2020 / chapitre 4

Darwinia : p. 182, l’auteur admet que les contes d’Edgar Rice Burroughs pourraient servir de Baedeker à la contrée explorée dans son roman (mais c’est une fausse piste de lecture). Plus loin, il note la mauvaise qualité du papier sur lequel est imprimé le Times, fibreux car fabriqué à partir d’arbres-mosquées. (p. 200). Et encore : Une fois qu’on donne un nom à un animal, il est trop tard pour le bon sens. (p. 239). À partir du chp XXIX, le récit s’emmêle, devient anecdotique, sous écrit et confus. Une sorte de Christopher Priest brouillon. OK pour faire bifurquer ce qui se présentait comme l’exploration d’une nouvelle Europe arrivée là suite à une brutale bizarrerie, en une conséquence d’un charivari cosmique, mais cette méta-cause me fait songer au livre de Dominique Douay La fenêtre de Diane, tout aussi bizarre avec ses marques-pages. Groupes de Turing, noosphère, ontosphère galactique corrompue par les psions, Archives, champ de Higghs, psivie… tout un méta qui nous délivre une banale fusillade dans une maison rythmée avec le truc des paragraphes très courts comme n’importe quel thriller… Mais aussi, 25 ans plus tard, une drôle de scène, la progression vers un puits très hodgsonien où les personnages (et leur double) perdent apparence humaine tout en se faisant massacrer par, heu, des psions massacreurs qui sèment le foutoir dans ces Archives. Je n’ai pas tout saisi de la superstructure cosmique du récit, l’auteur a dû aller très loin pour architecturer tout ça et garder trop peu de jus pour nous le délivrer ; il en reste quelque chose de confus et d’indéfinissable qui se sédimentera dans l’esprit du lecteur. Bizarre.

À l’instar de Sylvia Hoeks, en reine anorexique et tondue dans See, les top models au corps maigre et long sont des actrices parfaites pour incarner la souffrance.

Dans le cadre d’un curiosité bizarre, j’ai vu deux films absolument ridicules : Australia (Hugh Jackman et Nicole Kidman) et Le majordome (Forest Withacker et Oprah Winfrey). C’est étonnant qu’Hollywood habille deux récits ayant pour objet des avançées civiques (concernant les Aborigènes et les Noirs) d’oripeaux aussi laids.

Cette civilisation est comme un immortel en phase terminale.

On ne va pas se laisser embobiner dans la farine.

Ces gens qui se baladaient en T-shirt marqué : propriété du gouvernement.

Vu deux excellents films de David Michôd : Animal Kingdom et The Rover ; je ne m’explique pas le naufrage complet de The King pour Netflix.

À la fin d’un jour ennuyeux (Massimo Carlotto) : un polar sur une crevure (le narrateur) qui règle leur compte à d’autres crevures, homme politique, mafia calabraise. Prédateur sexuel (mais le détail des scènes est passé sous silence). Mon unique espoir reposait sur l’accélération des événements que le crime imprime au mouvement uniforme de la vie. (p. 113). Et : La politique est aussi un crime créatif. (p. 186). Doit-on conclure à une extrapolation de la réalité criminelle du soubassement social italien, ou bien à sa froide description ?

Pour avoir du succès dans un genre, il faut l’illustrer sans trop de malice ni confusion. Il faut saisir ce qu’il peut proposer comme type de narration et s’en tenir.

2020 / chapitre 4

2020 / chapitre 3

The King (David Michôd) : Shakespeare ? Ah. Falstaff, bon, Joel Edgerton tente de lui donner un peu de relief. Sinon, acteurs filiformes, voûtés, malingres, inexpressifs, léthargiques. Scènes sans charge dramatique. Bataille d’Azincourt, boue et rugby au rayon casseroles. À la fin, Timothée Chalamet meets Lily-Rose Deep. Chalamet ? Le Paul Atréides du Dune à venir ? Aïe. Me demande si Villeneuve, réalisateur déjà bien raisonnable, ne ferait pas mieux de choisir une frite McCain à la place du comédien et de remplacer l’épice par de la Végétaline, histoire que ça frémisse un tant soit peu.

Motherless Brooklyn (de et avec Edward Norton) : une réussite. Au moins, il ne tombe pas dans le travers de Ben Affleck jouant et se mettant en scène, lui ne se filme pas torse nu ou à poil (cf. The Town et Argo).

Rouge impératrice : À propos des méfaits de ceux de Pongo : [Zama et Igazi] pouvaient témoigner de l’existence d’une post-humanité antérieure aux délires transhumanistes, car il avait fallu s’extirper de la race des hommes pour leur faire endurer tant de violences et d’injustice. (p. 442). Et pour méditer sur le rejet des migrants par les Européens : la politique de puissance dans laquelle on s’était engagé ne pouvait s’illustrer par la crainte des Sinistrés. (p. 545).

Je ne sais plus à quoi je me suis occupé hier. Sans doute pas à des choses à destination du lendemain.

La purge Abigail, le pouvoir de l’élue me fait songer à quel film épouvantable pourrait devenir Les Furtifs.

Dracula (Gatiss & Moffat) : #1 laid, long et grotesque. #2 laid, longuet, alambiqué et hors-piste foireux. Je me passerai du #3. Le second degré ne fonctionne pas. Ni l’enchâssement des récits. Les scénaristes donnent l’impression d’unir leurs efforts pour fuir à tout prix et confusément le mythe. Pas pour déplier finement l’histoire ou lui donner des prolongements malins. Bon. #3 tout de même. Laid, décousu. Cérébral. Théâtral. Vide. Abstrus. Etc. Là encore, une histoire-packaging. Dracula ? Make no sense. Et, contrairement à la relecture – réussie – de Jekyll par Moffat, là, il n’y a pas Michelle Ryan.

