2020 / chapitre 21

Trouvez-moi un barbier, un seul, qui ait jamais égorgé un client !

Le siècle des lumières (Alejo Carpentier) La religieuse parlait doucement des leures du monde et des joies du cloître (p. 36). Sofia, observant la multitude de ces créatures éphémères, était stupéfaite par la perpétuelle destruction des choses crées, qui équivalait à un luxe perpétuel de la création : luxe, que de multiplier pour supprimer à une plus grande échelle ; luxe, que de tant engendrer dans les matrices les plus élémentaires aussi bien que sur les tours des hommes-dieux, pour remettre ensuite les fruits à un monde en état de perpétuel dévorement. (p. 111). Hymne au salpêtre (p. 154). car ce n’est guère autre chose que de la mauvaise rhétorique (p. 155). particulièrement durs dans la manière de traiter leurs esclaves, toujours qualifiés de paresseux, d’idiots, de voleurs, de marrons en puissance, de propres à rien, par ceux qui les faisaient travailler de l’aube au crépuscule. (p209). Le monstre ouvrait ses petits yeux de pachyderme et voyant que voguait près de lui une méchante pirogue sardinière, plongeait à nouveau, angoissé et craintif, vers la solitude de ses abîmes pour attendre q’un siècle encore s’écoulât avant de retourner dans un monde semé d’embûches. (p. 241). le mahométan Mackandal, manchot à qui l’on attribuait des pouvoirs lycanthropiques (p. 311). On assistait à cette époque à une multiplication, à une prolifération universelle de paperasses, couvertes de cachets, de seings et de contreseings, dont les libellés épuisaient les synonymes de « permission », « sauf-conduit », « passeport », et de tous ces mots qui pouvaient exprimer l’autorisation de se déplacer d’un pays à un autre, d’une contrée à une autre, parfois d’une ville à une autre […] qui s’appliquaient à restreindre […] la liberté de l’homme, en tout ce qui concernait sa primordiale et féconde possibilité de se déplacer sur la surface de la planète que le sort lui avait donné en partage. […] Esteban était exaspéré […] de penser que l’être humain devait faire dépendre d’une paperasse sa souveraine liberté de déplacement. « Décidément, se disait-il, je ne suis pas né pour être ce qu’on entend aujourd’hui par bon citoyen… » (p. 316). On eût dit que la civilisation avait enlevé à l’homme tout courage devant la mort, malgré les arguments qu’elle avait forgés à travers les siècles pour se l’expliquer en toute lucidité et l’admettre avec calme. (p. 371).

Cinq romans de Carpentier lus, rencontré trois occurrences du mot mélismatique et cette image croisée deux fois : le cri mélismatique d’un géant noir qui porte un panier de calmars sur la tête, (Le partage des eaux, p. 59) ; Le géant qui […] offrait un énorme calmar à bout de bras, se transfigurait en Persée de Cellini. (Le siècle des lumières, p. 123).

L’Imaginaire : on s’affranchit, par nécessité, de la réalité. Le pulp : on s’affranchit d’une certaine logique, d’une certaine parcimonie, par nécessité pulp. Le conte : on s’affranchit de la nécessité.

Imaginaire connu, balisé, où on pénètre comme chez soi.

Germes de vie (Eric Temple Bell, sous le pseudo de John Taine) : Des ampoules de vingt millions de volts créent la vie et inversent l’évolution. En roue libre, avec cette narration elliptique comme un carnet de rendez-vous, foutraque et sublime, car absolument au premier degré. Impensable, le sort du personnage féminin.

L’Homme n’éprouve que des hypothèses raisonnables.

Se faire éditer, c’est lier sa destinée à un surgeon égotiste et hasardeux d’une industrie dont l’auteur finit d’une certaine manière par être un parasite besogneux voué, s’il désire encore écrire, au pseudonyme, à l’exploitation et au silence.

Un weird Cayenne.

(Paf, raccroché au nez de Léa.) Bonjou’, ié suiiiis Lea de Mini’tère Éco’ogie, ié vous gnappelle pou’…

Les ténèbres et l’aurore (George Allan England) : Un ingénieur-conseil et une sténo-dactylo se réveillent dans Manhattan après un sommeil de huit siècles. — Mais nous sommes des êtres humains ! — Je sais. Certaines forces naturelles inconnues, cependant, ont pu nous traiter tout simplement comme des organismes primaires, non mammifères et non organisés. (p. 23). — De la lumière ? Mais comment est-ce possible ? Il ne doit pas rester une seule allumette dans le monde entier ! (p. 35). — Des outils ! cria-t-il en regardant autour de lui dans la pénombre. Des outils, il me faut des outils. Tant que je n’en aurai pas trouvé, je serai impuissant.(p. 45). — Le même vieux monde, après tout, le même malgré tout, Dieu soit loué ! murmura-t-il comme une prière d’action de grâces. (p. 48). Quelques-uns ont pu échapper à la grande mort, à de hautes altitudes, sur la tour Eiffel, par exemple (p. 73).

