Parutions : liste chronologique

(chaque titre grisé renvoie à un article ; à terme tous auront le leur.
mais dans un parfait désordre de publication – selon notre humeur.)
Vous trouverez le lien vers le site de l’éditeur entre parenthèses.

[2008]
la rivière sans visage (Harry Dickson No. 181 / FASCICULE)
Le ministère du grand nocturne (Harry Dickson No. 184 / FASCICULE)
LE RÉVEIL DU CHRONOMAÎTRE (Harry Dickson No. 187 / FASCICULE)

[2009]
Le baal des psychonautes (Harry dickson No. 182 / FASCICULE)
le secret de la pyramide invisible (Harry dickson No. 183 / FASCICULE)
la treizième face du crime (Harry dickson No. 202 / FASCICULE)
crime avec fait étrange (hebna calde no. 1 / fascicule)
le dieu inhabité (Harry dickson No. 185 / FASCICULE)
crime avec singe (hebna calde no. 2 / FASCICULE)

[2010]
le meurtre de poplar hospital (lady lace no. 1 / FASCICULE)
le désert des chercheurs d’ordre (Harry dickson No. 186 / FASCICULE)
Jeanne d’arc contre le maître des vampires (jeanne d’arc no. 1 / FASCICULE)
jeanne d’arc au pôle nord (jeanne d’arc no. 2 / FASCICULE)
le fil à couper le cœur (Harry dickson No. 188 / FASCICULE)

[2011]
la mort aux tentacules de poussière (le psychagog no. 1 / FASCICULE)
souvenirs à propos de harry dickson par un affabulateur venu de mars (PRÉFACE)
musée-homme (NOUVELLE)
chimère (NOUVELLE)
l’isoloir (NOUVELLE)

[2012]
le cimetière des hommes morts (harry dickson No. 189 / FASCICULE)
ravageuse ! (cover to cover no. 1 / FASCICULE)
oops !… they did it again (NOUVELLE)
l’homme au cœur double (NOUVELLE)
the man with the double earth (NOUVELLE / TRADUCTION de la précédente)

[2013]
les revenants de l’île de pâques (NOUVELLE)
necroporno (ROMAN)
on se revoit à la saint-truphème (NOUVELLE)
SEPT POUR UN MILLION (NOUVELLE)
Amour, siamois et sorcellerie (NOUVELLE)
JE ME DÉCIDAI POUR UNE HISTOIRE COURTE (NOUVELLE)
les onze mille gorges de l’océan (NOUVELLE)
l’île du docteur corman (FASCICULE)

[2014]
les porteurs de deuil (Harry dickson No. 190 / FASCICULE)
la machine à explorer baker street (NOUVELLE)
chienne (NOUVELLE)

[2015]
les marionnettes de la mort (NOUVELLE)
hors des eaux (NOUVELLE)
killing joe d’amato (NOUVELLE)
le bruit des os (NOUVELLE)

[2016]
harry dickson s’amuse (NOUVELLE)
harry dickson 1 (RECUEIL)
VERs MARS à bicyclette (PRÉFACE THÉÂTRALE)
HARRY DICKSON 2 (RECUEIL)
l’homme qui traversa la terre (ROMAN)

[2017]
L’eau-delà (NOUVELLE)

[2018]
Femmes d’argile et d’osier (roman)
un couteau inconsolable (Harry dickson No. 191 / fascicule)
Firmin le lapin (nouvelle)

[2019]
Un spectre hante les Imaginales (Humeur)
Un épisode de la chasse au P. (NOUVELLE)

[2020]
le mollard dans le désert (nouvelle)
11,000 underwater gorges (NOUVELLE / TRADUCTION des onze mille gorges de l’océan)
Parutions : liste chronologique

2021 / chapitre 29

Jusqu’au début des années 80, la SF, livre après livre, creusait un formidable tunnel à travers le réel : aujourd’hui, elle me paraît y être ensevelie et vivre des décombres.

Le passé est une terre étrangère (Gianrico Carofiglio) Sa bouche était dure et agressive comme une garniture de pneu ; même chose pour sa langue, élastique et puissante. (p. 217).

