2021 / chapitre 24

Salammbô (Gustave Flaubert) Flaubert n’a pas de sympathie pour son héroïne. Pour le reste, c’est une montée des massacres – parce qu’on ne veut pas payer les hommes, parce qu’on les trompe, parce qu’on les extermine. Lui qui déclare vouloir écrire autre chose que les bassesses des bourgeois élargit sa détestation à l’humanité d’alors. C’était une eau bourbeuse, noire, glacée, profonde. Elle enfermait des monstres insensibles, parties incohérentes de formes à naître (p. 71). Soudain il s’arrêta, les yeux béants, comme s’il eût découvert entre les chiffres sa sentence de mort. (p. 85). les gouvernements étaient estimés comme des pressoirs d’après la quantité qu’ils faisaient rendre. (p. 108). et la lumière arrivait, effrayante et pacifique cependant, comme elle doit être par derrière le soleil, dans les mornes espaces des créations futures. (p. 127). Et puis deux péripéties un peu hors-propos : Il y avait en dehors des fortifications des gens d’une autre race et d’une origine inconnue, — tous chasseurs de porc-épic, mangeurs de mollusques et de serpents. Ils allaient dans les cavernes prendre des hyènes vivantes, qu’ils s’amusaient à faire courir le soir sur les sables de Mégara, entre les stèles des tombeaux. Leurs cabanes, de fange et de varech, s’accrochaient contre la falaise comme des nids d’hirondelles. Ils vivaient là, sans gouvernement et sans dieux, pêle-mêle, complètement nus, à la fois débiles et farouches, et depuis des siècles exécrés par le peuple, à cause de leurs nourritures immondes. Les sentinelles s’aperçurent un jour qu’ils étaient tous partis. (p. 77). Et : Un chien courait sur le mur. L’esclave lui jeta des cailloux ; et ils entrèrent dans une haute salle voûtée. Au milieu, une femme accroupie se chauffait à un feu de broussailles dont la fumée s’envolait par les trous du plafond. Ses cheveux blancs, qui lui tombaient jusqu’aux genoux, la cachaient à demi ; et sans vouloir répondre, d’un air idiot, elle marmottait des paroles de vengeance contre les Barbares, contre les Carthaginois. Le coureur furetait de droite et de gauche. Puis il revint près d’elle, en réclamant à manger. La vieille branlait la tête, et, les yeux fixés sur les charbons, murmurait : — « J’étais la main. Les dix doigts sont coupés. La bouche ne mange plus. » L’esclave lui montra une poignée de pièces d’or. Elle se rua dessus, mais bientôt elle reprit son immobilité. Enfin il lui posa sous la gorge un poignard qu’il avait dans sa ceinture. Alors, en tremblant, elle alla soulever une large pierre et rapporta une amphore de vin avec des poissons d’Hyppo-Zaryte confits dans du miel. Et Salammbô se détourna de cette nourriture immonde. (p. 204). Cette vieille femme et les mangeurs de mollusques ne réapparaîtront plus de tout le récit.

2021 / chapitre 24

2021 / chapitre 23

Clandestin est un terme administratif.

Dieu, le temps, les hommes et les anges (Olga Tokarczuk). Cette puissance se manifestait dans chaque mouvement, dans chaque son, une puissance qui par sa seule volonté crée à partir de rien puis renvoie les choses au néant. (p. 30). Comme tout être humain, Misia était née en quelque sorte disloquée. Chaque faculté, chez elle, faisait bande à part : la vue, l’ouïe, la compréhension, le sentiment, le pressentiment. Son petit corps était au pouvoir de réflexes et d’instincts. La mise en ordre de tout cela, voilà en quoi devait constituer la vie de Misia avant de laisser s’opérer la désintégration finale. (p. 58). Peut-être les moulins à café sont-ils l’axe de la réalité, le pilier autour duquel tout gravite et se développe ? Peut-être sont-ils plus importants pour le monde que les humains ? (p. 64). Que diable serait-il allé faire hors de sa bibliothèque ? (p. 238). « Tant qu’ils resteront un seul peuple et parleront une seule langue, ils pourront n’en faire qu’à leur guise… Je vais confondre leurs langues, Je les enfermerai à l’intérieur d’eux-mêmes, Je ferai en sorte qu’ils ne se comprennent plus entre eux. Ils se dresseront alors les uns contre les autres ; et Moi, ils Me laisseront en paix. » Et Dieu fit ce qu’Il avait résolu. (p. 349). C’est ainsi qu’il découvrit la loi de la réduction du quatre au deux : le deux est l’état du repos du quatre. (p. 364). Sur l’étagère du bas, il rafla les sacs de Misia, plongea les mains dans les intérieurs glissants et il eut l’impression de vider des animaux morts. (p. 374).

