2020 / chapitre 42

Et ceci marqua la fin de toute une génération.

Le Guide et la Danseuse (R. K. Narayan) Un très beau roman. Vous savez, ces yogis sont parfois capables de se transporter jusque dans l’Himalaya rien que par la force de leur pensée… (p. 46). Toute une phrase alors qu’un mot aurait suffi (p. 100). Est-ce vrai, Swami, que c’est la bombe atomique qui assèche les nuages ?… Est-ce vrai, Swami, que le mouvement des avions disloque les nuages et que c’est pour cela qu’il ne pleut pas ? (p. 133). Tout cela me paraissait bien obscur mais je fis mine de m’y intéresser. J’aurais voulu poser des questions intelligentes, mais là encore le vocabulaire me faisait défaut. Je regrettais que l’on ne m’ait pas enseigné le charabia de toutes sortes de spécialités, cela m’aurait permis de frayer d’égal à égal avec les personnalités les plus variées. (p. 181).

Imaginales d’automne : les lauréats 2020 sont sur scène pour recevoir leur prix. Les lauréats 2019 sont la génération sacrifiée. Le manque de prévenance me lasse. Il faut que je cesse d’y penser, que je passe à autre chose. Le prix du roman aurait pu, aurait dû déboucher sur quelque chose. Frédérique Roussel aurait pu se fendre d’une articulet dans Libération, les organisateurs auraient pu en parler. L’éditeur aurait dû faire son travail, le lectorat aurait pu manifester de la curiosité. Je suis plus méconnu encore qu’avant le prix et les perspectives éditoriales à venir s’amenuisent tandis qu’on célèbre Thomas Geha pour le prix de la nouvelle, que Natacha Vas-Deyres se déplace pour accueillir Catherine Dufour, qu’on invite Christophe Thill. Estelle Faye file chez Albin Michel, Laurent Whale au Diable Vauvert, Laurent Genefort préfacier chez l’Arbre Vengeur. Geha est publié aux Humanos pour une BD (tandis que le beau travail de Dumas est ignoré par les éditeurs à qui nous avons passé le projet)… Une décennie d’approche du milieu aurait pu porter ses fruits. J’ai frôlé la reconnaissance. Femmes d’argile et d’osier, malgré le prix, n’a pas eu de lecteurs et la malveillance de l’éditeur à mon endroit l’a privé de sa reconnaissance chez un lectorat autre que celui, étriqué, d’imaginaire ; sa sortie en Hélios Poche m’a tout l’air d’être reportée à 2099, sinon annulée. Aurais-je dû me taire ? Non. Aurais-je dû prendre un pseudonyme après ma saillie contre Harmonia Mundi comme l’éditeur l’avait suggéré ? Non.

Nous partons en voiture chercher du vin à Migennes, Catherine, Yorgo et moi. Tandis que nous traversons la forêt, la conversation bifurque sur la fabrication du saucisson connu sous le nom de Jesus. Yorgo nous apprend que le boyau qui enveloppe le Jesus se nomme le bout du monde. Nous entrons à cet instant précis dans Bussy. Venant vers nous dans la rue étroite, un corbillard roule au pas, suivi d’une centaine de personnes. Je me gare et les laisse passer. Un homme hoche la tête pour me remercier d’avoir éteint mon moteur. Yorgo ajoute alors que ce bout du monde est l’extrémité de l’intestin appelé le bol fécal. Les gens passent lentement, très lentement, un à un devant la voiture et dieu seul sait combien nous avons lutté contre notre inconvenant fou rire.

Nous avons laissé la politique aux mains d’arrivistes crapuleux à l’égo malade et nous voudrions qu’ils gèrent des situations limites de manière sage, qu’ils nous offrent une alternative à leur crétinerie autre qu’extrême ? Pourtant, des gens avisés, il y en a.

Il y aurait tant de choses à dire qu’il vaut mieux ne pas tenter de le faire et laisser l’imagination silencieuse s’y ébattre.