Je suis tombé sur un numéro de la revue Europe datant des années 70 consacrée à la SF : le genre est obsédé par sa propre définition, depuis toujours. Et, pour délaisser la notion de véracité face à l’utopie d’une extrapolation scientifique rigoureuse, elle a recours à la poésie (Igor Bogdanoff précède la thèse de Joseph Altairac à propos de Van Vogt).

Forme finie (roman, film) vs flux incessant (série, environnement virtuel).

Il sera plus rentable pour le flux financier de soustraire l’individu à l’économie.

Loth changée en sel après s’être retournée sur Sodome : d’où l’expression se faire sodiumiser.

Un roman est un espace clos – et plus il s’éloigne de son centre, plus il dessine sa limite.

Depuis que Catherine est (temporairement) en fauteuil, on me prend pour une nouvelle conquête de Stephen Hawking.

2021 / chapitre 29

2021 / chapitre 28

Sans nos paroles, le monde est un lent chaos silencieux ; sans les hommes, il sera accueillant.

Les yeux fermés (Gianrico Carofiglio) Il y a des soirs où on sait à l’avance que se prépare une nuit sans sommeil. Pas de signes particuliers, éclatants, évidents. On le sait, tout simplement. (p. 99). C’est marrant. Tu racontes que t’es une bonne sœur et ça ne vient à l’idée de personne de vérifier si c’est vrai. Personne ne te demande quoi que ce soit… (p. 222).

Un éditeur qui se prétend tel ne se doit-il pas de saisir toute opportunité de promouvoir un livre qu’il a choisi de publier ?

Le milieu de l’édition d’imaginaire est le même que n’importe que autre milieu, la tête est juste un peu enflée.

Nous vivons – hélas – de l’avidité de certains.

Il y a, à l’œuvre, indéniablement quelque chose de néfaste pour l’humanité.

2021 / chapitre 28

2021 / chapitre 27

Comment se fait-il qu’un film comme Tomorrow war (transit temporel pour guerre future, aliens et extinction de la race humaine) propose si peu d’intérêt scénaristique ? Avant quand on allait regarder une daube, on en sortait comblé. Là, c’est le néant.