Je pensais que la littérature d’imaginaire se chauffait encore à un élan vers autre chose ; or, le lectorat et l’édition incitent à repasser toujours les mêmes plats.

Ce qui pourrait définir un genre, c’est que chaque livre entre en résonance avec tous les autres du même genre.

Qu’on ne se méprenne pas : je ne critique pas ici les livres lus (ou abandonnés en cours de lecture) pour ce qu’ils sont, mais comment ils arrivent dans une logique de curiosité dynamique, de processus de lecture. Si je les avais lus avant, peut-être auraient-ils trouvé leur place dans le flux. Ils arrivent trop tard, ce qu’ils portent a déjà été lu – et souvent écrit de manière plus fine.

Le garçon (Markus Malte) Roublard, sans âme ni contenu. Un livre-wiki avec les habituelles béquilles culturelles (ici Mendelssohn et Sade) pour faire comme. Le Garçon du titre n’existe pas, écrasé par le narrateur et son havresac factuel, son présent de l’indicatif, ses répétitions. Un exercice d’imitation parodique ? Même pas. Rien de vraiment notable. Juste la fin de cette description à sauver : Deux moitiés. Le tronc, les jambes. Séparés non par magie mais par le tranchant d’une plaque de tôle tombée de toute la hauteur du toit. Les intestins se répandent. Les boyaux, les viscères, une bouillie de matières et d’humeurs indéfinies, fétides. Ajouté à cela une grosse pièce de bois de la charpente s’est écrasée sur son crâne. Sous le choc un œil a giclé de son orbite. Il pend, seulement tenu par un nerf ou quelque autre filament. Dans la main de la fillette, entre ses doigts légèrement écartés, on peut apercevoir un œuf dont la coquille est intacte. (p. 132).

2021 / chapitre 23

2021 / chapitre 22

Trois cartouches pour la Saint Innocent (Michel Embareck). Je m’attendais à plus corrosif, c’est assez nostalgique et triste. Narration moins en roue libre au niveau des expressions que le bouquin sur Dylan & Cash. Souci pédagogique de l’auteur qui tient à expliquer clairement ce dont il retourne, et à décrire l’époque d’avant sans laisser reposer l’exercice sur la complicité du lecteur. Le rédacteur encaissait, enfournait la noirceur de l’humanité au fond de ses poches avant d’envisager un saut par la fenêtre, façon de regarder pour une fois le monde d’en haut. (p. 78). — Putain, mate-moi ces baltringues, persifle-t-il. Lunettes noires de tontons macoutes, barbes à poux de hipsters, harnachement de fusiliers-commandos ! — Comme partout, des employés communaux déguisés en gardiens de la galaxie et juste bons à emmener pisser l’écureuil de la Caisse d’Épargne. (p. 86). Sur les écrans tournèrent en boucle les images de manifestations de soutien, menées par des actrices et des écrivaines utilisées comme « biais de persuasion ». (p. 177).

Vu Le Coucou (Koukouchka) d’Alexandre Rogojkine.

Hier, journée manège : lecture de Dieu, le temps, les hommes et les anges (Olga Tokarczuk, Pologne) ; cueillette de l’épine vinette pour la troussepinette (avec Bernard Chastragnat, de Vaucrechot, 85 ans) ; vu au cinéma Drunk (Thomas Vinterberg, Danemark) ; puis, à la maison, Café lumière (Hou Hsiao Hsien, Japon).

Cool, sur fb, quand un casse-bonbons te dé-friandise.

Imperturbables, les machines continueront à envoyer des spams à l’humanité décimée, et ce jusqu’à épuisement de leurs batteries.

Comment, avec une méthode, écrire ce qui fait le sel précieux d’un roman : l’insaisissable ? Pour répondre à un certain manuel qui vient de paraître : Comment écrire un livre avec un stylo. Prenez un stylo. Écrivez.

Que nous existons ne fait pas que nous soyons tous dignes d’intérêt.