Macron est un prédateur. Ceux-ci, on ne tente pas de s’en faire entendre. On en garde éventuellement la peau après les avoir piégés.

Swiss Army Man (Dan Kwan, Daniel Scheinert) : pas tenu plus de 20 mn. Sans doute dû au fait que je sois plus soixantenaire que trentenaire.

L’état devient une entreprise dévouée à satisfaire ses actionnaires, offrant le bien-être à ses employés complices et promettant aux autres un licenciement social.

Dans l’Yonne, à la place des boites à lire, je suggère des boites à capsules de champagne.

L’homme donne un sens à l’univers – comme il fait parler les animaux dans les contes.

Je suis plus attiré par la SF troisième voie, entre le space opera ou le post-apo et l’exploration hypertechnoïde. Robert Charles Wilson, par exemple, qui sait préserver le sens du récit sans le réduire à une succession de péripéties ; qui sait poser un postulat sans en faire un jeu uniquement cérébral.

1972 ou rien ? Dans Ride upon the storm, l’affiche de Ziggy stardust trône chez le prêtre Johannes ; dans The crown, la princesse Anne chante Starman ; dans le lointain post-apo See, la reine Kane écoute Perfect day sur une platine et avec un ampli piqués à Julien Heylbroeck. D’où cette idée d’histoire où l’année 1972 infiltre le présent, comme une entité parasite.

À quoi pourraient servir tous ces appareils connectés, lorsqu’ils seront déconnectés ?

Darwinia (Robert Charles Wilson) : Oh, il s’est trouvé des gens pour faire carrière dans la politique en se servant de la xénophobie et de l’ardeur religieuse, mais ça ne durera pas. Il n’y a ni assez d’étrangers, ni assez de miracles pour entretenir la crise. La vraie question, c’est : jusqu’à quel point souffrirons-nous entre-temps ? Je veux parler de l’intolérance politique, de la mesquinerie fiscale, voire de la guerre. (p. 89).

« le président continuera à se rendre à des représentations théâtrales comme il en a l’habitude. Il veillera à défendre la liberté de création, afin qu’elle ne soit pas perturbée par des actions politiques violentes ».

Les littératures de l’imaginaire doivent dresser une cartographie par essence incohérente de l’espace pressenti ou visité. Sinon, autant arpenter l’espace cohérent du réel.

2020 / chapitre 3

2020 / chapitre 2

La semaine dernière, je suis allé chez mes parents. Le système de fermeture de la fenêtre d’une des toilettes est constitué d’un morceau de bois pivotant sur un axe en son milieu et venant se glisser dans deux pattes, une en haut et une en bas. Je l’ai ouverte. Du bois basculé est tombé une petite araignée qui y était coincée. Depuis quand ? Je ne sais pas. Elle est restée inerte, sur le dos. Je l’a crue morte jusqu’au moment où elle a faiblement remué une patte. Je l’ai poussée du bout de l’ongle sous un coin du papier peint afin de la protéger. Je suis reparti de chez les parents sans m’enquérir de son état. Vais-je la retrouver lorsque je reviendrai ?

The lighthouse (Robert Eggers). (Le conte de Poe cité par les auteurs est inachevé ; deux courts chapitres.) Au delà de l’intrigue, si j’ai bien saisi, l’idée pourrait être de condenser en un récit non rationnel certaines pages des journaux tenus par de vrais gardiens de phare. Les peurs vont et viennent, les rapports humains fluctuent, les personnalités sont happées par diverses folies, culpabilité, peur de la puissance marine, créatures fantastiques. Ce principe de nourrir une histoire à d’innombrables sources et d’incarner celles-ci en un seul personnage sans souci de rationalité d’évolution de comportement pourrait être un outil de narration formidable. Le personnage déborde d’un trop plein d’histoires dont il n’est que le réceptacle, qu’il subit, qu’il mime, qu’il ressent – sans pour autant montrer un apprentissage, une évolution. Aucune personnalité propre éprouvée, mais une mutitude de postures, aussi brèves et finies que vives. Piste à appliquer dans un prochain roman.

Cessons de tuer des animaux, mangeons de la chair d’homme. Optimisons toutes ces victimes de conflits guerriers ou de luttes sociales. Interdisons les armes chimiques qui gâtent la viande. Envoyons des équarrisseurs sur les champs de bataille. Des bouchers dans les manifestations. Plus de LBD, des pistolets d’abattage. Plus de retraite, des terrines. Plus d’hôpitaux, des charcuteries.

Je propose au lecteur de découvrir Caïman avec lui, à la mode d’un récit picaresque, sans but précisé en amont de l’écriture. L’écriture doit musarder, pas servir un plan préétabli. Caïman ne préexiste pas à ma narration : il nait et respire à chaque nouvelle phrase. À mon sens, une histoire ne doit pas mettre en scène un dénouement préétabli mais tracer sa propre ligne de fuite à mesure de son déroulement. Les évènements passent, s’accumulent et s’en vont ; l’esprit seul les relie. D’où le côté illusoire et donc non nécessaire d’une intrigue de type préétablie.

Je ne sais pas juger d’un livre s’il est bien ou pas. Je suis curieux de ce qu’il me fait penser.

6-Underground (Michael Bay) : après ça, dur de ne pas s’emmerder en regardant un Mission Impossible ou un James Bond. Mais dur également, le lendemain, de se souvenir de quoi ça causait.

Rouge impératrice : L’éreintage en règle se durcit. Ces types étaient les seuls à s’être déplacés pour aller chier partout où ils avaient posé le pied. […] Ils l’avaient fait chez eux, chez les autres, sur la lune, et l’univers s’était nourri de leur merde pendant des générations. (p. 300). Une belle image : La lumière orangée des réverbères dessinait des cercles phosphorescents, des astres en visite chez les humains. (p. 312).