Suite à un désaccord portant sur le non-traitement donné au prix remis (de manière totalement inattendue) à son livre, un auteur se brouille avec son éditeur – l’un, blessé de la stupidité odieuse de l’autre et le second affichant un dédain insupportable à l’encontre du travail du premier. Il en ressort ceci : à quoi sert d’attribuer un prix, s’il n’y est pas donné de suite ? À quoi sert un éditeur, s’il refuse de promouvoir ledit livre primé ? Alors je braille. Et me dis : Mon emportement serait-il illégitime ? Dois-je me taire ? Vais-je, en l’ouvrant, pulvériser en miettes ma notoriété possible ? Vais-je hypothéquer ma carrière d’écrivain ? Vais-je être mis au ban du milieu pour intempestive manifestation de mesquinerie égotique ? En silence, le livre et son auteur sont donc rejetés ; oubliée, la sortie au format poche, désamifié de facebook, l’auteur, ignoré avec une morgue aussi ridicule que blessante lors de leur dernière rencontre à l’ultime salon de Sèvres. Si on réfléchit à l’affaire, on concluera que le gachis vient du refus de l’éditeur à faire son travail d’éditeur (ainsi que la légèreté des festivaliers à l’encontre de l’auteur à qui un prix est attribué). Il – l’éditeur – n’a pas jugé bon de faire son devoir d’éditeur en rejetant l’affaire sur l’inertie du festival (inutile de se démener, le prix n’est pas doté d’un attaché de presse, a-t-il invoqué comme raison à son refus d’apposer un bandeau et d’inciter le diffuseur à placer ledit ouvrage sur les tables des libraires – et ce moment coïncidait avec celui où il arguait vouloir élargir son lectorat au non-imaginaire, et le livre s’y serait ma foi bien prêté) ; puis en jugeant irrémédiablement offensante la réaction de l’auteur (un post public assez cinglant). Pour conclure, j’ai eu un prix, je n’ai pas été invité au festival, le livre n’existe plus, l’éditeur ne veut plus entendre parler de moi ; les amis édités par ce même éditeur gardent le silence – dont une, collaboratrice habituellement intransigeante avec la morale, que j’ai appréciée à l’époque où elle usait d’un pseudonyme amusant, et qui a suivi l’élaboration dudit roman en qualité de relectrice. Et, mesquinerie supplémentaire, cet éditeur tarde à, ou refuse de régler une facture au Carnoplaste (facture 01199 du 23/01/21 d’un montant de 195,63€). Je n’ose anticiper sa réaction, au triste individu, si je rappelle cette affaire publiquement. Ulcérée, cinglante, dédaigneuse ou navrante : sans doute saura-t-il surprendre d’une manière que je peinerais à imaginer. Chic : depuis plus d’un an, il m’ignore. Peut-être le contact entre nous se renouera-t-il ? La dernière fois qu’il qu’il m’a envoyé un mail, il y allait d’un vouvoiement idiot – lui qui a dormi à la maison. Je te jure, il y a de ces *** – réfugiés derrière une prétention épaisse comme un mur de plomb, de plomb anglais subtil et raffiné – dans le milieu pourtant si restreint de l’Imaginaire. (Ps : Les ponts sont coupés, car il me reproche mon non professionnalisme. Être professionnel donc, c’est choisir, pour des raisons alambiquées, de ne pas honorer le travail d’un écrivain qu’on a publié ?) Dois-je me taire ? Dois-je parler ? C’est étrange, pendant une période, ça a tendu à faire de moi une sorte de quémandeur illégitime glapissant après la non-remise de ses lauriers. C’est dommage, ça a surtout misérablement brisé un arc commencé 10 ans plus tôt, lorsque je suis venu à Épinal sans connaître personne, pour promouvoir le Carnoplaste et rencontrer des gens du milieu de l’édition. Ce prix du roman non attendu aurait clôt la figure d’une aimable façon. Si c’est cela se faire publier (l’auteur comme négligeable denrée de réassort de l’industrie de l’édition, des festivals et autres manifestations), je préfère redevenir simple lecteur. Si on décerne un prix, on l’honore ; si on édite un livre, on le promeut. Point. Et va te faire foutre.

J’entends un glapissement horrifié dans la salle de bains. C’est Catherine qui hurle : Je fais du gras ! À être immobilisée, je fais du gras ! Je lui fait tout de même remarquer que c’est pas du gras, c’est du Lafarge première qualité, du bon acier et des pneus neufs et qu’elle est montée sur la balance avec son plâtre, ses béquilles et le fauteuil roulant.

Jean Ferrat : Aimer à perdre la toison.

Miracle à la combe aux aspics (Ante Tomić) — C’est quoi ça ? demanda Mile. Du liquide vaisselle ? — Cocktail rhum blanc et limette, monsieur, dit le serveur en tiquant. — Du rhum ? Chez nous, on met ça dans les gâteaux, remarqua Branimir. — Monsieur, c’est sûrement le meilleur rhum du monde. Vingt-cinq ans d’âge. — Vingt-cinq ans ? dit Mile. Mon garçon, s’il était aussi bon que tu le prétends, on l’aurait bu depuis longtemps. (p. 114)

Lansky (Eytan Rockaway) J’ai tenu 10 mn : Harvey Keitel ressemble à Oliver Hardy à la fin de sa vie.

Retour de service (John le Carré) Mon premier instinct a été d’apprécier Florence avec prudence. C’est un de ces filles de la bonne société qui a grandi avec des poneys et on ne sait jamais trop ce qui se passe dans sa tête. (p. 59)

2021 / chapitre 27

2021 / chapitre 26

L’autre moitié de soi (Brit Bennet) Deux jumelles noires à la peau claire ; l’une devient une Noire, l’autre, une Blanche. En grande partie plaisant (décousu sur la fin). Il avait la chance d’avoir la mémoire courte. Une bonne mémoire, c’était un truc à vous rendre fou. (p. 49). Mallard se déformait. Les lieux n’étaient pas stables, Early le savait déjà. Une ville est une gelée mouvante qui épouse la forme de nos souvenirs. (p. 78). Une fille capable de peser au jugé cinq cents grammes de viande hachée s’en sortirait toujours dans la vie, elle n’avait pas besoin de faire de grandes études. (p. 104).

