doit être assez sérieusement écrit pour susciter un débat. Sinon, il passe inaperçu.

Cessons de parler de ceux dont on regrette la taille de l’égo.

2021 / chapitre 15

2021 / chapitre 14

Maurice à la poule (Matthias Zschokke) Une belle découverte. Mais peut-être ne veut-il tout simplement pas s’expliquer, parce qu’il préfère les choses compliquées. (p. 42). Comme c’est agréable d’être accusé de délit de circulation et d’être arrêté par un policier ! En général, ils ont la chair délicieusement ferme, les policiers, ils sont bien lavés et en bonne santé. Leurs cheveux sont coupés court, à la tondeuse. Parfois, j’aurais envie de tapoter leurs bras nus et bronzés recouverts de petits poils blonds comme le cou chaud d’une truie portante. (p. 91). Je me collai contre elle et sentis comme une chair tendre, humide et chaude se mit à recouvrir mon gland couleur prune qui, gonflé et tendu comme un rognon, se glissa entre les muqueuses souples qui se détendirent et se dilatèrent. (p. 119). On sait peu de choses de la paresse, étant donné que le paresseux manque de l’ambition et de la force nécessaires pour pouvoir informer sur son état d’une manière capable d’impressionner durablement une personne travailleuse. (p. 126). Derrière l’imprimeur, dans la pénombre, un être manquait. (p. 146). J’ai lu que la prostitution rapporte plus que les drogues. Les femmes ne coutent rien en frais de fabrication. (p. 177). Toute notre vie, on nous raconte, dans des variantes de plus en plus fleuries, à quel point c’est une expérience unique et marquante d’assister à la mort d’un proche parent. Et puis le moment venu, on s’aperçoit que ça nous barbe. (p. 180). Puis apparaissent à l’écran tous ces visages connus, les têtes gonflées de vieux messieurs qui démontrent avec volupté leur habileté dans le domaine du discours et des jeux de l’esprit, leur faculté à ne se laisser atteindre par rien et à masquer la seule chose qui les fait avancer, leur soif d’argent et leur besoin irrésistible de se placer sous les projecteurs. (p. 187).

Dernier jeu en vogue à la Grange : remplacer le mot schtroumpf par le mot zboub : des heures de fous-rires garantis.

Sentiment mitigé à propos de la lecture de Poussières d’étoiles de Nina Allan. Recueil qui propose des nouvelles emboitées en poupées russes et reliées entre eux par l’évocation d’une actrice. Le recueil doit être relu, selon la postface, afin de découvrir les liens entre les histoires. Je n’ai pas forcément envie de devoir replonger dans des pages assez plates du quotidien des personnages. Je comprends l’impulsion suivie par Nina Allan ; il n’en reste pas moins que l’affaire est trop peu fulgurante pour me tenter une seconde fois. Autant je prendrai plaisir à relire Carpentier ou Cortazar, car chaque paragraphe renferme un enchantement, autant l’art de Allan basé sur la structure du récit me donne trop peu à apprécier dans l’écriture. Elle a pour elle ce fourmillement de personnages affairés dont on sait qu’ils vont disparaître du récit – car le récit va disparaître lui-même vers autre chose. Se forme l’image de quelque grouillement fugitif ; y chercher une structure par le biais de l’évocation d’une absente est un incitation dénuée d’enjeu véritable. Tout cela annonce Fracture (elle cite le mot dans sa postface) que j’ai apprécié, car je n’avais aucune idée de ce que j’allais lire ni qui j’allais lire.

Bim ! Prince Philip. Bim ! DMX.

Toutes ces planètes & mondes évoqués par le genre SF forment une sorte de banlieue de la terre. Indéfiniment réinventée, indéfiniment morne.

2021 / chapitre 14

2021 / chapitre 13

Terminé Derniers pas sur la squame. 626 000 s. Septembre 2019 / Avril 2021.

Sale affaire (Eric Ambler) Le bon vieux principe libéral du vivre et laisser vivre est jeté à la ferraille. On ne veut plus que des gens que l’on peut exploiter. (p. 57). Et cette jolie formulation dans la bouche d’un personnage : Nous espérons beaucoup que la façon peu orthodoxe de notre arrivée à bord ne fera pas l’objet d’un malentendu, poursuivit Goutard d’un ton ferme. (p. 63). Devant la maison, étaient rangés une jeep et l’une de ces petites voitures françaises qui ont l’air d’avoir été construites avec des déchets par un mécanicien amateur : une 2 CV Citroën. (p. 140).