Des culs-de-jatte avec des chariots mus par panneaux solaire.

The Witch (Robert Eggers) : on peut donc faire un film sur la sorcellerie comme échappatoire au dogmatisme religieux sans tomber dans un travers grand-guignol propre aux trucs de possession (cf. Hérédité), parfaitement éclairer l’affaire et diriger des enfants avec une justesse qui laisse admiratif.

Dommage que je ne vive pas assez vieux pour voir Kim Kardashian à l’âge actuel de Schwarzenegger. Sans doute identique à lui : deux stères de bûches et quelques poils.

Lorsque j’allume la cheminée, des insectes courent sur le bois qui s’enflamme. J’ai l’impression de lire un article sur l’Australie.

Nous sommes ingouvernables. Tous. Et donc, ils constituent un ingouvernement. Ils le savent.

La SF lue adolescent est une transposition des interrogations de l’âge dans un espace plus grand que sa chambre.

The crown : l’épisode avec Charles Dance en Lord Mountbatten est vraiment très bon. Il y a un travelling parfait où on précède Olivia Colman montant un escalier. Et Jane Lapotaire raffle la mise dans le rôle d’Alice de Battenberg en nonne grecque dans l’épisode précédent.

Rouge impératrice : Miano écrit ceci (p. 336) : Les […] populations continentales du passé […] préféraient se réclamer d’ancêtres puissants plutôt que de leurs sujets. Le désir de se représenter à la fois libre et glorieux cheminait donc obscurément avec un rêve de domination plutôt que de justice… Boya et Ilunga ont recours à des escapades éthériques au pays des morts – et des margouillats (lézards) curieux. Cette partie du récit tranche avec le tableau historique, politique et technique ; il s’y mêle sans obéir à une nécessité. Un contrechamp infini et familier aux luttes géographiques âpres. C’est curieux et bienvenu. Par exemple : Autour d’eux, une végétation d’algues brunes s’épanouissait, des porifères jaunes formaient çà et là de petits buissons. Il n’y avait pas un bruit, l’océan lui-même, dont la masse les recouvrait, ayant fait choix de silence. (p. 393). Et : Boya allait connaître sa nuit, les âmes qui la peuplaient, celles qui l’accompagnaient sur la terre depuis que le temps existait. Elle apprend également qu’elle a été baptisée plusieurs générations avant sa naissance, et qu’une fillette albinos présente les a choisis, elle et Ilunga, pour être ses parents. Et l’expression accorder leurs balafons.

Le contenu est contaminé par le packaging. (Par ex. : Les furtifs.)

Il n’y a pas de paradis, et il n’y a pas d’abri.

Nous nous affrontons essentiellement par l’entremise de fictions cérébrales.

2020 / chapitre 2

2020 / chapitre 1

Note d’intention : 2020 est différente de 2019, je ne la suis pas jour à jour, mais semaine à semaine et livre à livre. Plus d’autres cabrioles de mon esprit superébouriffant.

Voyons voir, notons ce qui est en cours en ce premier jour de l’année, histoire de se retourner sur quelque chose le 31 décembre prochain… Romans : Chroniques de Caïman, Micmacs au Maquis, Retour sur Mars, Le Chevalier Compost. Nouvelles : Insurrection, Aventure sans pareille d’un certain Bluddennuff, Le son du bûcher (la Reverdie). (Titres de travail.)

Rouge impératrice (Léonora Miano) : écriture un peu déconcertante, pas de dialogues (ou très peu et en italiques dans le corps du texte). Paragraphes denses et longs, terminés selon une logique de rupture particulière. Cela requiert une attention soutenue. Je ne sais si c’est propre à ce livre, n’ayant pas lu autre chose de Miano. En tout cas, c’est prenant et ardu à la fois, il est évident qu’on nous demande un effort. Pour l’heure, j’en suis récompensé. L’auteur glisse des réflexions justes et sa Katiopa, Afrique unifiée de 2124 (ou 6361 selon le calendrier en usage) ayant gommé le colonialisme, est parfaitement aboutie. Nous en prenons pour notre grade, avec des baffes absolument précises : Les Sinistrés (nous, donc, Européens) accordaient une importance immodérée au phénotype qu’ils investissaient de significations les plaçant au sommet de l’espèce humaine. On ne savait pas trop d’où cela leur était venu. Le Sinistre, vers lequel ils s’étaient dirigés au cours des siècles sans s’en apercevoir, avait aussi eu sa source dans cette perception erronée de soi et des autres : l’invention de la race. Pouvait-on guérir d’une pathologie de l’âme aussi ancienne ? (p. 65). Tous les territoires de Katiopa ne sont pas unis toutefois : leurs dirigeants se prévalaient d’une histoire incompatible avec l’unité. (p. 83). Dans ce ton docte et juste, il y a tout de même une mention d’esprits : la parole était à Makonen, qui avait élu domicile dans le corps gélatineux d’un palmier sauvage. (p. 130). On parle même (p. 134) d’un spécimen devenu rare de femme-escargot. Un Sinistré en T-shirt et bedaine passe : Un tel accoutrement était au delà du sacrifice : une requête en bannissement. Puis : Pour assouvir leur insatiable faim de richesses matérielles, ils avaient développé une stupéfiante agressivité, un esprit retors interdisant que l’on se fie à eux. Et : la morgue qu’ils affichaient à l’égard des structures nouvelles, trop enracinées d’après eux dans un primitivisme précolonial. L’un des personnages écoute les Bee Gees ; le type en question, Igazi, s’en sert pour rester en colère et là, Miano joue du clin d’œil au présent avec plus de talent que Damasio dans son désolant Furtifs ; elle traque le rapt culturel commis par les frangins glapissants : Tout en groove et en falsettos apolitiques en apparence, les frères Gibb lançaient un message, non pas de fraternité entre les peuples, mais de dissolution des vaincus dans l‘univers de leurs oppresseurs. (p. 150). Et arrive plus loin la basse de Stayin’ Alive qui finit de mettre en rage cet Igazi. Boya et Ilunga deviennent non pas invisibles à proprement parler, mais… furtifs grâce à leur volonté – et une amulette (p. 172).