Le mambo des deux ours (Joe Lansdale). Encore une histoire de Hap couilles et Leonard bite. Ça me rendait aussi nerveux qu’une chèvre invitée à un barbecue. (p. 108). On se partagea quelques vieux romans écrits par Michael Moorcock sous le pseudo d’Edward P. Bradbury. C’était des pastiches d’Edgar Rice Burroughs, rapides, sympas, et plutôt idiots. […] Je n’avais pas eu l’occasion de lire comme ça depuis un moment, et surtout ce genre d’histoires, et j’étais dans l’état d’esprit et la situation émotionnelle qu’il fallait pour les gober […]. (p. 147). Sans doute que, dans ses mauvais jours, il adorait s’amuser à faire des nœuds aux bites des gorilles. (p. 182).

Plier bagage (Daniel Saldaña París) Jusqu’à ce jour, mon père m’avait toujours paru comme un élément parmi d’autres de l’infrastructure domestique, une espèce d’automate qui fournissait le transport et un certain étiage d’affection, une sorte d’hybride d’animal de compagnie et d’appareil ménager. (p. 24). Mon père n’a jamais été capable d’anticiper la douleur d’autrui. La vie intérieure des autre – y compris ses enfants – fut toujours un coffre-fort dont il ignorait la combinaison. Il était incapable d’empathie et prenait toutes les décisions en fonction de ses propres sentiments et besoins. (p. 47). Belle page (61) sur la pliure centrale d’un origami et la notion de symétrie : qui n’était pas une condition du monde, mais une invention de l’entendement.

Le petit monde de la SF braille contre la Red Team, mais il est gourmand de trucs futuristes où ça défouraille à mort.

2021 / chapitre 26

2021 / chapitre 24

Salammbô (Gustave Flaubert) Flaubert n’a pas de sympathie pour son héroïne. Pour le reste, c’est une montée des massacres – parce qu’on ne veut pas payer les hommes, parce qu’on les trompe, parce qu’on les extermine. Lui qui déclare vouloir écrire autre chose que les bassesses des bourgeois élargit sa détestation à l’humanité d’alors. C’était une eau bourbeuse, noire, glacée, profonde. Elle enfermait des monstres insensibles, parties incohérentes de formes à naître (p. 71). Soudain il s’arrêta, les yeux béants, comme s’il eût découvert entre les chiffres sa sentence de mort. (p. 85). les gouvernements étaient estimés comme des pressoirs d’après la quantité qu’ils faisaient rendre. (p. 108). et la lumière arrivait, effrayante et pacifique cependant, comme elle doit être par derrière le soleil, dans les mornes espaces des créations futures. (p. 127). Et puis deux péripéties un peu hors-propos : Il y avait en dehors des fortifications des gens d’une autre race et d’une origine inconnue, — tous chasseurs de porc-épic, mangeurs de mollusques et de serpents. Ils allaient dans les cavernes prendre des hyènes vivantes, qu’ils s’amusaient à faire courir le soir sur les sables de Mégara, entre les stèles des tombeaux. Leurs cabanes, de fange et de varech, s’accrochaient contre la falaise comme des nids d’hirondelles. Ils vivaient là, sans gouvernement et sans dieux, pêle-mêle, complètement nus, à la fois débiles et farouches, et depuis des siècles exécrés par le peuple, à cause de leurs nourritures immondes. Les sentinelles s’aperçurent un jour qu’ils étaient tous partis. (p. 77). Et : Un chien courait sur le mur. L’esclave lui jeta des cailloux ; et ils entrèrent dans une haute salle voûtée. Au milieu, une femme accroupie se chauffait à un feu de broussailles dont la fumée s’envolait par les trous du plafond. Ses cheveux blancs, qui lui tombaient jusqu’aux genoux, la cachaient à demi ; et sans vouloir répondre, d’un air idiot, elle marmottait des paroles de vengeance contre les Barbares, contre les Carthaginois. Le coureur furetait de droite et de gauche. Puis il revint près d’elle, en réclamant à manger. La vieille branlait la tête, et, les yeux fixés sur les charbons, murmurait : — « J’étais la main. Les dix doigts sont coupés. La bouche ne mange plus. » L’esclave lui montra une poignée de pièces d’or. Elle se rua dessus, mais bientôt elle reprit son immobilité. Enfin il lui posa sous la gorge un poignard qu’il avait dans sa ceinture. Alors, en tremblant, elle alla soulever une large pierre et rapporta une amphore de vin avec des poissons d’Hyppo-Zaryte confits dans du miel. Et Salammbô se détourna de cette nourriture immonde. (p. 204). Cette vieille femme et les mangeurs de mollusques ne réapparaîtront plus de tout le récit.