Un livre doit être assez long pour que son esprit se révèle au lecteur.

2020 / chapitre 42

2020 / chapitre 41

La mort dure le temps de nos nuits de vivants mises bout à bout, ni plus ni moins – et certains insomniaques déplorent la brièveté de leur au-delà.

Écrire, c’est piéger des personnages dans la cartographie arbitraire d’un possible.

Qu’on laisse reposer l’état du monde sur un seul con couleur carotte – ou autre – révèle bien qu’on ne se fait aucune illusion sur a) la politique, b) les temps à venir.

Les falsificateurs (Antoine Bello). C’était tellement drôle de créer des personnages imaginaires, d’inventer des anecdotes, de falsifier des sources. […] Qui en voudrait à des types comme nous qui passent des heures à dépeupler sur le papier les profondeurs de la Baltique ? (p. 357).

On assiste à l’installation d’un tueur à la fenêtre d’un hôtel. Il monte son fusil, le pose sur le lit – et sort. Il s’assoie à la terrasse d’un café. Lève les yeux sur la fenêtre – et est tué d’une balle dans la tête. Le tueur range son fusil et disparaît.

C’est Noël avant Pâques !

Pour mener à bien une création, il faut s’attirer les bonnes grâces de tous ceux qui en vivront.

L’ère néolipidique.

Le rêveur illimité (J. G. Ballard). Shepperton […] représentait la banlieue universelle, le paradigme de nulle part. De jeunes mères pilotaient leurs gamins de la laverie automatique au supermarché et retour. Elles contemplaient leurs reflets dans les vitrines d’électroménager, exhibant leurs corps harmonieux à ces machines à laver et à ces téléviseurs comme pour entamer une liaison secrète avec eux. (p. 36).

The insane ones (J. G. Ballard) Trick-cyclist or assuager of discontents, whatever his title, the psychiatrist had now passed into history, joining the necromancers, sorcerers and other practitioners of the black science. The Mental Freedom legislation enacted ten years earlier by the ultra-conservative UW goverment had banned the profession outright and enshrined the individual’s freedom to be insane if he wanted to, provided he paid the full civil consequences for any infringements of the law. That was the catch, the hidden object of the MF laws. (p. 291). Injustice is so widespread that you build up a indiscriminate tolerance to every form. (p. 294).

2020 / chapitre 41

2020 / chapitre 40

Raised by wolves L’épisode 1et l’épisode 5 sont de bonne tenue, le final du 10 est idiot. La sidération est vite ensevelie sous des thèmes rebattus, non développés. Les péripéties devraient dévorer le récit et non pas ricocher à l’infini contre ses écailles. Nombre de séries SF lorgnent du côté de la technique des huit cents mots empruntée par Van Vogt à Gallishaw : n’importe quoi mis bout à bout donne une illusion de récit. (Les autres genres aussi, mais en SF, les limites du possible sont par essence plus lâches, on peut impulser plus facilement vers tout et n’importe quoi.) Pas d’autre objectif que le feuilletonnant saison après saison. Côté acteurs, Travis Fimmel qui grimace tout comme dans Vikings ressemble à une version mâle de Patricia Arquette extrapolée par un logiciel défaillant. Par contre, l’actrice Amanda Colin est épatante. Les autres ? Sont réduits à jouer aux cartes à l’arrière plan, en attendant que le showrunner donne à ses fils narratifs épars un semblant de figure.

Goût des Livres au Maquis. Le Bal des vipères (Horacio Castellanos Moya) / Les falsificateurs (Antoine Bello) + Narayan + Arno Calleja + Miguel Bonnefoy. Avec Constance Chlore, qui a lu des extraits de son texte Alpha Bêta Sarah, accompagnée de sa copine-chanteuse (qui ressemble foutrement à Debbie Harry). Tout d’abord apparues avec un bunch de « Télérama » parisiens horripilants, elles sont venues seules à notre table et se sont révélées très sympathiques.