2020 / chapitre 21

2020 / chapitre 20

Chasse à l’homme (Alejo Carpentier). des cages à travers les grillages desquelles des dindes passaient leurs têtes de tulipe empoussiérée ( p. 109). Une phosphorescence pénétrait, soudain, dans la grande piscine, telle une flottante coulée verte, éclairant un fond rongé, carié d’alvéoles, où les murènes à l’affût montraient leur tête entre les glands de mer à dos de chenille. (p. 181).

A Boas Manieras (Marco Dutra, Juliana Rojas) : heureuse surprise. Esthétique de soap transcendée, indéfinissable progression de thèmes inattendus, moment de grâce lorsque deux actrices chantent. Une excellente surprise.

The Act (série avec Patricia Arquette en mémère) : crispant et grotesque. On y croise tout de même brièvement et avec plaisir Chloë Sevigny, Lea Sheehorn et Juliette Lewis.

cette civilisation qu’il croyait encore vivante et agissante […] était déjà morte […] car l’homme n’a pas la faculté magique de percevoir le futur qui l’entoure déjà. Il vit dans un passé immédiat… (Alejo Carpentier, dans un article sur le déclin de l’Europe, en 1941)

J’ai dit au voisin (40 ans) qu’on faisait de la soupe avec les fanes des radis, il m’a dit qu’on était des survivalistes.

Pas un genre de prédilection, mais ceci : quand dans un récit la réalité est débordée ou redéfinie. Et dès lors qu’on s’affranchit de la réalité, nul besoin de codification, de règle. Or, la fantasy…

Rendez-vous avec un tigre (Fredric Brown) : Les enfants sont des assassins. À chaque « Pan ! », un Peau-Rouge, un gendarme, un voleur, un soldat ennemi ou un Martien mordent la poussière. Dans nos nurseries, les tueries collectives pourraient dépeupler la planète en une seule journée et l’univers en moins d’une semaine. (p. 145).

2020 / chapitre 20

2020 / chapitre 19

Publicité vue : couverture d’un roman de fantasy (peinture digitale ocre avec personnage de dos) et trois flèches pointées sur le livre qui indiquent à gauche, en haut : action, et en bas : aventure, et en bas à droite : écriture maîtrisée. À l’apprenti-écrivain visant à être édité, il ne reste qu’à suivre ce simple tuto.

La junte sanitaire (Patrice Pelloux).

Avenir radieux : La déforestation de l’Amazonie s’avère nécessaire afin de répondre à la demande de cercueils pour les morts de la pandémie.

Je ne laisserai pas une trace indélébile dans le grand slip de l’écriture qu’est le monde de l’édition.

Caïman : il doit y avoir des descriptions précises, et puis la manifestation indécise de l’esprit à leur propos.

Je suis assis dans un fauteuil, à l’ombre du tamaris. Je lis mon troisième Alejo Carpentier en quelques jours. Catherine fourgonne, redresse une branche, coupe les têtes fanées des lilas, tond et cisaille. Troupitte dort dans une caisse de bois posée sous le laurier-palme. Chastragnette traverse la pelouse en bondissant après un lézard vu sur le mur, après un autre lézard vu sur l’autre mur, après un gros moustique. Des chardonnerets font un nid dans la glycine. Un couple de rouges-queues entre en sort du garage par une ouverture dans les silex. Les poissons déposent comme des baisers à la surface de la mare. Les deux poules du voisins échangent des potins. Cinquante et quelque-t-ième jour de confinement. Je laisserais s’écouler un siècle – si seulement Alejo Carpentier avait écrit plus de romans.

Le partage des eaux (Alejo Carpentier). Je relis une édition que je trimballe depuis 91. J’ai pour habitude de corner le coin d’une page où quelque chose a retenu mon attention, sans noter le passage avec précision, pas même d’un coup d’ongle. Certaines choses sont évidentes (Puis on entend le chalumeau d’un rémouleur, s’accordant étrangement avec le cri mélismatique d’un géant noir qui porte un panier de calmars sur la tête, p. 59) ; d’autres ne me disent rien, que je ne retrouve pas. J’en conclus qu’on ne relit pas vraiment, que le relecteur est quelqu’un d’autre, un soi oublieux de soi. les hommes amphibies qui allaient dormir au fond des lacs (p. 194). Voici les plantes qui ont fui l’homme au début, me dit le moine. Les plantes rebelles, qui ont refusé de lui servir de nourriture, qui traversèrent des fleuves, gravirent des cordillères, sautèrent par-dessus les déserts, pendant des millénaires, pour se cacher ici, dans les dernières vallées de la Préhistoire. (p. 275) : Ryhope de Robert Holdstock sans Mythagos, ou verdure de Ward Moore sans le recours à la mutation. Les plantes, seules : une idée de roman vertigineux. Ce qui me fait songer (sans doute à tort) que la fantasy, la sf, le fantastique, sont essentiellement des dispositifs qui, lorsqu’ils sont sans âme, n’ont pas plus de qualités que n’importe quel autre mauvais récit hors ces genres. là où le divorce devenait long et difficile en vertu de lois hispaniques qui incluaient des rogations et Tribunal de la Rote (p. 323).