Du sang dans la sciure (Joe R. Lansdale) : pour l’instant un cran en dessous des Marécages lu avant.

Début de nouvelle : « Les défunts, affirma xxx, se tiennent sur les rivages ». Le fait que des esprits mènent une existence parallèle à la nôtre peu paraître incongru. Néanmoins, on le conçoit avec plus d’aisance lorsqu’il est dit qu’ils préfèrent les rivages.

Rouge impératrice : Ilunga présente Boya à ses parents – morts : Non, elle n’était pas effrayée, mais c’était tout de même une entrée en matière un peu particulière pour un rendez-vous galant. (p. 177). Plus loin, Miano rejoint Lansdale : Tous deux auraient à leurs trousses les fouineurs les plus chevronnés de la Sécurité intérieure, on sentirait l’odeur de leurs pets avant qu’ils aient eu besoin de les expulser. (p. 204). À propos de Seshamani : Son excentricité venait de ce pouvoir sans cesse reconduit. (p. 226). Puis : Les puissants protégeaient leurs privilèges sans avoir les uns à l’égard des autres la moindre bienveillance. (p. 227).

Chaque dirigeant mondial est une source potentielle ou effective de désordre. Offrons à chacun d’entre-eux un ou deux drones, qu’ils ciblent leurs homologues honnis – et la planète se trouverait non pas à feu et à sang, mais apaisée.

À quoi sert de vouloir écrire quelque chose d’autonome puisque les mots par eux-mêmes créent un sens impromptu ?

Nous vivons dans les ténèbres et la seule lumière que nous regardons est celle de l’écran (approx.) dans Ride upon the storm S02E03.

La grande belleza (Paolo Sorrentino) : Rome vidée, privatisée pour que la classe huppée s’y languisse existentiellement. Un bonne idée : la visite, de nuit, d’un musée où l’on a juste le temps de voir les peintures tirées des ténèbres par la flamme des bougies.

Aimons-nous tant être trahis, que nous n’agissons pas contre nos dirigeants ?

Écrire, c’est fabriquer un problème.

2020 / chapitre 1

JOURNAL 2019 / Semaine 53

lundi 30 décembre

Qu’est-ce que la limaille typographique de Damasio permet d’atteindre que la manière classique ne permettrait pas ?

mardi 31 décembre

La Quesnellière. Koumpa doit aller chercher deux volumes de George Sand en Pléiade pour cadeau à Mouma. Catherine propose de les lui offrir. K. hésite puis dit OK. Le réveillon : K. donne les Sand et dit que c’est Catherine qui les offre. Donc, dit M. à K., tu me dois, en toute logique, un cadeau (puisque celui-ci – dont K. a eu l’idée, est offert par Catherine). Le ton s’envenime. Gros mots. Fin de l’année 2019.

JOURNAL 2019 / Semaine 53

JOURNAL 2019 / Semaine 52

lundi 23 décembre

Dans la nouvelle Les Hauts® Parleurs® (qui me fait furieusement songer à Siné avec les jeux de mots sur les chats), Damasio® use, à propos d’un personnage, de la mise en garde suivante : autre chose surtout que l’exposé didactique de nos valeurs – c’est pourtant exactement ça, cet auteur : un exposant didactique. C’est très expliqué, très démontré. L’altermonde, terrain de jeu, existe – dieu soit loué ! – grâce au capitalisme, lui-même mis en place grâce à une absence de contre-pouvoir et une inertie nécessaires à l’enjeu narratif. Néanmoins, indéniable talent, la vente aux enchères des mots avec le sémantiquaire est une belle trouvaille. Pour autant, il n’y a aucune étrangeté. Mais – défaut d’incrédulité – ce qui s’écroule et retourne au néant sous la charge militante ne me convainc pas que ça ait jamais pu vraiment exister. De mémoire (et en rapport avec le thème du langage), la nouvelle de Lisa Tuttle Le remède est beaucoup plus forte, beaucoup plus subtile mais elle ne parle pas du présent).

Les furtifs chp 5 : ça continue, Stay focus ! Map refresh ! Sniped ! Barbant. Et comme appât narratif, le truc Interstellar : rapport/quête père/fille. 700 pages. Ouch. Traque de l’équipe dans une re-construction en pâte de résine à tartiner d’un espace ludique pour bobos, avec souvenir de la fillette pour arc dramatique. Leur progression obéit à un ésotérisme technologique un peu roboratif. Périlleux de s’en remettre à l’indulgence du lecteur. Point positif : la singularisation typo des points de vue par personnages fonctionne plutôt bien. Pour le reste, l’autre limaille typo, toujours pas pressenti le propos ni la nécessité.