Le Magicien de la finance (R. K. Narayan). Quelle fausse idée de la vie on se faisait le jour de son mariage ! (p. 45). on les entendait parler entre eux de « problèmes », puis ils disparaissaient jusqu’aux élections suivantes. (p. 75). Notre monde part en quenouille parce que nous n’avons plus de lotus autour de nous. (p. 106). On de doit jamais demander « pourquoi » ni « où » à quelqu’un qui se met en route. p. 109).

2020 / chapitre 40

2020 / chapitre 39

2020 CHAPITRE 39

L’autre soir sont venus à la Grange Catherine, copine du Maquis, Aurélien Merle des Goguettes en trio (mais à 4), accompagné d’Aldona Nowowiejska, musicienne de Pologne (que nous avions vue jouer de l’accordéon et chanter au Maquis) et Jean-Daniel Botta, musicien d’un certain renom, qui accompagne Léonore Boulanger à la scène comme sur ses disques. Botta nous avait rejoints au précédent Goût des Livres. Il écrit. Nous nous sommes mis d’accord, il m’a passé un manuscrit.

Le dimanche suivant, nous avons été au premiers symposium sur le silex, avec exposition et, surtout, avec un percussionniste à qui la Maquise avait demandé de réfléchir à faire de la musique avec les silex. Gonzalo Campo a donc fabriqué un silexophone – un lithophone. C’est étonnant les notes qu’on sort de certains silex en frappant dessus avec une baguette de bois.

La terre est plate comme certains électroencéphalogrammes.

Depuis 12 ans que je suis revenu à la SF (par le biais de rencontres du milieu), je n’ai pas réussi à trouver de l’intérêt à la production actuelle, pas plus qu’à lire ou relire des auteurs anciens – à part John Boyd, Robert Charles Wilson ou Christopher Priest. Le genre est moribond à ma curiosité. Je cherche des livres hors-genre, des livres étranges, autonomes et ceux-ci n’appartiennent pas nécessairement aux littératures de l’imaginaire.

Lonsdale, j’ai un seul souvenir précis de lui, dans une adaptation de Bartleby. Gréco, je ne l’ai écoutée délibérément qu’un fois, pour des paroles de Manset. Ron Cobb, je me souviens du contraste entre ses dessins minutieux et ceux de Giger, pour Alien. Peu de choses au final, je me suis tenu loin d’eux sans raison précise. Pourtant, leur mort me fait songer à l’effondrement progressif du littoral où je me promène depuis plus de soixante ans. Les vagues frappent, je suis en train de voir à apprendre à nager. (Pour développer, l’idée que Lonsdale existe m’enchantait, sa présence, sa belle figure, sa voix n’ont néanmoins été que le lointain ressac d’une belle humanité. Juliette Gréco a été masquée par l’écoute de nombreuses autres voix, je ne m’y suis jamais attardé. Quoi qu’en ait été la valeur, je me suis tenu à distance de cette xxx de la culture propre à une époque qui n’a pas été la mienne, mais celle de la génération d’avant, celle de mes parents, modelée par la guerre et dont on a voulu se détourner à grand renfort de SF, de décollage vers l’imaginaire (avant que l’imaginaire ne soit cartographié). Ron Cobb, j’ai jugé ses dessins scolaires, appliqués, contrairement à ceux de Moebius et de Giger ; certainement respectable, il a été aussi nécessaire qu’eux sur Alien, mais je me souviens les avoir jugés sévèrement, il ignorait la part folle de l’affaire, son envolée.

Dans Villa rides, Yul Brunner est aussi convaincant en Pancho Villa que moi en Cléopâtre.

Soûl, il rentre au gouvernement.

Ici, lorsqu’un ministre s’exprime en soirée, le matin, on épand.

Y en a qui n’arrivent pas à la fermer.

Deux choses à ignorer quand on écrit : le milieu et le lectorat.

The walkabout (Nicolas Roeg, 1971). Un film impensable aujourd’hui, on y tue des iguanes et des kangourous à la lance, la caméra insiste en contre plongée sur la jupe de la jeune fille qui sera vite filmée nue. Un beau film.