What about my mother?
I can’t just leave her there to mourn
You don’t have to think about her
Just forget you were ever born

Townes van Zandt – The Hole

2021 / chapitre 22

2021 / chapitre 21

Vu Les amants (Louis Malle, 1958) et Look back in Anger (Tony Richardson, 1959) : Alain Cuny vs Richard Burton, Jeanne Moreau vs Claire Bloom…

Noyau dur qui se pense cœur du milieu et qui n’est qu’un satellite d’une nébuleuse. Qu’est-ce que je veux dire par là ? Que, quand on considère un pan de la littérature qui se proclame de genre, ceux qui en sont le centre ont l’air de chats coincés dans un couloir, à l’affût – et que les proies sont très rares.

J’ai reçu un important prix littéraire – après quoi le livre et son prix ont été ignorés par l’autorité éditoriale sous laquelle il avait été placé ; ie livre est aujourd’hui non-existant, comme s’il n’avait pas été écrit. Ce n’est pourtant pas compliqué, le métier d’éditeur. Un auteur reçoit un prix. On orne le livre d’un bandeau, on le place sur les tables des libraires, il s’en vend.

Sur les ossements des morts (Olga Tokarczuk). Après ses Histoires bizarroïdes, je m’attaque au reste de son œuvre. Un roman policier sur le sort réservé par les chasseurs aux animaux, et la vengeance qui suit. Dans un hameau perdu à la frontière avec la Tchéquie. Une femme. Des morts. Et William Blake. Vraiment très bien. Seule une machine serait capable d’endurer le malheur du monde. (p. 49). En contemplant le paysage noir et blanc du plateau, j’ai compris combien la tristesse était un mot important dans la définition du monde. Elle se trouve à la base de tout, elle est le cinquième élément, la quintessence. (p. 57). D’une certaine manière les gens comme elles, ceux qui manient la plume, j’entends, peuvent être dangereux. On les suspecte tout de suite de mentir, de n’être qu’un œil qui ne cesse d’observer, transformant en phrases tout ce qu’il voit ; tant et si bien qu’un écrivain dépouille la réalité de ce qu’elle contient de plus important : l’indicible. (p. 62). Il est facile de nous faire du mal, de nous abîmer, de casser en mille morceaux la minutieuse construction de notre existence étrange. (p. 70). J’ai observé les même mécanismes à propose de la saga Alien, l’extraterrestre qui hante un vaisseau spatial. Dans ce cas précis, on était confronté à des rapports subtils entre Pluton, Neptune et Mars. Chaque fois que Mars aspectait conjointement ces deux planètes lentes, la télévision programmait un Alien. N’était-ce pas fascinant ? (p. 106). Je lisais sans pouvoir m’arrêter. J’accomplissais sans doute le souhait de l’auteur : tout ce que je lisais pénétrais dans mes rêves. (p. 143). La santé est un état incertain qui n’augure rien de bon. Mieux vaut être raisonnablement malade, cela permet au moins de prévoir la cause de son propre décès. (p. 179). Le psychisme, c’est notre système immunitaire, il veille à ce que nous ne comprenions jamais ce qui nous entoure. Il s’emploie surtout à filtrer des informations, alors que les possibilités de notre cerveau sont immenses. Ce savoir serait trop lourd à porter. Car chaque petite particule du monde se compose de douleur. (p. 235).

— T’as vraiment une mémoire de poisson rouge. — Et ? — Et je sais plus pourquoi je te disais ça.

2021 / chapitre 21

2021 / chapitre 20

Séries arrêtées très vite : Resident Alien ; The Mosquito Coast.

Pourquoi je cours après une clairvoyance propre à chaque heure de la journée ?

Celui qui dénombrait les hommes (China Miéville). Abandonné au bout de 50 pages. Je crains que ce soit sans intérêt. Godwin vs Miéville : Godwin écrit pour éclairer le lecteur (sur les iniquités sociales) ; Miéville joue à perdre le lecteur, à dissimuler la réalité particulière qui est au centre du récit.

Cancel et Greatel : l’époque est un vrai conte.

L’imaginaire doit s’accompagner d’ivresse.

Des fois, Chastragnette au retour d’une balade, son cul, c’est pas un arrière-train, c’est une déchetterie.