Les furtifs chp 6 : le phrasé haché de Céline, celui d’Ellroy te prennent et ne te lâchent plus, c’est un procédé narratif qui t’enchaîne à l’histoire. Celui-ci est un chouïa encombrant plus qu’entraînant. Il ne paraît pas avoir d’autre nécessité que cosmétique, superficielle, un packaging. Échange/bilan immersif entre le général et les traqueurs, passage plutôt réussi. L’univers créé donne le sentiment de se plier/déplier en fonction des besoins des discours antagonistes tenus par les personnages (le laïus sur l’historique et l’avenir incertain du service traque). De manière théorique plus qu’effective. Vincelles est un cérébral, un neuronal (p. 143) ; l’auteur aussi, qui, pour humaniser l’affaire, a recours à la ficelle famille ? (Quoi d’autre ?) [Saskia] parle très bien, avec un débit fluide et modulé, sans avoir de difficulté à trouver les mots justes (p. 148) : voilà, Alain, fais-en autant ! Et puis, patatras, page suivante, toujours Alain qui parasite le verbe de Saskia en plaçant dans sa bouche (elle qui s’exprime très clairement sans avoir recours au jeu), l’expression un tantinet lourde : arme de distraction massive, irrépressible envie chez l’auteur de jouer avec le blabla, les mots-valises, inoculée aux personnages, ce qui leur ôte une substance propre. Et pourtant, plus loin, il y a un tremblé dans la ritournelle. Le temps d’un trajet en Air-Train, on entrevoit les jachères publiques des villes abandonnées par le privé, mais pas encore acquises à ses habitants. Conforteresses.

mardi 24 décembre

Les furtifs chp 7 : au rayon rigolo, les new-âgeux qui tournaient à deux massages par jour et trouvaient que l’encens, ça sent bon ; TongTown. Quand un personnage se met à danser, Damasio dit tout de suite : ce qu’il fait n’a pas de nom, ou tous les noms (l’appétit de mots de Damasio passe avant la description visuelle de ces danses, il soupire d’aise avant l’énumération). La description des Alters est essentiellement parodique (les Balinais joueurs de gamelan, les hors-bords solaires, etc.) ; ce qui induit que le néo-libéralisme vu précédemment l’est aussi… Et s’écroule l’enjeu dramatique. Surtout qu’on apprend que Tishka, la fille de Lorca, a été sans doute enlevée par une déïté balinaise. OK. Sans doute une fausse piste. Reste 400 pages. Les furtifs: la transformation du monde en caractères accentués. Un bouquin qui tient debout le temps d’existence du lectorat visé. Et Damasio se forge un style non pas en saillies fines, en fulgurances propres, mais avec un enduit typographique tape-à-l’œil. Rien d’antipathique au demeurant – du Foenkinos branchouille sans arc réflexif véritablement pertinent, qui se déroule confortablement pour le lecteur. Aïe. Tout cela n’est que mon impression au gré de la lecture, pas une coupe réglée acrimonieuse de l’affaire. J’étais disposé à découvrir plus charnu, plus sévère, pas un livre-témoin, au sens d’un appartement-témoin décoré au goût de tous les futurs propriétaires pressentis.) Certaines descriptions musicales me font songer aux imbitableries de Bayon ou d’Yves Adrien dans Rock & Folk des années 80 (p. 181). Qui se souvient de Novövision ? Ha ha. Le futur de Damasio trahit sa cérébralité seule par l’absence de véritables détails triviaux. (Faut dire que je lis un Lansdale en parallèle, Les marécages, qui nous restitue les années 30 au Texas.) Joli portrait de Tishka en buisson à croissance folle (p. 189). Page 194 on retrouve le pendant du cube techno du début – mais balinais et en bois. OK. Illusion du temps cyclique, horloges rondes versus instant qui passe et qui ne reviendra jamais (p. 197). Jargon pourri (p. 199).

La terre tourne sur deux axes simultanés et différenciés.

Songez à ce qu’ignorent les services de renseignements ; rebaptisez-les.

Va mett’ ça (Paradis).

mercredi 25 décembre

Les furtifs chp 8 : gyronimo, Ça craint du boudin, Ils ont des guns… OK, je sais ce que je lis. Une pochade dont le développement subversif ne dépassera pas un certain degré. Vont retrouver la gamine, vont filer du côté des furtifs. Encore 500 pages. Je continue ou pas ? Tiens, voilà Banski (p. 219). Aujourd’hui, essayez de squatter un toit d’immeuble : la flicaille déloge en un rien de temps ; là, en 2040, alors que l’outil néolibéral-privé a atteint un summum d’efficacité, les Alters arrivent sans problème à vivre sur les toits. Palettes, terre, eau, anneaux solaires, éoliennes, déplacements aériens, passerelles, harpons… Occupation interstitielle réprimée avec une lenteur due au manque de moyens d’Orange (qui a racheté et privatisé Orange…) Tout ça pourrait donner de belles pages, mais toujours ce ton explicatif qui assèche la réalité des choses. Dommage. OK, Lorca se souvient – refoulement abyssal – d’un coup du graffiti sur le mur de la chambre de sa fille (on n’y avait pas accordé d’importance, eux qui avaient relevé les empreintes sur les poignées…). Style + incohérences, je cesse trop souvent de croire à l’histoire.

Les furtifs chp 9 : je serai tout de même allé jusqu’à la page 239. Désolé Alain, je ne suis sans doute pas le lecteur désiré. Malgré l’inventivité de la démonstration, la quête de la gamine me paraît un machin trop fluet pour aiguiser ma patience face au style narratif choisi. Je n’entends pas les personnages ; c’est toi qui parle, uniformément, à travers les cinq bouches énumératives choisies. Et je redoute ceci : que la gamine, une fois revenue, se révèle être ta sixième bouche. Ton livre, je ne l’ai pas acheté ; je l’ai emprunté à la bibliothèque. Il y sera pour d’autres lecteurs mieux disposés que moi. Je retourne à Joe R. Lansdale et ses marécages

jeudi 26 décembre

Les marécages (Lansdale, p. 132) : lui raconter des bobards sur les Indiens, les gens qui habitaient au centre de la Terre, et les planètes où les hommes vivaient dans les arbres tandis que les singes se déplaçaient en bateau sous une lune bleue… Donc, bobard est un possible synonyme de conjecture.