Midnight Lace (David Miller, 1960). Premier film vu dont les sous-titres sont de Google. L’héroïne s’appelle Kit, traduit ici et là par Trousse.

La porte (Magda Szabó) Un livré étrange, sans doute métaphorique, un labyrinthe bien mené. l’ingénieur calcule d’abord combien il pourra mettre de briques de côté pour sa propre maison (p. 116). elle vivait du travail de son corps, pas de sa bouche comme les propagandistes (p. 117). ils étaient retournés se réfugier vers l’imprévisible (p. 211).

2020 / chapitre 39

2020 / chapitre 38

La fille des voisins, 25 ans, fête la fin de ses examens de concours d’entrée à la magistrature avec des copains, dans la maison d’à côté. Techno à fond les ballons, la musique accélère puis se calme, ils crient ensemble, ça s’entend dans le hameau, jusqu’au matin, deux jours de suite. Autour, il y a des vieux paysans, leur fils peu aimable, une femme seule avec ses mômes, des maraîchers qui partent au travail tôt, un routier qui rentre une fois par semaine. Les chiens aboient. Drôle de mélange. Je me sens plus vieux d’une ou deux générations, ce à quoi je me suis attaché par la force du souvenir n’a pas court chez les amateurs de techno, pas plus que la campagne en tant que telle, ce que j’ai vécu culturellement est invisible à leurs yeux, leurs habitudes à eux me sont perceptibles dans leur étrangeté convenue. Ils se souviendront de ce weekend, comme je me souviens de ceux avec les copains-copines dans la maison de campagne d’un d’entre-nous, dans les années…

Les films Dark Knight et Joker ont réintroduit la pesanteur dans le monde désengagé des comics.

La porte (Magda Szabó) Autrefois, un certain nombre de personnalités habitaient notre quartier, la police parcourait souvent les rues, puis les hommes politiques ont déménagé, d’autres sont morts et les rondes ont cessé à mesure qu’ils disparaissaient. (p. 57).

2020 / chapitre 38

2020 / chapitre 37

Littérairement, le genre repose sur une sclérose du champ de perception.

Rôde et tu apprendras.

Un livre est un sac de papier.

Les politiques n’écoutent jamais les gens, ils s’en fichent et les engluent dans des obligations et des considérations électorales, comme des oiseaux.

La totalité de la production SF s’est trouvée transbordée dans les soutes du Millennium Falcon.

Idée d’histoire : Sept jours au XXIe siècle. Sept jours avant, pendant et après un événement (pandémie ?) où sont décrits par le menu les agissements de personnes sans rapport les unes avec les autres. Notes précises et erratiques qui seules dressent l’arrière plan.

Le monde d’après est déjà là ; mais nous qui sommes du monde de maintenant ne le voyons pas. Il n’y a pas de rupture (autre qu’artificielle, clivante), de Louise Michel écoutant Auguste Blanqui jusqu’à Nabilla et son influenceur à Dubaï. C’est le même monde. Le nôtre. L’autre, celui d’après, nous restera imperceptible – sinon par de menus détails comme la fin de la pop/geek culture et par notre disparition.

Il est aisé de faire paraître n’importe quoi pour un mystère apte à solliciter notre intérêt – et à nous faire perdre notre temps sans contrepartie. La production culturelle (séries, livres, films) actuelle le montre bien.

Une république lumineuse (Andrés Barba) Histoire mystérieuse de 32 enfants mystérieux, gâchée par un narrateur trop présent. Beaucoup moins pertinent que le Running wild de Ballard. Certaines maisons changent leurs habitants en reptiles, d’autres en hommes ou en insectes. (p. 180).

L’oppressif se réinvente continument.

Nous savons que nous vivons une époque de merde.

Tenet ne procure aucunement la sidération qu’on serait en droit d’attendre d’une telle débauche de moyens.