2021 / chapitre 24

2021 / chapitre 23

Clandestin est un terme administratif.

Dieu, le temps, les hommes et les anges (Olga Tokarczuk). Cette puissance se manifestait dans chaque mouvement, dans chaque son, une puissance qui par sa seule volonté crée à partir de rien puis renvoie les choses au néant. (p. 30). Comme tout être humain, Misia était née en quelque sorte disloquée. Chaque faculté, chez elle, faisait bande à part : la vue, l’ouïe, la compréhension, le sentiment, le pressentiment. Son petit corps était au pouvoir de réflexes et d’instincts. La mise en ordre de tout cela, voilà en quoi devait constituer la vie de Misia avant de laisser s’opérer la désintégration finale. (p. 58). Peut-être les moulins à café sont-ils l’axe de la réalité, le pilier autour duquel tout gravite et se développe ? Peut-être sont-ils plus importants pour le monde que les humains ? (p. 64). Que diable serait-il allé faire hors de sa bibliothèque ? (p. 238). « Tant qu’ils resteront un seul peuple et parleront une seule langue, ils pourront n’en faire qu’à leur guise… Je vais confondre leurs langues, Je les enfermerai à l’intérieur d’eux-mêmes, Je ferai en sorte qu’ils ne se comprennent plus entre eux. Ils se dresseront alors les uns contre les autres ; et Moi, ils Me laisseront en paix. » Et Dieu fit ce qu’Il avait résolu. (p. 349). C’est ainsi qu’il découvrit la loi de la réduction du quatre au deux : le deux est l’état du repos du quatre. (p. 364). Sur l’étagère du bas, il rafla les sacs de Misia, plongea les mains dans les intérieurs glissants et il eut l’impression de vider des animaux morts. (p. 374).

Je pensais que la littérature d’imaginaire se chauffait encore à un élan vers autre chose ; or, le lectorat et l’édition incitent à repasser toujours les mêmes plats.

Ce qui pourrait définir un genre, c’est que chaque livre entre en résonance avec tous les autres du même genre.

Qu’on ne se méprenne pas : je ne critique pas ici les livres lus (ou abandonnés en cours de lecture) pour ce qu’ils sont, mais comment ils arrivent dans une logique de curiosité dynamique, de processus de lecture. Si je les avais lus avant, peut-être auraient-ils trouvé leur place dans le flux. Ils arrivent trop tard, ce qu’ils portent a déjà été lu – et souvent écrit de manière plus fine.

Le garçon (Markus Malte) Roublard, sans âme ni contenu. Un livre-wiki avec les habituelles béquilles culturelles (ici Mendelssohn et Sade) pour faire comme. Le Garçon du titre n’existe pas, écrasé par le narrateur et son havresac factuel, son présent de l’indicatif, ses répétitions. Un exercice d’imitation parodique ? Même pas. Rien de vraiment notable. Juste la fin de cette description à sauver : Deux moitiés. Le tronc, les jambes. Séparés non par magie mais par le tranchant d’une plaque de tôle tombée de toute la hauteur du toit. Les intestins se répandent. Les boyaux, les viscères, une bouillie de matières et d’humeurs indéfinies, fétides. Ajouté à cela une grosse pièce de bois de la charpente s’est écrasée sur son crâne. Sous le choc un œil a giclé de son orbite. Il pend, seulement tenu par un nerf ou quelque autre filament. Dans la main de la fillette, entre ses doigts légèrement écartés, on peut apercevoir un œuf dont la coquille est intacte. (p. 132).