à la façon dont il fonctionne, le monde d’aujourd’hui n’a aucun avenir. (p. 183).

et il aurait eu la voix aiguë même avec la tête dans un seau à sirop fermé par un couvercle. (p. 213).

Dylan : La version alternative de As I Went Out One Morning (dans Travelin’ Thru / Bootleg Series vol. 15) est infiniment supérieure à celle de John Wesley Harding.

vendredi 27 décembre

Les marécages : j’ai eu un doute au cours de la lecture, un personnage laissé en arrière-plan, avec un indice ou deux à peine appuyés, le coupable ne m’a pas surpris, mais c’est très bien fichu, sans effort de dissimulation ni jeu factice avec le lecteur. Très bon bouquin.

Les frontières fabriquent des bellicistes.

Revu C’est assez bien d’être fou.

Commencé à lire Rouge impératrice (Leonora Miano) : une uchronie sur l’Afrique ayant gommé les frontières de la colonisation. Chez Grasset. Couverture jaune sans illustration – sans personnage dessiné de dos en numérique. Fichtre.

samedi 28 décembre

Rouge impératrice chp 1 : un personnage, Ilunga, n’abusait du pouvoir de se rendre quasiment invisible. En fait, c’est une sorte de furtif

dimanche 29 décembre

En route pour la Normandie et donc, La Quesnellière où nous passerons une partie de la semaine 53.

JOURNAL 2019 / Semaine 52

JOURNAL 2019 / Semaine 51

lundi 16 décembre

Raymond m’apporte deux têtes de sanglier. Je vais donc passer deux jours à les ébouillanter, à en ôter les poils et la peau, à les faire cuire dans des aromates, à en ôter la chair, à la refaire cuire dans un bouillon et à faire des bocaux pour stérilisation.

mardi 17 décembre

La journée s’est exactement déroulée comme anticipé hier.

mercredi 18 décembre

Je relis SIVA : ce bouquin est absolument imbitable pour qui l’attaquerait sans rien connaître de Dick. Pas d’intrigue, un dispositif avec un personnage narrateur dédoublé ; un catalogue de trucs grave barrés. L’Exégèse. Ce fatras. Mon dieu.

Ceci dit, ce qui prime là-dedans , c’est l’indétermination et l’application qu’en fait Dick est fascinante, cette élaboration-destruction perpétuelle avec, en bonus, toujours, l’humour.

Alors que dans Ad Astra (James Gray, Brad Pitt), pas d’humour, nulle part, l’indétermination est sérieuse, pesante et stérile : quel est le propos du film ? Quel est la raison des passages d’action, la poursuite sur la Lune, les singes norvégiens : OK, il y a des détrousseurs de grand chemin sur la Lune, OK, il y a des expériences de laboratoire dans l’espace, mais qu’est-ce que ça a à voir avec la cible du récit ? Et donc le père-prétexte-à-quoi ? C’est un chouïa décousu, sans nécessité et surtout sans brio ni lâcher prise. On dirait une version sérieuse et non assumée de The Mandalorian, pour ce qui est des péripéties. Et la tension basse de Pitt ? L’affaire m’a laissé perplexe. Un truc : la mollesse me semble être le thème de prédilection de Gray (cf. Lost city of Z). Reste un catalogue convenu des habituelles vues de la Lune (cf. Moon et For All Mankind) et l’espace. Mais là aussi, Interstellar réussissait à être plus dépaysant. Bref, à ces deux films, j’ai tout de même préféré Prospect.

(De plus, dans Interstellar comme dans Ad Astra, le père est encombrant ; dans Prospect, il se fait dessouder rapido.

Malgré mes efforts et mes affinités, je ne suis pas écrivain de genre (SF, fantastique, etc.) ; je vise à une littérature incertaine. Et d’autant incertain est le lectorat. Et quid de l’éditeur ?

La naissance est un accident et la vie, ensuite, un délit de fuite.

Il est utile de dénier un sens aux choses.

jeudi 19 décembre

[Thème de cette anthologie] : demander à des auteurs SF de se mettre en scène comme personnage descendant de sa fusée pour tirer des observations de notre réalité quotidienne (la vraie, celle que vous et moi éprouvons pour de bon en ce moment) sans détour ni spéculation. Juste consigner le détail de ce qu’ils ont sous le nez.

À travailler sans méthode (ou disons sans obéir à ma propre méthode), je perds certainement un temps fou, réécrire, revenir, ajouter, modifier, etc. – mais j’éprouve la validité même de l’écriture face à la vie de tous les jours. Ce n’est pas un refuge. Je ne m’immerge pas dedans, je la confronte aux tracas d’une journée, aux pistes données par mes lectures. Je mesure l’entêtement de la fiction et ses manières d’exister face au réel.

Tous ces superhéros sont plus fortiches que son père. Les comics sont donc un dénigrement en règle du père.

vendredi 20 décembre

For All Mankind : ma série de l’année.

Les furtifs chp. 1 : ça commence par un type dans un cube blanc, qui doit capturer quelque chose d’invisible = auteur, feuille, récit (est-ce la représentation de l’inspiration à saisir, propre, intime, personnelle et une mise en garde du possible mimétisme de cette inspiration pour qui désirerait être original ?). Et je commence à vouloir balayer du bout des doigts les signes typographiques surnuméraires. Et ces furtifs ont-ils à voir avec Le glamour de Priest ? La présence du furtif dans le cube d’examen est un sacré coup de bol = je tique, suspension de la suspension d’incrédulité, en attendant l’explication à venir (manifestation de la fille de Lorca indiquée comme objet de la quête en 4e de couv ?) Un furtif est ce qu’on prend le temps de voir. Bim. OK.