Collection LES EXPLOITS DE MACRON (ou de MACISTECRON)

DERNIER NUMÉRO PARU :

SUR LE RING DE L’ÉLYSÉE, MACRON, VÊTU DE CHIFFONS, AFFRONTE LA CULTURE ET SES TROUPEAUX DE ROBINSONS AVIDES DE FROMAGE SUBVENTIONNÉ.

NUMÉROS ANCIENS (toujours disponibles) :

MACRON, MASQUÉ, SE MESURE À TROIS CANCRES D’UNE ÉCOLE DES CONFINS, DÉCONFINÉS POUR L’OCCASION ET PAR CE FAIT RENDUS QUASI-SAUVAGES.

EN SEYANTE BLOUSE DE MANUTENTIONNAIRE, MACRON COMBAT À MAINS NUES UN COUPLE DE SUPER-U – LUI, BOUCHER, ELLE, CAISSIÈRE.

SON LARGE FRONT CEINT D’UNE CHARLOTTE, MACRON RÉDUIT EN PULPE DES TOMATES BRETONNES POUSSÉES HORS-SOL PAR MESURE DE DISTANCIATION POTAGÈRE.

La virtuosité (d’Eric Vuillard) procure une sidération convenue.

N’importe quel hasard est préférable à l’ordre méprisable qu’on veut nous imposer : un ordre soutenu par la lâcheté collective, par la prédominance des médiocres, par des habitudes dictatoriales, par des raisonnements qui n’ont rien de commun avec notre esprit. (Alejo Carpentier, dans un article de mai 1931.)

A rainy day in New York (Woody Allen) : plaisant. Elle Fanning fait très bien la gourde provinciale avec un verre dans le nez. On y croise Rebecca Hall. Et Thimotée Chalamet est plus vivace que dans The King (avant de se retrouver lent, renfrogné et jouant comme une excroissance poussée hors du corps de Ryan Gosling dans le Dune de Villeneuve).

Et voici qu’une petite tache sur une page, ronde comme un point, me fait lire inoi au lieu de moi.

Non pas existence de l’âme, mais désir d’âme.

Un événement mondial a estompé l’actualité de ma personne.

2020 / chapitre 19

2020 / chapitre 18

Une allégorie possible des époques de l’Humanité pourrait être signifiée par un cimetière d’astronefs, chacun différent du précédent, sur lequel on avait embarqué, animés par un espoir commun, et qu’on avait abandonné au sol et déserté pour le suivant – et le cosmos attend toujours.

Et à l’hôtel du nord, ce chili con carne avec Marcel.

La ridicule ubiquité du président de la république aux murs des mairies – qui n’est en réalité nulle part.

L’imaginaire jubile plus en une page de Carpentier que dans deux tomes de (x) . Au chapitre 18 du Recours de la méthode , alors que le lecteur craint que l’invention baisse, après 300 pages, époustouflante profusion de mandragores dans un hangar à bateaux.

Ces charlatans nous vendent hier en lieu et place d’un demain révolu.

Un large pan de la production culturelle vit de la destruction de la culture.

Caïman : si je laisse entendre que ce sera la relation d’un voyage en radeau encapsulant un conte de sword & sorcery quantique, on va s’extasier : le public aime les étiquetages, et plus encore les étiquetages incongrus. Mais, pauvre lecteur ! ce n’est pas ça. Pas que ça. C’est inétiquetable.

Je préfère la littérature inétiquetable au commerce équitable.

On ne peut tenir compte des considérations humanitaires que si elles n’affectent pas les buts de la guerre elle-même. Helmuth Johannes Ludwig von Moltke (cité par Alejo Carpentier dans Le recours de la méthode).

L’Allemagne, touchée par un taux d’infection de 1% (et un taux de létalité à 3,8 %), est au seuil limite de sa capacité d’accueil en réa. On élude les 99% (et les 96,2 %), suspendus au-dessus de nos architectures sociales. Malgré nos fictions diverses portées en masques respiratoires, il faut envisager que nous soyons tous morts dans six mois. La civilisation est comme une mince couche de glace sur un océan profond de chaos et d’obscurité (Werner Herzog).

Lu dans une gazette à propos du discours du premier ministre : L’hémicycle est aux trois-quarts vide pour cause de distanciation sociale.

Je suis un homme énerveilleux, me dit Catherine.

Impression que les metteurs en scène actuels de séries ou de films agissent aussi lourdement que les graphistes, qui doivent marquer la page ou l’écran pour justifier de leur existence. Rien qui apporte à l’histoire sinon des chichis encombrants, inutiles et sans âme ni réelle connexion avec l’âme de l’histoire.

— Toi dans le corps de Brad Pitt, me dit Catherine. — Et lui dans le mien ?

Degré de résistance aux injonctions de norme sociale extrêmement élevé.

Epées et mort (Fritz Leiber) : ce qui sauve le truc, c’est la manière dont les choses surviennent dans le récit, sans prévenir. A la fois des poncifs (la cabane aux cinq pattes et visage d’ombre dans les marais, le serpent dans la crevasse, etc.) et des apparitions sans calcul, juste le plaisir de l’effet de surprise.