Mes livres, c’est moi qui les écris, c’est moi qui leur permet d’exister. Qu’un distributeur l’escamote est inacceptable ; qu’un éditeur choisisse de les faire disparaître au motif que j’ai publiquement protesté des oubliettes où le distributeur le refourguait est intolérable. J’ai écrit mes livres sans que personne ne me le demande. Le dernier, je l’ai placé sous une autorité éditoriale qui n’est en aucun cas intervenue dans le processus de création, qui s’est révélée moralement hautaine et méprisante envers l’auteur.

Moi et la lecture : je ne suis pas sensible à l’intention de l’auteur, ni même au sujet ou au genre du livre ; de la lecture, je n’en élabore pas une réflexion ou une critique ; c’est plutôt un peu comme si j’émiettais le livre à la surface d’une mare et que les carpes de mon imagination venaient en gober des morceaux depuis les profondeurs un peu troubles de l’esprit.

Miss Marple au club du mardi (Agatha Christie) Il lui incombait tous les jours d’aller ramasser salades, herbes, carottes tendres, bref tout ce que les jardiniers ne cueillent jamais à point ; ils détestent vous donner des légumes jeunes et tendres, préférant attendre qu’ils soient énormes – ce qui les remplit d’orgueil – et durs. (L’herbe de mort, p. 124).

L’exigence du lectorat ? Que ça aille vite, que ça raconte un truc qu’on peut suivre. Que les personnages soient ceci cela. Pas de mots inutiles. Pas de hors-piste. Netflix.

2021 / chapitre 20

2021 / chapitre 19

Un homme avec une tête lumineuse en forme de soucoupe.

Le vrac laissé dans l’esprit de chacun par la lecture assidue de livres de SF donnerait à formuler une définition de celle-ci autre que les épanchements infinis des universitaires qui se sont posés la question : qu’est-ce que la SF ?

On parle de l’orbite plus ou moins basse, plus ou moins haute tracée par un récit autour de la planète science fiction. Sa velléité de vraisemblance plus ou moins mise en branle.

Aventures de Caleb Williams (William Godwin). Le livre de Godwin est exactement le contraire d’un chapitre d’un guide pratique de conseils en écriture nouvellement édité : Show, don’t tell. Tell, don’t show. Il n’obéit à aucune règle de fabrication – et il est palpitant, c’est à n’y rien comprendre au manuel. Bon, il date de 1794… Godwin est le père de Mary Shelley, et anarchiste. C’est dense. Passé les 80 premières pages qui nécessitent une acclimatation, la lecture en est jouissive. Il y a plus à lire dans un paragraphe de Caleb Williams que dans la totalité de Celui qui dénombrait les hommes de China Miéville. Il se dit que, si l’on encourageait les fermiers dans des actes de désobéissance aussi inexcusables, il n’y avait plus de règle ni de bon ordre à espérer. (p. 106). Jusque-là, je n’avais eu aucune relation avec le monde et avec ses passions ; et, quoique je ne les connusse un peu telles qu’elles sont dépeintes dans les livres, je sentais que cette connaissance n’était qu’un faible secours quand je me trouvais face à elles. (p. 163). Nous trouvons toujours des charmes à faire ce qui est défendu, parce que nous sentons confusément que la défense renferme en soi quelque chose d’arbitraire et de tyrannique. (p. 165). William, dit-il, il y a une masse énorme de charges contre vous ; les preuves directes sont fortes, les circonstances qui viennent à l’appui sont nombreuses et frappantes. Je conviens que vous avez mis dans vos réponses une adresse extrême, mais, jeune homme, vous apprendrez à vos dépens que l’adresse, quelle qu’elle puisse être, ne saurait tenir contre la force insurmontable de la vérité. Il est heureux pour les hommes que l’empire du talent ait ses bornes, et qu’il ne soit pas au pouvoir de l’esprit le plus subtil de renverser les distinctions entre le juste et l’injuste. (p. 259). Chose étrange, que les hommes se soumettent de génération en génération à laisser dépendre leur vie du souffle d’un autre, et cela simplement pour que chacun ait à son tour le pouvoir de jouer, au nom de la loi, le rôle de tyran ! (p. 315). En choisissant un tel genre de vie, ces hommes ne pèchent pas moins contre leur propre intérêt que contre le bien général. Celui qui expose ou sacrifie sa vie pour la cause publique en trouve la récompense dans le témoignage d’une conscience satisfaite ; mais ceux qui se dévouent follement à braver les précautions indispensables, quoique cruellement exagérées, que tout gouvernement est obligé de prendre pour le maintien des propriétés, en même temps qu’ils jettent l’alarme et le trouble dans la société tout entière, montrent, à l’égard de leur intérêt personnel, autant d’imprudence et de mépris d’eux-mêmes qu’un homme qui s’aviserait de se placer comme point de mire devant une troupe d’arquebusiers. (p. 339). Mes yeux suivirent le carrosse, et je m’écriai : « Voilà le faste et les aisances de la vie qui accompagnent le crime, et voici le dénuement et la misère qui sont le partage de l’innocence ! » (p. 352). Après avoir bien examiné la question sous toutes ses facettes, je décidai que la littérature serait la carrière où je risquerais mes premières tentatives. J’avais vu dans mes lectures qu’il avait été gagné beaucoup d’argent à ce métier, et que des spéculateurs en ce genre de marchandise donnaient un gros prix à ceux qui étaient bons ouvriers. (p. 384).