Les furtifs chp. 2 : OK, LVMH a racheté Paris, Orange, Orange. Présent pseudo-futurisé à peu de frais. Terrain connu. Narration familière truffée d’anglicismes (et d’autres -ismes, me semble-t-il). Et les pinailleries typographiques soulagent l’auteur d’indiquer qui narre à tel ou tel moment. (Que va-t-il faire du temps ainsi gagné ?) J’opère une traduction simultanée des termes néotrucmuches, ce qui réduit à peu de chose le gloubiboulga de l’auteur – mais produit une sorte de déphasage pas déplaisant, quoique futile. Il joue la carte de la lisibilité sous le zinzin. On évolue dans le familier, dans le quotidien contemporain, pas dans le spéculatif. Une extrapolation de quelques années. Entre deux formules, cherchez l’optimale – plus forte quantité d’infos en un minimum de caractères (p. 49) : si j’aboute cette déclaration aux pinailleries typographiques utilisées (par économie, ai-je vanné) pour chaque personnage, l’auteur se veut-il hacker de son propre texte ? Lorca : pas d’empreinte thermique / clandestinité / jonction présupposée furtif/résistant…

samedi 21 décembre

Encore une belle soirée au Maquis hier : concert de Valentin, puis causerie avec lui, Aurélien et les tenanciers. Le métier de chanteur est incertain.

Les furtifs chp. 3 : en 2040, on citera toujours Deleuze (là, l’auteur court-circuite la crédibilité du personnage fictif). La description du café-espace de travail Ikea est trop ressemblante à notre présent, l’effet pseudo-futurisé en devient embarrassant plus que conjectural. C’est un futur où le présent colle trop, comme un chewing-gum sous une semelle de vent. Certaines choses sont finement dépecées (les degrés de liberté) ; puis l’utilisation du mot friendly, et celui de storytelling arrive, pesants car trop connotés présent. Bref, je suis à moitié convaincu. L’affaire est fluide, mais ressemble trop à un album de coloriage du présent aux couleurs d’un proche futur, effectué avec application, sans déborder. La typographie/personnage fonctionne (mais ces passages avec des points sur pas mal de lettres me chiffonnent – qu’est-ce que ça signifie ? C’est les pensées au stade brouillon ? Certaines typographies soulignent-elle le mode conditionnel de la pensée du personnage ?). Encore un anglicisme : fake memory syndrom. Leur emploi est-il du domaine de la raillerie des habitudes actuelles ? Pas sûr. Les pédophiles ne volent pas dans le ciel en ballon = hop, une idée d’histoire, merci. (Dommage, ça aurait fait décoller le récit, cette déconnade hors de propos.)

Les furtifs chp 4 : suite de la promenade un peu plan-plan dans le néoprésent. L’auteur cède souvent à l’envie de jouer avec le langage (cf. Agüero) ; ceci + les anglicismes + les néologismes + la typo/personnages distrait et accapare l’attention plus que ça n’offre une immersion meilleure. Quant aux jeunes, ils disaient juste qu’il avait tué le game (p. 93) : les jeunes de 2040 parlent comme les jeunes d’aujourd’hui… Emploi du présent. Phrases courtes. Répétitions. Langage parlé. Argl, j’y suis : s’il y a un furtif clandestin là-dedans, j’ai bien peur que ce soit David Foenkinos. Est-ce une parodie cérébralisée ? Lorca le chasseur de furtifs va-t-il courir le danger à un moment d’avoir sa fille disparue au bout de son arme ? Splitscreen typo, OK pour les personnages. Mais le reste, la profusion d’accents, les l barrés comme des t, etc. : Damasio s’est-il laissé enivrer par les effluves montant de son clavier ? Jolie portrait de Nèr qui veut tout architecturer. On pourrait dire que c’est réussi, et on pourrait regretter que ce soit chichiteux.

Un après-midi pluvieux – plus vieux d’un jour.

dimanche 22 décembre

Vu The man who cried (Sally Potter) : Johnny Depp en gipsy débraillé jusqu’au nombril et à cheval, Cate Blanchett en grande bringue russe arriviste, John Turturro en chanteur lyrique (ah, ah)… et Christina Ricci en sous-vêtements.

Les furtifs chp 5 : le néoprésent est essentiellement verbal (jeux extrapolés du langage d’aujourd’hui), de fait il peine à me convaincre d’une existence véritable. Il y a un mur de mots entre le futur et moi. C’est un décor monté pour les besoins d’une démonstration de la nocivité néolibérale contemporaine. Les personnages surjouent la familiarité avec leurs outils technoïdes. Tuer les furtifs qui déjouent, eux, l’identification n’est pas éthologique (p. 117). En fait, il n’y a pas de proposition d’un univers créé de toutes pièces, ainsi que la SF fonctionne (mais ce n’est pas le propos, hein). Grand souci de lisibilité conjecturale versus préciosité typographique, histoire de ne pas trahir la volonté d’écrire un roman imaginaire-friendly.

