#rêve2018/26/05 [20]

Je me retrouvais sur un trottoir encombré de bras et de jambes factices, près d’un grand centre de congrès. C’était un salon des prothèses, je croisais des gens sans membres, et même une fille qui n’avait plus que les épaules et la tête, le reste de son corps était comme ces personnages de bois pour les dessinateurs. Elle chantait. Puis il y avait l’organisation d’une sorte de randonnée pour ces amputés, des indications à la craie sur le trajet, qui les prévenaient des difficultés. Je m’en éloignais, arrivais dans une cuvette en contrebas de la tour Eiffel, couverte de racines auxquelles je devais m’agripper pour sortir.

#rêve2018/26/05 [20]

#rêve2018/13/05 [19]

Je décidais finalement de quitter mes amis et de faire cette croisière fluviale avec des inconnus. Je me retrouvais assis sur un siège en hauteur, à l’arrière d’une pénichette gondole, avec d’autres gens et nous traversions la ville par les canaux. Nous nous arrêtions à une étape touristique pour manger — un restaurant souterrain au bout de larges marches de vieilles pierres. On me considérait comme un nouveau, je ne leur étais pas familier. En dessert, on me proposa une très grosse bouteille d’alcool blanc et un gâteau de poisson. J’hésitais, puis, par correction, je dis oui au gâteau. Je désirais ensuite les laisser entre eux et m’en aller, je me perdais dans les escaliers troglodytes ; puis dans des rues de plus en plus étroites. Le crépuscule arrivait. Je hélais un motocycliste patibulaire qui trimballait un énorme moteur avec un palan. Lui et d’autres se regroupaient autour de moi, pour m’offrir leur aide. Je leur expliquais ne pas connaître la ville et m’être garé près d’un stade. Des stades, dirent-ils, il y en avait deux. Et un doute m’étreignait alors : étais-je vraiment venu en voiture ?

#rêve2018/13/05 [19]

#rêve2018/11/05 [18]

J’étais accaparé toute la journée dans une chambre funéraire, par le décès d’une inconnue. Il s’ensuivait mille contrariétés, pour moi, ma belle-famille et mes proches (le corps était trop grand, les embaumeurs ne travaillaient pas, etc.) auxquelles j’aurais dû ne pas être mêlé, puisque j’ignorais tout de la morte. Je m’aperçus qu’il était déjà 19 h 30. Sur la place, l’étal d’un brocanteur qui ne vendait que des cornes noires. Il me dit que la défunte avait la particularité d’entendre les cloches, toutes les cloches, quel que soit l’endroit où elle se tenait. Finalement, au lieu de l’enterrer, on l’a accrochée avec quatre cordes à la croisée de deux solides poutres.

#rêve2018/11/05 [18]

#rêve2018/03/05 [17]

Nous nous promenions derrière la maison, je découvrais un renfoncement en béton, bas de plafond, que je ne connaissais pas, avec des poules — et des objets qui nous appartenaient, mais dont j’avais oublié l’existence. Je me baissais et entrais. Ça donnait sur une très grande pièce en bois au parquet brut un peu en pente, deux mezzanines, une modeste et une gigantesque, une paillasse devant des fenêtres comme une véranda, avec un vivarium et une souris qui plongeait dans l’eau d’une bonbonne de verre. Je retrouvais des meubles que je ne me souvenais pas avoir entreposés là. Je me demandais : pourquoi n’avait-on jamais investi cette partie-là de la maison ?

#rêve2018/03/05 [17]

#rêve2018/21/04 [16]

De retour d’un salon en Angleterre. Nous repartons en avion, un gamin et moi. Enfin, pas dans, mais dessus : nous nous asseyons sur la carlingue, chacun son appareil. Nous survolons la côte, puis la Manche. Je vois l’avion du gamin continuer tout droit vers un ciel menaçant, tandis que je bifurque vers la gauche. À mes pieds, sous le fuselage, une péninsule déchiquetée que je prends pour un archipel. Je comprends que nous nous sommes trompés d’avion, chacun celui de l’autre. Me voilà ramené chez le gamin. L’avion survole une ville, tourne lentement dans une rue. Il suspend son avancée à hauteur de fenêtre. Devant un appartement. Je me retrouve dans un couloir, entouré des membres de la famille du môme, qui sont en train de faire des lessives dans de grandes machines. Malgré mon anglais hésitant, il va falloir que je leur explique la méprise ; que je leur annonce que leur gamin est en ce moment en route vers la France, assis sur la carlingue d’un avion qui se dirige vers la tempête.