À dresser : liste des acteurs pouvant jouer un insecte. Brad Dourifore / Nicole Kidmanneton / Christopher Leebélulle / Clarck Gableille / Tom Hardyptère / Guy Pearce-oreille, etc., etc.

Il n’y a pas à appeler les choses par A + B.

C’est pas tous les jours Byzance.

(Polar pour Eméric Cloche) : Un meurtrier / un crime, l’un et l’autre connus du lecteur – Un enquêteur. Le lecteur voit le chemin qui les sépare et se dispose à lire l’approche du second vers le premier. À mi-parcours, ils se côtoient le temps d’une scène. Et là, tous deux meurent dans un accident, en ignorant se trouver côte à côte. Un des personnages de l’entourage de l’enquêteur reprendra l’affaire et découvrira la vérité. Ou pas.

La preuve que l’immobilier pue dans l’Yonne : les maisons à Cheny cotent.

Le mangeur d’homme (R. K. Narayan) — Nataraj, disait-il, la vie est trop courte pour que l’on échange une parole avec chacun des trois cent millions d’habitants de ce pays. Il faut ignorer la plupart des gens. (p. 47). Mon expérience m’avait appris qu’il était important de se débarrasser d’un manuscrit sans perdre de temps. Une fois qu’il s’installe chez vous, vous avez perdu votre liberté et c’est l’auteur qui commande. (p. 52). Il était capable de me briser le dos ou de me secouer, la tête en bas, jusqu’à ce que mes dents tombent par terre. (p. 174). — Avez-vous jamais songé qu’un éléphant a beaucoup plus de valeur mort que vivant ? Déjà, il n’est pas nécessaire de le nourrir. Et puis, je peux tirer dix mille roupies de toute sa dépouille : les défenses, si mes calculs sont justes, pèsent bien quarante livres : cela fait huit cent roupies. J’ai déjà une commande pour les pattes, que je monterai en porte-parapluies. Les poils, je les vends douze annas pièce pour en faire des bagues et des bracelets. Les femmes en raffolent, c’est leur affaire… La première chose que je ferai sera d’arracher tous les poils pendant que le sang est encore chaud. La trompe, les pattes, même les ongles, tout à de la valeur chez ces bêtes-là. En ce sens, l’éléphant est un animal parfait. (p.199).

2020 / chapitre 37

2020 / chapitre 36

La politique actuelle ressemble à un magasin vide, avec des mannequins poussiéreux en vitrine.

J’ai revu tout Tenet dans un seul plan à la 103e minute du Demolition de Jean-Marc Vallée (avec Jake Gyllenhaal et Naomi Watts).

L’auteur avait l’habitude de se promener sur les toits de tuiles molles, d’y passer des mois à penser à ses histoires. Il n’y a pas de meilleure page que la tuile ni de meilleure tuile que la page pour construire un toit où construire un toit. Sous le toit, l’auteur est 917 € net. Il est le pourcentage d’un pourcentage. La croûte du camembert, sa bactérie. L’auteur est un gaz pour la flamme du Lauréat inconnu, le Prix sans valeur, la danseuse du festival, le sans-attaché-de-presse. L’auteur est l’interface de chair entre l’éditeur et la subvention. L’auteur livre un vague gris typographique au maquettiste, l’auteur doit prendre un pseudonyme lorsqu’il affirme que le représentant gagne, lui, plus de 917 € à ne pas mettre en place son ouvrage en librairie. L’auteur est celui qui vit d’imagination à destination d’universitaires qui n’en ont aucune. Il est leur ami moribond, il est leur lapin étranglé au collet dans la garenne des thèses, il est leur circonvolution cérébrale apprivoisée. J’avais l’habitude de me promener sur les toits de tuiles sèches. Fendues. Je suis une moisissure acrimonieuse. (Texte pour accompagner une photo d’Olav Cresp)

Those iron maiden, cool as a / marble slab / They wrap around you and the cold knives / cut and stab / I can’t live my life as someone else’s shish-kebab (Richard Thompson, Backlash love affair)

Reflets dans un œil d’or (John Huston, 1967). J’ai cru à un remake français avec Albert Dupontel (Marlon Brando) et Catherine Ringer (Elizabeth Taylor).