2021 / chapitre 19

2021 / chapitre 18

East Village Blues (Chantal Thomas). Ce bouquin est une sorte d’arnaque sans conséquence. Tissé de paragraphes sur la Beat generation si factuels qu’on les croirait prélevés à wikipedia, sans l’once d’une appropriation ou d’une réflexion. La place de la narratrice dans le dispositif est très léger – souvenirs d’une virée en 1970 et retour aujourd’hui dans ces mêmes quartiers. Elle fait la promo de Jeremiah Moss qui dans son livre Vanishing New York (et sur son blog) dresse la recension de ce qui a disparu dans l’East Village et ce qui le remplace (ce qu’elle a eu la flemme d’’écrire, sans doute). Je suis vache : deux chapitres éveillent la curiosité, dont celui où elle suit une Asiatique vêtue de blanc. Mais c’est maigre et on sort de la lecture sans grand chose dans la besace.

Repris la réécriture de Cluche (qui s’appelle Micmacs au Maquis).

Pfizerisé ! S’il n’y a pas d’effets secondaires dans l’heure qui vient, je leur colle un procès.

Ces pédants fonctionnent avec les mêmes ressorts que ce qu’ils dénoncent.

Combien ma cervelle peut rester idiote devant quelque chose ; combien une lecture (une déposition de lucidité) peut la sortir de son embarras.

Il existe des Janus autant que de variétés de dés : à six, douze, vingt faces.

Analyse de mes romans : le récit tend à ce qu’un groupe se constitue, de manière aléatoire ; dès lors, chaque individu cherchera à se séparer de ce groupe, à en fuir la logique. (Ce qui est peut-être pertinent si on en vient à vouloir cerner l’auteur, dont les récits peuvent englober un genre, mais pas y obéir et s’y morfondre.)

2021 / chapitre 18

2021 / chapitre 17

Je constate que pour camper des héroïnes, les auteurs et autrices de tel ouvrage ou de telle collection déterrent et animent Marie Curie, Mary Shelley, Selma Lagerlof, Ann Radciffe ou Louise Michel contre le déchainement d’entités convenues ; aucune pensée pour Paulette Buteux, Ginette Mathiot ou Marie-Louise Cordillot. On songe à libérer les femmes libres, pas les cuisinières.

Être journaliste c’est écrire pour des gens qui ont une exigence de vérité, de réalité.

La Daronne (Hannelore Cayre). Je pense que ça vous parle, vous qui aimez les bêtes. J’en ai amené deux à piquer alors je sais ce que c’est. Ils vous regardent quand on les endort et luttent pour que leurs yeux ne se ferment pas. Et vous savez pourquoi ils font ça ? Pour emmener avec eux une image de vous parce qu’ils vous chérissent et ils savent qu’ils ne vous verront plus. Parce que les chiens, voyez-vous, ça ne croit pas en Dieu. (p. 80).

Ayant terminé service militaire, je vends perruque homme cheveux mi-longs bruns. Serge Weigert, 17, rue de la Paix, 06-Mouans-Sartoux. (Rubrique Messages, Actuel No. 27, janvier 1973)

Derniers pas sur la squame envoyé à L’Atalante.

2021 / chapitre 17

2021 / chapitre 16

Vaines promesses des illustrations en couverture des livres : dedans , ce n’est tout de même que des caractères et du papier. Idiot de s’entretuer pour ça.