Une attestation de sortie gagnée pour dix jours de travail.

Combien de suicides par Covid-19 ? Et combien de meurtres ?

Bientôt, la mort reprendra son cours normal.

Le Royaume de ce monde (Alejo Carpentier). Une fois, la Maman Loi se tut d’étrange façon au plus beau de son récit. (p. 26). Puisque la forme humaine engendrait tant de malheurs, mieux valait s’en défaire un temps, et suivre les événements de la Plaine sous un aspect moins criard. Une fois cette décision prise, Ti-Noël fut surpris de la facilité avec laquelle on se transformait en animal (p. 176).

2020 / chapitre 18

2020 / chapitre 17

Lu dans Le Figaro : Un essayiste réagit au rumeurs. Et dans Le Monde : pourquoi les consommateurs ont le sentiment que les prix ont augmenté. Et : Non, le roquefort n’est pas efficace contre le covid-19. L’information, toujours, vaillamment.

Titre : La guerre contre le Pôle Nord.

Un genre littéraire peut inciter l’auteur à se satisfaire, par la confiance, d’une narration qui réponde à ses impératifs balisés. Des ponts d’un million de signes au dessus du vide avec des arches vengeance-familiale, des piliers lutte-de-pouvoir, des câbles quête-du-joyau. Dans Le recours de la méthode, Alejo Carpentier fait dire ceci à son personnage à propos de : l’opéra que l’on jouait ce soir-là, avec son moyen-âge imprécis, ses ogives de n’importe où, ses meubles vaguement dynastiques, ses créneaux sans date, tirés d’un éternel brouillard, au goût du décorateur. Éternel brouillard : une définition qui pourrait s’appliquer à 90% de la fantasy et de son décorum. Ailleurs, je viens de lire : L’imaginaire est doctrinal.

PQ : le gouvernement au bout du rouleau, les masque tombent.

Richard Jewell (Clint Eastwood) : un téléfilm honnête, rien de plus. Paul Walter Hauser joue avec application et Sam Rockwell avec une décontraction maladroite.

El Angel (Luis Ortega) : belle découverte.

Wildlike (Frank Hall Green) : belle découverte.

Vers l’autre rive (Kiyoshi Kurosawa) : belle découverte.

C’est aux éditeurs de courtiser l’auteur, pas le contraire. J’attends donc de l’un d’entre eux une demande de manuscrit. — Comment pourraient-ils savoir que vous écrivez ? — Ça, justement, c’est leur métier.

2020 / chapitre 17

2020 / chapitre 16

Judi and Punch (Mirrah Foulkes) : (Merci Milton Jumbee de l’avoir signalé à ma curiosité.) Film autralien soutenu par David Michôd. La vengeance d’une marionnettiste. Les acteurs ne sont pas maquillés.Et il y a Who by fire de Leonard Cohen.

D’après Bernard V***, on devrait remercier le portier qui nous tient ouverte la porte du camp d’internement, sinon on fait preuve d’impolitesse.

Sharp objects : à éviter. Vide. Une heure aurait suffi à filmer les gamines en rollers et à faire entendre réparties de Patricia Clarkson. Le reste est vain, vide et étiré.

La prairie (Fenimore Cooper) : Encore jamais lu de Cooper, ni de Curwood – tout un pan de littérature américaine phagocyté par Jack London quand j’étais jeune. Non, dit-il en se parlant à lui-même plutôt qu’à sa compagne ; elle a raison ; le sang ne doit pas être versé pour défendre une vie inutile et si près de s’éteindre. Qu’il vienne ; mes peaux, mes trappes, ma carabine elle-même, tout est à lui, s’il juge à propos de les demander. — Il ne demandera rien, il n’a besoin de rien, s’écria sa compagne ; s’il a de l’honneur, il doit être content de ce qu’il a, et ne demandera rien de ce qui appartient à un autre. (p. 42). La jeune femme, par un mouvement tout aussi naturel à son sexe, enfonça sa tête dans l’herbe (p. 56). Wencha est le Wahcondah d’un chien. (p. 81). Pourriez-vous me dire, étranger, où est la loi, où est la raison qui dit qu’un homme aura une section, une ville, peut-être même une province à lui tout seul, tandis qu’un autre homme sera obligé de mendier un coin de terre pour y creuser sa fosse ? (p. 90).

De Christophe, je crois bien ne rien avoir écouté depuis ces années où une de mes frangines m’a gavé avec Les mots bleus ou Le dernier des Bevilacqua. C’est-à-dire il y a 40 ans.

L’impact sur le gros corps orange de Trump des balles tirées par un libéré du confinement ayant confondu deuxième amendement et carotte sauvage ne consterna à vrai dire pas grand monde.

L’âme d’une époque, c’est son souvenir.