À rechercher désespérément des séries dans leur univers, les amateurs d’imaginaire me font l’effet de souris qui tournent sans fin dans un labyrinthe monté de leur propre gré, devenu stérile et qu’ils ne tiennent pourtant pas à quitter.

Tzotzil (Juan Pérez Jolotte – récit de la vie d’un indien mexicain recueilli par Ricardo Pozas) Qui sait ce qui va nous arriver ; ils arrivent pour nous manger, et on ne sait pas qui vient nous manger. (p. 33). Dans chaque maison, il y a une table avec la nourriture pour les âmes. La table pour les âmes de nos parents portait des fleurs femelles potze nichin et juncia. On mettait aux âmes deux morceaux de viande cuite dans la soupe au choux, trois pilabi, trois chen culbaj et un huacal de bajalul, pour chacune. […] Pendant la nuit, ils allèrent allumer des chandelles où moururent d’autres parents. Moi, je restai dans la maison neuve, là où aucune âme ne viendrait. (p. 47).

2020 / chapitre 36

2020 / chapitre 35

2020 CHAPITRE 35

Les cliniques, centres, banlieues ou rivages de Ballard, jamais les mêmes, toujours là, éparpillés dans ses nouvelles sans cohérence temporelle ou géographique acquièrent bien plus de réalité que les univers fantasy dûment cartographiés.

(lundi 24 août 2020 🙂 Je suis un
(vendredi 25 septembre 2020 🙂 écrivain
(mercredi 13 janvier 2021 🙂 prolifique.

Les rejetons des riches naissent avec une cuiller en argent dans le cul.

Les démocraties actuelles livrent clés en main aux crapules tout un protocole de hold-up.

Hier – ou demain –, j’écrirai à propos de l’impact des voyages dans le temps sur la procrastination.

The voices of time (J. G. Ballard) It’s a despairing and at present unacceptable vision of the future, but it’s the only one. Five thousand centuries from now ou descendants, instead of being multi-brained star-men, will probably be naked prognathous idiots with hair on their foreheads, grunting their way through the remains of this Clinic like Neolithic men caught in a macabre inversion of time. Believe me, I pity them, as I pity myself. My total failure, my absolute lack of any moral or biological right to existence, is implicit in every cell of my body… (p. 181).

Issu de la peinture et des arts plastiques, ayant lui-même confectionné le monstrueux bébé d’Erasehead, David Lynch n’imagine pas déléguer la création du visage de John Merrick. […] Le cinéaste se rend donc dans le Montana […] sur le tournage de La Porte du Paradis, où il réalise un buste de John Hurt. (Alexandre Prouvèze, à propos du film Elephant Man, Carlotta)

The Last Word of Mr Goddard (J. G. Ballard) Comfortable pension, little house of your own, the world’s your oyster. (p. 205).

Studio 5, the Stars (J. G. Ballard) Her personality seemed totally dissociated, her awareness of me varying abruptly from one level to another, like light-change in a bad motion picture. (p. 213).

2020 / chapitre 35

2020 / chapitre 34

Manhole 69 (J. G. Ballard) Three hundred million years ago we became air-breathers and left the see behind. […] in point of fact you haven’t left the primeval sea behind. You’re still carrying a private replica of it around as your bloodstream. All you did was to encapsulate a necessary piece of the physical environment in order to escape it. (p. 58). Continual consciousness is more than the brain can stand. Any signal repeated often enough eventualy loses its meaning. […] After a point, the brain’s self awareness dulls. It’s no longer able to grasp who or why it is, and it rides adrift. (p. 65).

Médecin. Salle d’attente. Une vieille femme, cheveux gris, visage et mollets ridés, deux cannes, s’assoit et sort de son sac le dernier Inrockuptibles.