JOURNAL 2019 / Semaine 51

JOURNAL 2019 / Semaine 50

lundi 9 décembre

Avec le bébé Yoda, The Mandalorian exploite la nostalgie de la peluche-doudou ; pour moi, c’est la peluche Werner Herzog.

mardi 10 décembre

Me suis remis à la fois sur Caïman, sur TMPSDB et sur Insurrection.

mercredi 11 décembre

Tenir un journal, c’est lassant. Sans doute, en retombant dessus dans quelques années, je me dirai : tiens, 2019 a été ceci ou cela. Mais à écrire au jour le jour, l’exercice devient sans grand intérêt. Ce qui me traverse le crâne n’a de fulgurance que retenu par sa consignation au seuil de l’oubli. Le retenir, c’est s’encombrer d’un témoignage d’activité des neurones face au monde, une illusion maquillant l’inertie de l’existence. Et je dois sortir le container marron : demain jeudi, les poubelles passent. Avec un calendrier 2020, ah ah.

jeudi 12 décembre

We just didn’t verbalize it. (Jorma Kaukonen)

vendredi 13 décembre

Livres abandonnés en cours de lecture : La Capitana (Elsa Osorio) sur une figure historique de la guerre d’Espagne. Le style et le dispositif narratif confus ne m’ont pas incité à dépasser la première centaine de pages. Par contre, l’affaire m’a mis sur la piste de la révolte des ouvriers agricoles de Patagonie en 1922.

Et je ne suis pas certain de continuer à lire L’incivilité des fantômes (River Solomon). Il m’ennuie déjà.

J’ai tendance à laisser tomber les bouquins qui, au plus tard dans les trente premières pages n’ont pas ce que j’appelle la corde qui claque. Ouvrez par exemple SIVA de Dick : à peine trois paragraphes lus, vous avez eu un arpège de cordes qui claquent. Vous voyez ce que je veux dire ? Souvent, des dispositifs narratifs en mille-feuilles camouflent le vide de l’esprit du pâtissier qui les a montés, alors qu’une remarque au détour d’une phrase dans un récit sans esbrouffe entre illico en phase avec votre harpe intime.

samedi 14 décembre

Réécouté Mary Margaret O’Hara. I’ve got some friends – but they don’t know

Ce soir, nous présentons les voisins aux frères Chastragnat autour d’un coq au vin.

dimanche 15 décembre

Sortons de table après minuit ; y retournons chez d’autres amis à midi.

JOURNAL 2019 / Semaine 50

JOURNAL 2019 / Semaine 49

lundi 2 décembre

De retour à la Grange. Soulagé : fin de Sèvres courtois (mais relation rompue définitivement), concernant notre différend…

Et si la littérature n’était pas faite pour être préservée ou critiquée ?

mardi 3 décembre

Envoyé Le retour du prisonnier de la planète Mars à Malpertuis : le roman s’adresse aux Savanturiers, pas au grand public, pas d’utilité d’une diffusion plus large et par essence aléatoire. Il suffit qu’il soit présent dans les salons.

mercredi 4 décembre

Partant de l’idée que la forme achevée d’un roman ne peut être maîtrisable en amont de son écriture, il découle qu’un plan préalable n’est que l’ombre d’une histoire 1) qui n’existe pas et 2) qui est en mouvement.

jeudi 5 décembre

G r è v e.

vendredi 6 décembre

Pas de transport entre le lit et mon meuble de travail.

samedi 7 décembre

Soirée livres au Maquis. Ai apporté Parmi d’étranges victimes et Lu’men. Reparti avec un Vuillard.

dimanche 8 décembre

Dernière soirée goguettes, de haute tenue, puis lancement du livre Laisse les profiteroles à Denise, qui regroupe les meilleurs textes des deux années passées – mis en page par Le Carnoplaste. Et ensuite, projection du film C’est assez bien d’être fou : un road movie où on suit un graffeur et son copain de Paris à Vladivostok – en camion, puis en train. Un film très émouvant et plein d’humanité, qui sans doute plairait à Werner Herzog. Rencontres avec des laissés-pour-compte du système. L’un dit : L’anarchie est mère de l’ordre.

JOURNAL 2019 / Semaine 49

JOURNAL 2019 / Semaine 48

lundi 25 novembre

l’édition devient [tendanciellement] un lieu où il est impossible d’écrire (tiré de la lecture de Vivre sans ? de Frédéric Lordon).

mardi 26 novembre

Je suis de plus en plus tenté de louer les séries-qui-disparaissent, celles dont on a apprécié une saison (voire deux) et dont on attend sans vraiment l’attendre la saison suivante – qui tarde, qui ne vient pas (et sans doute, avec un peu de chance, ne viendra jamais). Le jeu à propos de ses possibles prolongations est certainement supérieur à ce que serait leur vision. (Et qui sait, elles réapparaissent sous nos yeux, affublées d’un autre nom, transplantées ailleurs, avec d’autres acteurs et un propos absolument différent – mais les mêmes car toujours susceptibles de s’arrêter elles aussi, et de disparaître à leur tour.)

mercredi 27 novembre

Cardiologue : pas d’évolution négative.

Reviendrons-nous jamais au temps où l’humanité arpentait la terre avec lenteur ?

Chaos is the worm.

Revu Queen of the desert (Gertrude Bell par Werner Herzog) : après avoir fait le deuil de Naomi Watts dans le rôle, j’apprécie Nicole Kidman. Et c’est un beau film lent.

jeudi 28 novembre

Génération à venir : après le passage en caisse d’un hypermarché, il y a une borne où présenter ses tickets, une loterie avec des réductions à la clé. Une jeune mère de famille présente donc les siens devant le lecteur optique. Assis dans le chariot, son môme de trois ou quatre ans copie le geste de maman.

vendredi 29 novembre

En route pour Sèvres.

samedi 30 novembre

Sèvres. Revu tout le monde. Causerie avec Laurent Genefort. Entretien avec Estelle Faye à propos de […]. Échangé avec Joyeux Drille des conditions d’attribution du prix Imaginales : sans se concerter, quatre des huit jurés sont venus avec mon livre.

dimanche 1 décembre

Repas des Savanturiers. Rencontre avec Jean-Baptiste Baronian, qui m’a communiqué son adresse personnelle. Sans doute attend-il mes Harry Dickson.

JOURNAL 2019 / Semaine 48