La croisière de l’angoisse (Eric Ambler, 1940) : ce dernier […] avait la désagréable manie d’appliquer sa langue contre sa joue lorsqu’il était sur le point de fournir un effort. (p. 22). On apprend bien que si on a l’espoir de vivre. L’Europe songe trop à sa propre destruction pour se préoccuper de ce genre de choses. (p.78). Il a une curieuse façon de parler pour ne rien dire. Ou bien il tombe d’accord avec vous, ou bien il dit des choses irréfutables. (p. 100).

Un genre littéraire est bâti sur un ouvrage fondateur, génère une obéissance et secrète un ostracisme.

On boit un verre de Chablis. On termine les Saint-Honoré déposés sur la boite à lettres par la voisine (c’est son tour). Mme Darvel me regarde et dit : on a des parents, ils vieillissent, on leur dit adieu, ils meurent. On veut des enfants. Ils grandissent, ils partent. (Elle pose son verre.) En fait, ce qui reste permanent (sauf exception), c’est le mari. Elle me fixe. Et démarre la tronçonneuse.

2020 / chapitre 16

2020 / chapitre 15

Penser le narrateur comme un animal tapi dans le récit.

Sur facebook, on ne relaie que les écoulements de sa propre cervelle ; elle y est à la peine, elle se contente de chair étrangère.

Le Christ des ténèbres (Rosario Castellanos) : Mexicaine publiée dans la collection La croix du Sud par Roger Caillois, morte en 74 électrocutée par une lampe défectueuse. La narration prend le pas sur la parole des personnages, ce qui nuit à leur existence. De plus, les dialogues sont hachés de didascalies et ne suivent pas la logique nécessaire à l’échange. Mais il y a de belles choses. À propos d’un homme qui couche avec une maîtresse indienne : Mais une indienne… Autant fouiller dans une auge à cochons ! (p. 18). sa plus jeune sœur, le pied transpercé par un pieu, clouée au sol, et le caxlan qui la violait (p. 27). Il y a des grillons qui grillottent (p. 30). Mes maîtres m’ont appris à être poli avec Dieu. Pas envers les hommes. (p. 96). Le Mexique avait fait de la loi une idole et non pas un instrument utile. (p. 169). Un religieux désespère que son interlocuteur baille et crache alors qu’il lui parlait de Dieu. Il n’avait pas compris qu’en pays totzil, l’exclamation, le rot, le bâillement et le crachat étaient les preuves les plus courtoises de soumission, de respect et obéissance à celui qui parle. (p. 115).

This is the end (Seth Rogen) avec un tas d’acteurs qui jouent leur propre rôle (le cast du générique est marrant).

Philomena (Stephen Frears). Judi Dench et Steve Coogan, parfaits.

Le monstre vous salue bien (Fredric Brown, 1950) : Jane était en train de composer un numéro. Elle demanda si Harry Dickson était là. […] Je lui demandai à voix basse qui était ce monsieur. Elle me répondit sans me regarder qu’il était de garde la nuit à la morgue. (p.35).

2020 / chapitre 15

2020 / chapitre 14

Shibumi (Trevanian) : j’attaque un pavé de 443 pages en corps 8, d’un auteur dont j’ai lu et apprécié La sanction, dans un genre littéraire dont je je suis pas client, le thriller d’espionnage, qui a été écrit et démarre dans les années 70, avec Septembre Noir, Munich, la CIA et tout le toutim. Qu’est-ce qui va faire que je vais le lire en entier ou pas ? Déjà, p. 15, il y a un magnétophone portatif avec un microphone miniature attaché à la monture des lunettes. Ce qui me renvoie à l’attirail épouvantablement vieillot des films d’espionnage d’époque. Ensuite, la transcription d’une fusillade dans un aéroport, filmée au ralenti, où les personnages évoluent comme dans de la gélatine. OK. Et puis, p. 25, un truc m’arrête : la cabine descendit rapidement du hall principal au second sous-sol indiqué comme étant le seizième étage. […] dans les tréfonds du Centre. OK, mais, plus loin : et s’assit le dos tourné à la baie vitrée derrière laquelle on apercevait l’obélisque du monument de Washington. Sous-sol ou bien seizième ? (Le truc sera souligné trois-cent pages plus loin.) Puis : aussi sommaires et primitives qu’un film de Clint Eastwood (qui a tiré un film très premier degré de La sanction). Puis le méga-ordinateur Fat Boy, version ultra-pesante et archaïque d’une I.A. qui nécessite un virtuose des touches pour formuler les demandes d’infos de manière à éviter des réponses inutilement détaillées : parfois, je me dis que nous en savons trop sur les gens. (p. 35). La préhistoire. Après l’avoir été au ralenti, le film est repassé à l’envers : amusant effets cinématographiques du sang qui rentre dans les corps. Miss Stern souffrait manifestement de l’illusion démocratique que tous les gens ont été créés intéressants. (p. 37). C’est un truisme de la politique américaine qu’un homme à même de remporter une élection n’en a jamais l’étoffe. (p. 41). Plus loin, l’évocation de l’enfance de Hel à Shanghai en 1937 rappelle vraiment celle de Ballard évoquée dans L’Empire du Soleil. (Même si Trevanian a écrit Shibumi avant, Ballard a vécu le truc.) Bombardements, fuite, avancée des Japonais, ruines, etc., jusqu’aux quartiers résidentiels choisis par l’état-major pour s’y installer. Puis le récit s’attarde de manière détaillée sur le personnage Hel, avec une acuité et un esprits tels que le premier chapitre paraît après coup être une parodie de livre d’espionnage. Ne tombe pas dans le travers de l’artisan qui se vante de vingt ans d’expérience alors qu’il n’a en fait qu’une année – répétée vingt fois. (p. 114). Et Shibumi devient captivant. — Qui est Fat Boy ? — Un ordinateur. L’ultime ennemi. Il donne des renseignements à des imbéciles. (p. 343). Donc, le début / parodie ; l’enfance de Hel à Shanghai, puis son séjour au Japon et ses trois années de cachot : et toute la partie spéléo : grande et belle narration.