Les fonctionnaires chinois du service de l’immigration se montrèrent aimables, me demandant si […] je n’importais pas de « documents de nature salace ». Que voulaient-ils dire ? Le dernier Julie Burchill, ou – pourquoi pas – une biographie de Donald Trump ? (J. G. Ballard, Déverrouiller le passé, in The Daily Telegraph, septembre 1991.)

Le rôle actuel de pas mal d’auteurs SF est de pondre un ouvrage d’imagination à destination des universitaires, qui n’en ont aucune.

Nos existences sont inlassablement cryptées.

The voices of time (J. G. Ballard) as Kaldren tirelessly trapped the sky, sluicing in millions of cubic parsecs of sterile ether (p. 173).

Contrairement aux autres animaux, l’humain a les ressources pour atténuer la douleur, la sienne et celle d’autrui ; depuis le début, avec une opiniâtreté qui confine au génie, il en invente de nouvelles chaque jour.

Pour apprécier les subtilités d’un genre, il faut en être fan hardcore. Sinon, c’est cuit, on prend l’inintérêt du truc direct dans la tronche.

2020 / chapitre 34

2020 / chapitre 33

Crash! (J. G. Ballard). C’est tout de même un sacré morceau. Variation (et non épuisement) d’une idée périlleuse et réussie. Rien de dérangeant, rien d’extrême, pas d’écriture voyeuriste ou complaisante pour la déviance explorée. Après avoir été harcelé sans relâche par la propagande de la sécurité routière, c’était presque un soulagement que de se trouver mêlé à un accident réel. (p. 50). la carrière médicale est une porte ouverte à tous ceux qui nourrissent une rancune envers l’humanité. (p. 55). je me suis rendu compte que tout le paysage qui formait le cadre de mon existence était maintenant délimité par un horizon entièrement artificiel. (p. 65). *les unités monétaires d’une circulation nouvelle de la douleur et du plaisir. (p. 155). Une photo d’agence de la voiture accidentée d’Albert Camus avait été considérablement retravaillée. Les termes « arête du nez », « voile du palais » et « arcade zygomatique gauche » figuraient en divers points de la planche de bord et du pare-brise. Plus bas, une zone du tableau de bord étaient réservée aux organes génitaux de Camus. Les cadrans étaient voilés de hachures précises dont la clé se trouvait à gauche, dans la marge : « gland », « spectum », « canal de l’urètre », « testicule droit ». […] L’ensemble était recouvert d’une longue traînée blanche pointillée en forme de V : « sperme ». (p. 157). Clin d’œil à La forêt de cristal : On eût dit que son cadavre était en train de cristalliser (p. 210).

Trahir. Étouffer. Réprimer. L’illégitimité des gouvernements est de plus en plus mise à nu par les catastrophes sociales qu’engendrent la corruption et la main-mise sur l’offre démocratique ; leur réponse ? La mitraille et l’emprisonnement. Leur chute, qui se serait étalée sur une ou deux décennies se condense en une année. L’époque s’accélère. Ce ne sont plus des informations, ce sont des coups de boutoir. L’état du monde trahit qu’il ne subsiste plus que l’expression politique d’une psychopathologie en guise de gouvernance.

L’île de béton (J. G. Ballard). Dispensable. Argument trop fragile pour permettre un roman. une monnaie artificielle de mimiques et d’attitudes. (p. 186).