2021 / chapitre 23

2021 / chapitre 22

Trois cartouches pour la Saint Innocent (Michel Embareck). Je m’attendais à plus corrosif, c’est assez nostalgique et triste. Narration moins en roue libre au niveau des expressions que le bouquin sur Dylan & Cash. Souci pédagogique de l’auteur qui tient à expliquer clairement ce dont il retourne, et à décrire l’époque d’avant sans laisser reposer l’exercice sur la complicité du lecteur. Le rédacteur encaissait, enfournait la noirceur de l’humanité au fond de ses poches avant d’envisager un saut par la fenêtre, façon de regarder pour une fois le monde d’en haut. (p. 78). — Putain, mate-moi ces baltringues, persifle-t-il. Lunettes noires de tontons macoutes, barbes à poux de hipsters, harnachement de fusiliers-commandos ! — Comme partout, des employés communaux déguisés en gardiens de la galaxie et juste bons à emmener pisser l’écureuil de la Caisse d’Épargne. (p. 86). Sur les écrans tournèrent en boucle les images de manifestations de soutien, menées par des actrices et des écrivaines utilisées comme « biais de persuasion ». (p. 177).

Vu Le Coucou (Koukouchka) d’Alexandre Rogojkine.

Hier, journée manège : lecture de Dieu, le temps, les hommes et les anges (Olga Tokarczuk, Pologne) ; cueillette de l’épine vinette pour la troussepinette (avec Bernard Chastragnat, de Vaucrechot, 85 ans) ; vu au cinéma Drunk (Thomas Vinterberg, Danemark) ; puis, à la maison, Café lumière (Hou Hsiao Hsien, Japon).

Cool, sur fb, quand un casse-bonbons te dé-friandise.

Imperturbables, les machines continueront à envoyer des spams à l’humanité décimée, et ce jusqu’à épuisement de leurs batteries.

Comment, avec une méthode, écrire ce qui fait le sel précieux d’un roman : l’insaisissable ? Pour répondre à un certain manuel qui vient de paraître : Comment écrire un livre avec un stylo. Prenez un stylo. Écrivez.

Que nous existons ne fait pas que nous soyons tous dignes d’intérêt.

What about my mother?
I can’t just leave her there to mourn
You don’t have to think about her
Just forget you were ever born

Townes van Zandt – The Hole

2021 / chapitre 22

2021 / chapitre 21

Vu Les amants (Louis Malle, 1958) et Look back in Anger (Tony Richardson, 1959) : Alain Cuny vs Richard Burton, Jeanne Moreau vs Claire Bloom…

Noyau dur qui se pense cœur du milieu et qui n’est qu’un satellite d’une nébuleuse. Qu’est-ce que je veux dire par là ? Que, quand on considère un pan de la littérature qui se proclame de genre, ceux qui en sont le centre ont l’air de chats coincés dans un couloir, à l’affût – et que les proies sont très rares.

J’ai reçu un important prix littéraire – après quoi le livre et son prix ont été ignorés par l’autorité éditoriale sous laquelle il avait été placé ; ie livre est aujourd’hui non-existant, comme s’il n’avait pas été écrit. Ce n’est pourtant pas compliqué, le métier d’éditeur. Un auteur reçoit un prix. On orne le livre d’un bandeau, on le place sur les tables des libraires, il s’en vend.