L’existence d’une chose plutôt qu’une autre ne tient à rien – et ce n’est pas moi qui vous le dit.

Et d’ailleurs, pensa-t-il, ils sont tous morts. Ils n’existent plus en tant que forme de vie. Mais nous continuons à prôner leurs vertus… après avoir exterminé leur race. (Macron à propos du personnel soign… ah non, Joe Adams à propos des écureuils dans La vérité avant-dernière de Dick.

Une esthéticienne, c’est quelqu’un qui convertit certaines parties oubliées de votre corps (ongles des pieds, sourcils) en problème à résoudre moyennant une brouette d’euros.

Je n’aime pas la littérature quand elle est thématique, ou de genre, ou témoignant du présent, du passé, du futur, du réel ; pas quand elle est appelée à la barre dans un procès, quand elle défend une idée ; pas quand elle dépoussière un thème classique ; pas quand elle rappelle la mémoire de x ni quand elle propose un univers secondaire, une échappée vers les étoiles ou au-delà des frontières ; pas quand elle aide à faire le deuil ou à surmonter les épreuves ; pas quand elle sert de manuel, qu’elle est thriller ou historique, poignante ou de cœur, métaphysique ou géniale. Je ne l’aime même pas quand elle est inclassable. Je l’aime quand elle ne raconte rien d’autre qu’elle-même.

Distance de sécurité : Les soldats languissent du corps-à-corps.

The invisible man (Leigh Whannell) : S’échoue sur les écueils du genre. Une technologie permet à un quidam de se rendre invisible. Qu’en fait-il ? Il tire les draps de celle qu’il veut tourmenter. Il tente de la rendre folle sans se manifester à autrui. Jusqu’au moment où lui (ou son frère, ou le scénario, mais le résultat est le même) entérine son existence aux yeux de ceux qui ont enfermé l’héroïne pour folie meurtrière. Parce que le genre requiert une bagarre contre un homme invisible. Bref. La vraisemblance des motivations est sacrifiée au diktat de l’exploitation. Pourtant, la maison du gars est de type Cronenberg, un paysage mental. Et Elizabeth Moss, non maquillée, fait le lien avec Laura Linney, Lisa Emery et Janet McTeer, ces femmes vieillissantes de la série Ozark.

Museo (Alonso Ruizpalacios) : une surprise mexicaine, qui flotte un peu. Avec Gael García Bernal. Et une étonnante musique de Tomás Barreiro, ou, disons mieux un emploi étonnant de la musique par Tomás Barreiro.

2020 / chapitre 14

2020 / chapitre 13

El Dorado (Carlos Saura) : enfin déniché (sur The Pirate Bay) une version correcte et sous-titrée en anglais du film. Que dire ? L’ombre d’Aguirre-Kinski est là, à chaque plan. Je ne sais pas quelle a été la volonté de Saura de tourner la même histoire 15 ans après Herzog (bien que le statut culte du Herzog soit venu plus tard, mais un cinéaste a l’œil sur les films des collègues qui traitent d’un même sujet). Tout est honorable, mais sans aucune profondeur – sinon le plan final, un travelling avant sur la rive du fleuve où les arbres ressemblent à l’entrée de l’Île des morts de Boeklin. Le visage de Gabriela Roel et celui d’Inès Sastre (qui n’a pas 15 ans au moment du tournage) sont néanmoins aussi troublants que celui d’Helena Rojo et de Cecilia Rivera.

Les médecins travaillent comme des malades ; comme eux, ils sont à bout souffle.

Il apparaît clairement que la planète est un espace de confinement.

Aujourd’hui piétine sans les voir les promesses et les conditionnels d’hier.

Nous voici tous devenus Howard Hugues.

Qu’en est-il de la biroute à Griveaux, de Pénélope Fillon, de l’écriture inclusive, des retraites, des Césars, de l’isolation à 1 € ?

Des auteurs continuent de créer, même sous la barre de visibilité comptable des sorties cinéma et du couperet Marvel / DC / Les Tuche. La création se tirera de cette époque, comme elle a survécu à l’Inquisition, à Franco et à la marche du monde.