2021 / chapitre 13

2021 / chapitre 12

Stardust (Nina Allan) Variation sur le même principe que Complications, à savoir un ensemble de nouvelles partageant de façon lâche un élément commun. Un côté factice apparaît. À moins que le thème de ses textes soit la prolifération de la famille dans le temps et l’espace. Le fourmillement de personnages, la diversité infatigable de leurs liens, leurs ramifications – une esquisse très poussée d’une foule qui se mesure à l’infini. D’après les ouvrages que j’avais lus à ce sujet, je savais déjà qu’en réalité le verre demeure un liquide et que seule sa forte viscosité lui permet de conserver une forme stable. Celui qui avait fabriqué les miroirs des frères Gelb avait réussi d’une manière ou d’une autre à mettre en lumière sa liquidité, à la quantifier, à persuader le verre de révéler sa vraie nature. (La porte de l’avenir, p. 106).

Il ne reste plus qu’à mettre au point un vaccin qui protège des vaccins.

Prépandémique vs postpandémique.

Détruire / Retruire

Raisonner en genre, c’est mettre un pince-nez pour se tenir à l’écart.

Mal de pierres (Milena Agus) Faux portrait d’une femme, élaboré par sa petite fille qui s’est laissée prendre à ses mensonges. Une forme d’ode à l’élucubration, à la soumission romantique, au fantasme. Je m’aperçois que Nicole Garcia en a tiré un film avec Marion Cotillard, délocalisé ailleurs qu’en Sardaigne, d’où est l’auteure. Curieux de voir dans quel sens elle a pris le livre. Je vais donc le regarder. (Si je ne suis pas revenu dans un an, louez mon souvenir.) Un jour, je m’étais même cachée dans un grand vase vide en piquant des tiges dans mes cheveux. (p. 55). Parce que le Rescapé fut un instant, et la vie de grand-mère tant d’autres choses. (p. 91). Papa lui dit que ce n’était pas une bonne idée, qu’il ne fallait pas introduire de l’ordre dans les choses mais seconder la confusion universelle et lui jouer de la musique. (p. 114). Et ce court chapitre V qui contient tout le roman – introduction du déséquilibre du personnage : Un soir, avant de s’asseoir dans le fauteuil bancal, près de la fenêtre sur le puits de lumière, grand-père alla prendre sa pipe dans sa valise de réfugié, sortit de sa poche un paquet de tabac tout neuf et se mit à fumer, pour la première fois depuis ce mois de mai 1943. Grand-mère approcha son siège et resta assise à le regarder. « Ainsi, vous fumez la pipe. Je n’ai jamais vu personne fumer la pipe. » Et ils restèrent en silence tout ce temps-là. Quand grand-père eut fini, elle lui dit : « Il ne faut plus que vous dépensiez de l’argent pour les femmes de la maison close. Cet argent, vous devez le dépenser pour acheter votre tabac et vous détendre en fumant votre pipe. Expliquez-moi ce qui se passe avec ces femmes, et je ferai exactement pareil. »

2021 / chapitre 12

2021 / chapitre 11

Il faut revenir sur l’écriture d’un chapitre, lui donner un objet, une tension, un but. Ce n’est pas la dent d’un engrenage, pareille à la précédente et à la suivante dans la mécanique du récit. Il faut en dégager les éléments intrinsèques et les agencer, les mettre en scène dans l’espace qu’il restreint. Sinon, autant ne pas chapitrer et que l’histoire se déroule sans halte du début à la fin.

Ce ne sont pas des informations, ce sont des contre-feux.

Dernière nuit à Montréal (Emily St John Mandel) Faux thriller. Chassé-croisé où on suit sur des années un père qui fuit avec sa fille à travers les États-Unis ; le petit ami de la fille devenue grande, qui s’intéresse aux langues mortes ou mourantes ; un détective privé qui, lui, fuit sa femme bizarre et se lance pendant des années sur les traces des deux premiers ; la fille de celui-ci, une funambule – qui fait décoller l’histoire quand le petit ami de la fille fugitive (on suit ?) se retrouve à Montréal. Le tout passe d’une personne à une autre, d’une date à une autre, d’un endroit à un autre, d’une situation à une autre – un puzzle lent très agréable à lire.

Delius, une chanson d’été (Sabrina Calvo) J’y suis retourné pour quelques pages. Sans doute un travail achevé de, comment dit-on ? world building, mais architecture n’est pas littérature.

Bourrés, ils sont allés chez le vendeur de peinture Zolpan et ont demandé s’ils pouvaient goûter leur rouge.

Quand en littérature, on se détourne d’un genre au profit d’un autre, aussi attractif que paraisse ce dernier en regard du premier, on finit tout pareil dans une nasse.

Le moteur d’une histoire, l’impulsion créatrice qui la construit, c’est un vide, autour de quoi sinue quelque chose qui ne se lassera pas attraper – qu’on prendra soin de tenir éloigné de ces autres choses qu’on capture, qu’on nomme, qu’on met en scène et dont on fait le versant factice de l’histoire.

2021 / chapitre 11