Sur les ossements des morts (Olga Tokarczuk). Après ses Histoires bizarroïdes, je m’attaque au reste de son œuvre. Un roman policier sur le sort réservé par les chasseurs aux animaux, et la vengeance qui suit. Dans un hameau perdu à la frontière avec la Tchéquie. Une femme. Des morts. Et William Blake. Vraiment très bien. Seule une machine serait capable d’endurer le malheur du monde. (p. 49). En contemplant le paysage noir et blanc du plateau, j’ai compris combien la tristesse était un mot important dans la définition du monde. Elle se trouve à la base de tout, elle est le cinquième élément, la quintessence. (p. 57). D’une certaine manière les gens comme elles, ceux qui manient la plume, j’entends, peuvent être dangereux. On les suspecte tout de suite de mentir, de n’être qu’un œil qui ne cesse d’observer, transformant en phrases tout ce qu’il voit ; tant et si bien qu’un écrivain dépouille la réalité de ce qu’elle contient de plus important : l’indicible. (p. 62). Il est facile de nous faire du mal, de nous abîmer, de casser en mille morceaux la minutieuse construction de notre existence étrange. (p. 70). J’ai observé les même mécanismes à propose de la saga Alien, l’extraterrestre qui hante un vaisseau spatial. Dans ce cas précis, on était confronté à des rapports subtils entre Pluton, Neptune et Mars. Chaque fois que Mars aspectait conjointement ces deux planètes lentes, la télévision programmait un Alien. N’était-ce pas fascinant ? (p. 106). Je lisais sans pouvoir m’arrêter. J’accomplissais sans doute le souhait de l’auteur : tout ce que je lisais pénétrais dans mes rêves. (p. 143). La santé est un état incertain qui n’augure rien de bon. Mieux vaut être raisonnablement malade, cela permet au moins de prévoir la cause de son propre décès. (p. 179). Le psychisme, c’est notre système immunitaire, il veille à ce que nous ne comprenions jamais ce qui nous entoure. Il s’emploie surtout à filtrer des informations, alors que les possibilités de notre cerveau sont immenses. Ce savoir serait trop lourd à porter. Car chaque petite particule du monde se compose de douleur. (p. 235).

— T’as vraiment une mémoire de poisson rouge. — Et ? — Et je sais plus pourquoi je te disais ça.

2021 / chapitre 21

2021 / chapitre 20

Séries arrêtées très vite : Resident Alien ; The Mosquito Coast.

Pourquoi je cours après une clairvoyance propre à chaque heure de la journée ?

Celui qui dénombrait les hommes (China Miéville). Abandonné au bout de 50 pages. Je crains que ce soit sans intérêt. Godwin vs Miéville : Godwin écrit pour éclairer le lecteur (sur les iniquités sociales) ; Miéville joue à perdre le lecteur, à dissimuler la réalité particulière qui est au centre du récit.

Cancel et Greatel : l’époque est un vrai conte.

L’imaginaire doit s’accompagner d’ivresse.

Des fois, Chastragnette au retour d’une balade, son cul, c’est pas un arrière-train, c’est une déchetterie.

Mes livres, c’est moi qui les écris, c’est moi qui leur permet d’exister. Qu’un distributeur l’escamote est inacceptable ; qu’un éditeur choisisse de les faire disparaître au motif que j’ai publiquement protesté des oubliettes où le distributeur le refourguait est intolérable. J’ai écrit mes livres sans que personne ne me le demande. Le dernier, je l’ai placé sous une autorité éditoriale qui n’est en aucun cas intervenue dans le processus de création, qui s’est révélée moralement hautaine et méprisante envers l’auteur.

Moi et la lecture : je ne suis pas sensible à l’intention de l’auteur, ni même au sujet ou au genre du livre ; de la lecture, je n’en élabore pas une réflexion ou une critique ; c’est plutôt un peu comme si j’émiettais le livre à la surface d’une mare et que les carpes de mon imagination venaient en gober des morceaux depuis les profondeurs un peu troubles de l’esprit.

Miss Marple au club du mardi (Agatha Christie) Il lui incombait tous les jours d’aller ramasser salades, herbes, carottes tendres, bref tout ce que les jardiniers ne cueillent jamais à point ; ils détestent vous donner des légumes jeunes et tendres, préférant attendre qu’ils soient énormes – ce qui les remplit d’orgueil – et durs. (L’herbe de mort, p. 124).

L’exigence du lectorat ? Que ça aille vite, que ça raconte un truc qu’on peut suivre. Que les personnages soient ceci cela. Pas de mots inutiles. Pas de hors-piste. Netflix.

2021 / chapitre 20