Quand il s’élève, l’esprit devient cinglant. Comme le fouet sur le dos des esclaves.

La littérature française est chétive ; lorsqu’elle ne l’est pas, elle est polémiste.

L’autoritarisme ? Faiblesse et incompétence absolues. Leur seul tropisme est et restera d’assaillir les libertés.

Depuis que Chastragnette a attrapé un rouge-gorge, on la surnomme Gris-poil.

Calvary (John Michael McDonagh) : un film étrange dans la forme. Très beaux paysages (County Sligo / Benbulben), très belle musique, acteurs au discours écrit sec. Assez déconcertant, mais qui se tient intelligemment à sa proposition initiale.

Boris Johnson nommera ça coffinment.

L’Étoile des mers (Joseph O’Connor) : Je ne connaissais pas l’auteur, j’avais depuis longtemps deux de ses livres dans la bibliothèque. Je suis tombé sur le premier. Ai appris qu’il est le frère de Sinéad. 1847 : immigrants irlandais vers New York. Conditions épouvantables. Certains hommes recherchent dans le pouvoir une certaine excitation, d’autres sont excités par le simulacre de l’égalité. (p.81). C’était un homme […] qui, pour construire les fondations de sa chaumière, avait récupéré les pierres tombales de ses ancêtres. (p. 125). Où qu’on aille, il y a toujours une banque. (p. 157). tous les maîtres, si l’on considérait les choses de manière objective, étaient des imposteurs (p. 270). Sous une croûte boueuse, un tibia de chèvre. (p. 274). Au final, comme l’écrit l’auteur p. 163, Une bonne vieille histoire bien ficelée, dans laquelle le lecteur puisse planter les crocs.

Ce qui est rassurant quant à la propagation du Covid-19, c’est qu’il y a chaque jour plus de décès que de cas. On peut encore mourir d’autre chose.

The bookshop (Isabel Coixet) : un film bien mené sur une nénette qui ouvre une librairie dans un petit village anglais au moment de la sortie du Lolita de Nabokov. Bill Nighy est impeccable.

Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot (Gus Van Sant) : pour Joachin Phoenix en alcoolo tétraplégique auteur de cartoons et surtout Jonah Hill (déjà remarquable dans Le stratège), personnage époustouflant. Et Udo Kier dans le rôle du mec assis sur une chaise sans rien dire ou presque.

Le règne du gorille (Lyon Sprague de Camp) : je cherchais un truc léger à lire entre deux pavés. Des savants et une troupe de danseuses ont un accident d’autocar dans un tunnel ; ils se réveillent quelques millions d’années plus tard, avec tout un tas de préoccupations. Ne me demandez pas pourquoi un écureuil est aussi gros qu’un vache, je n’en sais rien ! En tout cas, ça doit faire de beaux biftecks. (p 45). et d’ailleurs, qui aurait mangé de la chauve-souris ? (p. 91). Naturellement, c’est un lapin géant. (p. 98). Que je devienne un âne géant si nous ne roulons pas sur des champs labourés ! s’écria Barnes. Ces gorilles ne sont qu’une bande de péquenots, voilà tout. (p. 127). Il faut vous dire que nous possédons une équipe de savants dont l’unique mission est d’étudier le mécanisme gouvernemental et de l’améliorer sans cesse. (p. 183). Et, de toute façon, que nous soyons à pied ou à cheval, je veux dire à cochon, les Pfenmlls sont quand même dix fois plus nombreux. (p. 225). Les humains de l’histoire, femmes et hommes, doivent se promener nus, ce qui ferait du roman un film rigolo.

2020 / chapitre 13

2020 / chapitre 12

Il faut bien un déjeuner de travail pour statuer ou non à une possible pénurie alimentaire. // Une entreprise chinoise de cosmétiques transforme ses vendeuses confinées en influenceuses web. // Trump tente d’acheter le laboratoire allemand CureVac travaillant à la mise au point d’un vaccin. Démenti du labo vs fuite du P-DG. // Le elbow bump remplace la poignée de main : on se frappe le coude dans lequel on éternue, ce qui est mieux. // Quel plaisir de passer la main à la génération montante, ricane la vieille garde politique en évitant sciemment le savon. // Les sans-abri sont-ils confinés dehors ?

Star Wars IX : Palpati-neu, c’est même pas ma cousi-neu.

Harriet (Kasi Lemmons) : Un film recommandable, pour l’interprétation très juste que donne Cynthia Erivo d’Harriet Tubman. Et, bien entendu, Nina Simone et son Sinnerman qui explose tout.

Le voisin est venu dans le hameau faire du télé-travail, du télé-apéro, du télé-promène-le-chien.