Un roman, c’est la forme épurée d’une émotion et d’une réflexion. Se farcir les pensées de l’auteur sur fb n’est pas attrayant.

Continuons à échanger, Philippe Coste et moi. Il a travaillé 26 ans comme correspondant US pour l’Express, puis pour la revue America. Vit toujours à New York.

Lu Les sentinelles (Ed Mc Bain) : confus. Arrêté la série 30 monedas à l’épisode 2, Image laide, histoire sans doute faite pour montrer aux Espagnols ce que la foi implique logiquement comme peurs et cauchemars. Le personnage du maire est marrant, mais l’affaire présente peu d’attraits narratifs. Son rythme est rapide et passe d’une péripétie à une autre un peu trop facilement.

En SF, littérature conjecturale, série B ou Z, etc., souvent l’évocation ou l’énumération des choses bizarres qui les composent est plus plaisante que la lecture elle-même. La bd de Serge Clerc sur ses année Métal Hurlant – Le journal – est épatante pour ça, avec sa foison de titres en arrière-plan du dessin. Développer une intrigue sur des araignées vénusiennes qui mangent des enfants transformés en pantins de pâte à modeler par un rayon X ne nécessite pas d’autre développement ; un roman bâti là-dessus ne peut être que poussif, voire inutile. Il contrecarre la puissance d’émerveillement contenue en si peu de mots.

2021 / chapitre 16

2021 / chapitre 15

Cassandra (Tom Robinson) Un Gallmeister qui patauge dans le snuff bite-couilles-vomi-caca-etc., assez embrouillé et passablement outrancier. Ses vêtements pendaient sur lui comme des chaussettes sur un poulet. (p. 51). Je me faisais tout expliquer par un gamin qui avait moins de poil au menton que Jennifer Lopez. (p.76). Si le truc que j’ai entendu aboyer est plus gros que ma bite, je te paye un steak. (p. 132).

Je viens de terminer un roman de 624 000 signes incitant l’humanité à se taire. L’idéal serait qu’il ne soit pas édité. L’écriture, l’image, le son, ce n’est plus l’expression d’une âme s’élevant au-dessus des autres et les aspirant vers le meilleur, c’est l’écrasement des individualités par une individualité et ses relais industriels. Une pâte cérébrale industrielle dont les seules qualités sont expansives.

Je n’ai eu peur que lorsque nous avons déposé le bilan et que je me suis trouvé devant le juge du tribunal de commerce, qui brandissait un numéro avec un couverture de Nicollet sadomasochiste en hurlant : « Et c’est pour ça qu’on a fait un trou de 5 millions de francs ?! » (Jean-Pierre Dionnet, cité dans Métal Hurlant, La machine à rêver, 1975-1987, Gilles Poussin & Christian Marmonnier) Un livre terrifiant : dépeçage d’un élan créatif par les banques, le stress – et donc par la coke –, par les égos et les escrocs, par les rivalités et par le show-bizness, par les opportunismes, par la jalousie, par les incompatibilités et par les stratégies de survie, par la compétition charognarde en milieu d’affaires et par le temps. Chacun a l’éloquence de sa vision des choses.

Séries rapidement abandonnées : The irregulars, Debris : mornes poncifs, inventivité zéro. (Dans la série Débris, les personnages se font débriefer.) Lecture abandonnée : Rivages (Gautier Guillemain) : plat.

Que de phrases délectables au fil des pages : « Tiens ! » (p. 45), « Ça alors ! » (p. 83), « Malédiction ! » (p. 49), « Ce qui arrive devait arriver ! » (p. 55), « Tous mes plans auront donc échoué ! » (p. 121), « Nous ne sommes pas au bout de nos peines ! » (p. 54), « Damn ! Où sont mes bolgues ! » (p. 92), « Je n’y comprends rien ! » (p. 49), « Ainsi, il y aurait un jeu ? » p. 105). Et la plus suave : « Ah ! Il suffisait donc de tirer sur cette minuscule cassette ?!!! » (p. 94). Jamais sans doute l’ahurissement n’avait atteint un tel degré de pureté. (Jacques Goimard, postface au Major Fatal in Mœbius – œuvres complètes tome 3)

Pour atteindre la considération du lecteur, un livre de SF doit être assez sérieusement écrit pour susciter un débat. Sinon, il passe inaperçu.

Cessons de parler de ceux dont on regrette la taille de l’égo.

2021 / chapitre 15