IGH (J. G. Ballard) Ballard ne se laisse pas emporter par une description lyrique des possibilités offertes par ses thèmes. Il cérébralise un décor, une situation donnée qui ne nécessite pas ou peu d’avancée de la part des personnages. Il est ainsi libre d’aller et venir selon son humeur. Ses histoires n’ont pas à aboutir ni même à épuiser leurs possibilités. Il n’a pas à faire avancer l’intrigue. Il sait alléger ses romans par une logique de progression assez sautillante. Il ne s’appesantit pas sur des détails qui seraient destinés à estomaquer le lecteur, il progresse avec une roublardise elliptique et tranquille. Il n’est pas question de régression barbare. L’humour malveillant, l’empressement qu’on apportait à croire les racontars les plus ahurissants qui illustraient l’apathie des gens d’en bas ou l’arrogance des gens d’en haut, tout cela avait l’intensité des préjugés raciaux. (p. 52). Un nouveau type social allait naître dans la tour, une personnalité nouvelle, plus détachée, peu accessible à l’émotion, imperméable aux pressions psychologiques de la vie parcellaire, n’éprouvant pas un grand besoin d’intimité : une machine d’une espèce perfectionnée qui tournerait fort bien dans cette atmosphère neutre. L’habitant satisfait de ne rien faire sinon rester assis dans son appartement trop coûteux, regarder la télévision avec le son baissé et attendre que le voisin fasse un faux-pas. (p. 59). la tour représentait l’achèvement de tous les efforts de la civilisation technologique pour rendre possible l’expression d’une psychopathologie vraiment « libérée ». (p. 61). dans le genre d’avenir qui se préparait, le chien se révélerait fort utile, […] il posséderait une valeur d’échange supérieure à celle de n’importe quelle femme. (p. 161). A l’avenir, songea Royal, la violence aurait manifestement valeur de communication sociale. (p. 165). IGH n’est pas régressif. On aurait tort de qualifier les grognements des femmes de néanderthaliens : elles répètent, au contraire, les vagissements d’accouchements enregistrés par le gynécologue. (High-rise, le film de Ben Wheatley, par contre, est dispensable.)

Il est encore trop tôt pour parler de futur.

Hameau : nom vernaculaire de lotissement.

L’ensauvagement de la classe dirigeante et la hargne de ses laquais réveille en nous l’envie de tout péter ? Oui, mais bon, se révolter… Patience camarade, time is on our side : je constate que sur les 25 présidents de la République française, seuls quatre sont encore en vie.

[Lorsqu’à force de se tapoter le bout du nez, Valentine eut atteint huit ans, elle me dit :
— Tu sais, Gj, une fois, j’ai écrit un roman. Je ne l’ai surtout pas écrit selon un plan préétabli. Éviter cette approche n’est pas si facile, mais j’ai tout de même réussi à saisir l’émotion qui préludait à mon histoire. C’est très délicat, mais ce n’était pas le plus dur. La vraie difficulté est venue ensuite. J’ai dû veiller à toujours me dérober au plan que le livre tissait de lui-même. Il a fallu que je déjoue ses évidences, ses sollicitations mécaniques, ses solutions narratives qui surgissaient comme l’écho indésiré de codes et d’imprégnations relatives à un genre – tromperies qu’il fomentait par l’entremise de ses personnages ou par l’apparition de solutions clés en main à des situations imprévues. C’était très sournois de sa part. Il a fallu que je reste vigilante, surtout après le chapitre 39. Le chapitre 39 a été le plus incertain, car je m’étais avancé très loin dans l’histoire. C’est à ce point que sont apparues des manières inadéquates de solder l’affaire, des fausses fins, des fins en toc. Je ne voulais pas ressortir de là en ayant achevé ceci alors que je désirais cela.
— Et qu’est-ce que racontait ton histoire ?
La Transformation du Monde en un Caïman Borgne, sa Guérison et son Envol dans l’Interastral me répondit-elle en saupoudrant sa phrase de majuscules.
— Et cette histoire, tu l’as menée à son terme ?
— Bien entendu. Caïman s’est ébroué pour chasser l’humanité qui grouillait sur sa squame et s’est envolé. Mais avant de s’élancer hors du système solaire, me précisa la fillette en me montrant du doigt le ciel nocturne, il a remis la lune – son œil droit – dans l’orbite d’où elle avait sauté il y a très longtemps.
Je la crus sans peine, car, me dis-je, il est vrai que je n’ai pas aperçu le satellite depuis belle lurette.] (Gj Kallenavne, ma troisième rencontre avec Valentine, p. 163)

2020 / chapitre 33