Le confinement est une façon d’aller vers l’inconnu de manière statique. C’est donc un moment idéal pour lire des relations de voyage :

Au cœur de l’Afrique (Pierre Savrognan de Brazza, 1875-1877) : où l’explorateur se trouve en relation culinaire avec les féroces Pahouins et leur légendaire marmite. car les orateurs ne formulent leurs conclusions qu’après mille digressions inutiles. : une définition du roman policier ? (p. 34). main dont la paume blanchâtre est repoussante à voir (p. 35) : parce qu’elle montre que cette face rappelant celle du singe est un homme comme celui qui le juge ? Les esclaves qui n’ont d’autre obligation que celle de cultiver le sol pour fournir des vivres à leur maître : rien ne doit leur appartenir. (p. 40). Il est d’ailleurs défendu aux femmes de manger de la viande. (p. 64) : dilemme, défendre le droit des femmes ou la cause végétarienne ? la curiosité des spectateurs n’est satisfaite que lorsque tous, découvrant mes pieds nus, s’écrient : Il a cinq doigts ! (p. 76). Ayant demandé à mon interprète le nom du hameau que nous traversions, il me répondit Zalacone, c’est-à-dire « je ne sais pas » ; j’inscrivis naïvement ce nouveau nom propre. (p.83).

Official secrets (Gavin Hood) : encore un film respectable Avec une Keira Knightley remplumée et un Mark Smith présentable.

La diffusion d’un virus par des dirigeants immunisés conduit à un confinement planétaire des peuples. Et puis, pourquoi tout ce cirque, pour sauver les 3% de la population les plus faibles, vraiment ?

Le voisin télé-tond sa pelouse.

Cette histoire ajourne les brouillards sous lesquels se dissimule chaque secteur d’activité, qui le fait paraître plus gros que ce qu’il est réellement, ce gonflement polémique, cette fabrique de faits factices, cette importance donnée aux plumes, pas à la viande. On retrouve l’os des choses.

Au-delà de mille cas, ça devient chocolat.

Le mot offrir emplit la bouche de ceux dont l’activité a jusqu’ici été accaparement et profit.

Wreck economy or lose millions of lives? (Los Angeles Times).

Ai retrouvé, dans les pages d’un livre acheté à sa sortie, une photo de Starky & Hutch découpée dans un programme télé de 1985.

Coulez mes larmes, dit le policier (Philip K Dick) : un type connu , du jour au lendemain n’existe plus aux yeux des autres. Il n’est personne. A-t-il basculé dans l’univers de la jumelle mort-née de Dick ? — Ils ne prendront jamais la direction de mon monde. — Tu n’as pas un monde, avait-elle répliqué. Tu as un bureau. Toute la planète est dirigée par des bureaucrates. (p. 237). Seul Dick peut écrire un bouquin comme ça, de bric et de broc, partant d’une idée bizarre et laissant s’écrouler chaque possibilité émise. Son humanité cimente le récit. Les larmes empruntées à John Dowland (Flow my tears) sont celles de l’auteur, adressées à sa jumelle morte, de qui découle sa perception de toutes choses. Nous vivons tous dans l’esprit de Jane C Dick.

Devant mes yeux, une araignée toute blanche vient de saisir une grosse mouche morte toute noire.

Les Imaginales sont annulées. Ainsi en aura-t-il été de ma brève notoriété.

Écrire, est-ce extraire de son âme une livre de chair ou bien un assemblage mécanique ?

La voisine qui garde des enfants dans le 95 est sagement venue se confiner à la Grange. On la rappelle pour garder le môme d’une employée dont le patron exige la présence. Elle doit prendre la route. Elle est en vacances dans 15 jours. Là, elle ne pourra pas revenir sagement ici. Pas d’autorisation. Confinement, vous comprenez. Doit-elle risquer six mois de prison pour non-respect du confinement à la demande de son patron ?

L’entité logée dans l’iceberg qui a coulé le Titanic profite du naufrage pour prendre place dans une barque de sauvetage – et amener la peste. Un personnage est au courant. Son obsession sera de détruire toutes les embarcations.

Quelle somme résulterait d’un récit où les personnages sont sur la crête des événements ; pas en relation avec un hier ni tendus vers un demain, mais ils vivent juste l’instant ? Pas de plan préétabli, pas de cause, pas de but. Pas de propos. (Juste ces morceaux de 1972 à la dérive ?)

Qu’est-ce qui compte réellement dans un roman ? La verve ! L’expression : écrire de verve, pour premier jet, dans l’improvisation. Reprendre non pas pour corriger, mais pour y ajouter encore plus de verve. Superposer la verve. Bâtir le récit comme un chanson à répondre : écrire un paragraphe. Et le réécrire à sa suite en y ajoutant de la verve. Garder les deux versions dans le texte final.

Joyeux drille est un pléonasme.

After the weeding (Bart Freundlich / remake US d’un film de Suzanne Bier) : même si ce sont les affres d’ultra-riches, Julianne Moore et Michelle Williams arrachent grave dans la justesse.

Le confinement prend une allure épouvantable : les dames de la chorale nous passent par mail des tutos de scrapbooking ou des liens pour méditer ensemble devant youtube – ou pour faire des gâteaux et des bonbons (je propose que qu’on leur donne le nom de confineries). L’une vient encore de nous envoyer la photo de son filet à légumes en crochet.

L’immatériel n’est pas affecté par le confinement. Qu’est-ce qui est immatériel ? La finance.

2020 / chapitre 12