2020 / chapitre 36

La politique actuelle ressemble à un magasin vide, avec des mannequins poussiéreux en vitrine.

J’ai revu tout Tenet dans un seul plan à la 103e minute du Demolition de Jean-Marc Vallée (avec Jake Gyllenhaal et Naomi Watts).

L’auteur avait l’habitude de se promener sur les toits de tuiles molles, d’y passer des mois à penser à ses histoires. Il n’y a pas de meilleure page que la tuile ni de meilleure tuile que la page pour construire un toit où construire un toit. Sous le toit, l’auteur est 917 € net. Il est le pourcentage d’un pourcentage. La croûte du camembert, sa bactérie. L’auteur est un gaz pour la flamme du Lauréat inconnu, le Prix sans valeur, la danseuse du festival, le sans-attaché-de-presse. L’auteur est l’interface de chair entre l’éditeur et la subvention. L’auteur livre un vague gris typographique au maquettiste, l’auteur doit prendre un pseudonyme lorsqu’il affirme que le représentant gagne, lui, plus de 917 € à ne pas mettre en place son ouvrage en librairie. L’auteur est celui qui vit d’imagination à destination d’universitaires qui n’en ont aucune. Il est leur ami moribond, il est leur lapin étranglé au collet dans la garenne des thèses, il est leur circonvolution cérébrale apprivoisée. J’avais l’habitude de me promener sur les toits de tuiles sèches. Fendues. Je suis une moisissure acrimonieuse. (Texte pour accompagner une photo d’Olav Cresp)

Those iron maiden, cool as a / marble slab / They wrap around you and the cold knives / cut and stab / I can’t live my life as someone else’s shish-kebab (Richard Thompson, Backlash love affair)

Reflets dans un œil d’or (John Huston, 1967). J’ai cru à un remake français avec Albert Dupontel (Marlon Brando) et Catherine Ringer (Elizabeth Taylor).

À rechercher désespérément des séries dans leur univers, les amateurs d’imaginaire me font l’effet de souris qui tournent sans fin dans un labyrinthe monté de leur propre gré, devenu stérile et qu’ils ne tiennent pourtant pas à quitter.

Tzotzil (Juan Pérez Jolotte – récit de la vie d’un indien mexicain recueilli par Ricardo Pozas) Qui sait ce qui va nous arriver ; ils arrivent pour nous manger, et on ne sait pas qui vient nous manger. (p. 33). Dans chaque maison, il y a une table avec la nourriture pour les âmes. La table pour les âmes de nos parents portait des fleurs femelles potze nichin et juncia. On mettait aux âmes deux morceaux de viande cuite dans la soupe au choux, trois pilabi, trois chen culbaj et un huacal de bajalul, pour chacune. […] Pendant la nuit, ils allèrent allumer des chandelles où moururent d’autres parents. Moi, je restai dans la maison neuve, là où aucune âme ne viendrait. (p. 47).

2020 / chapitre 36

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