#rêve2018/21/04 [16]

#rêve2018/09/04 [15]

Fin d’une convention de SF, dans un endroit souterrain étayé comme une mine. Je cherchais à piquer un bouquin qui ne soit ni règle de jdr ni cthulhu. Je ne trouvais que « Prisonniers du temps » de Brian Aldiss, jaune et vert en coll. Opta. Puis j’entendis qu’un vampire rodait. Je regardais par l’angle inférieur d’une fenêtre, il y en avait deux en combinaison blanche et un en combinaison noire. Je rampai sur le sol, de pièce en pièce, ils dressaient contre la façade une sorte de porte pleine inclinée — sans doute pour atteindre le grenier. Je me préparai à me montrer et signifier que j’appelais la police. La pièce s’assombrissait : ils avaient condamné les ouvertures avec les planches.

#rêve2018/09/04 [15]

#rêve2018/27/03 [14]

Elle me demande de lacer ses chaussures. Un drôle de modèle, bicolore avec des languettes à soufflets, je n’arrive pas à trouver les bons trous pour passer les lacets et je renonce. La maison bruisse de monde. Je dois aller chercher mes propres souliers dans une véranda. Je ne les retrouve pas, je reviens pour le lui dire, elle tend son doigt vers mes pieds : je suis déjà chaussé. Puis elle m’énonce ceci : lorsque tous les services sociaux d’un pays sont privatisés, il n’y a plus de problème de clandestins, car une entreprise ne peut pas être infiltrée, n’est-ce pas — hormis par les actionnaires toxiques.

#rêve2018/27/03 [14]

#rêve2018/26/03 [13]

Nous arrivions en automobile aux États-Unis, dans une large plaine semi-industrielle, mais dégagée. Quatre avions de chasse effectuaient du sur place dans les airs. Puis le chauffeur montrait du doigt notre engin venu du ciel, qui se posait. C’était un bricolage maison, de bric et de broc. L’avant d’une Porsche, et un habitacle en plâtre et en bois (et même avec un chambranle de porte avec les mesures d’enfants inscrites au crayon). Mais ça volait. Nous montions dedans, il y avait les proches du chauffeur, dont sa femme et un autre type avec une barbe crissante. Et l’un d’entre vous.

#rêve2018/26/03 [13]

#rêve2018/09/03 [12]

Après une party dans un immeuble de verre, qui se terminait mal — un homme vêtu d’un pull de mohair multicolore plus qu’échancré sur une poitrine velue traquait salement de toutes jeunes filles — je m’échappais par les escaliers qui traversait une salle de bains. On me poursuivait. Je me réfugiai dans une sorte de brocante de toiles translucides vertes et de vieux meubles en bois sombre. Le responsable prenait soin d’une bande de démunis. L’échancré du mohair arrivait. Résigné à mourir, le responsable me confiait en chuchotant le sort de ses handicapés. Puis il suivait son bourreau. Je demandais à l’un des simples d’esprit s’il y avait une arme quelque part. Il me désignait le dessus d’un living au bout d’une grande table. J’y trouvais une sorte de couteau à jambon long, mince et recourbé. Je m’en munissais et attendais que le sinistre tueur en mohair sorte de la salle où il avait emmené — et probablement exécuté — le responsable de la brocante. Lorsqu’il passa la tête, je lui entaillai la nuque. Pour m’assurer qu’il fut rendu inoffensif, j’abattis l’arme une seconde fois et lui tranchai les mains.

#rêve2018/09/03 [12]

Femmes d’argile et d’osier

Roman paru aux Moutons électriques en 2018. Disponible ici

Été 2016. À la recherche de drouilles à lire qui me sortent de ma zone d’intérêt, je tombe, dans un vide-maison, sur Machu Picchu de Simone Waisbard, dans la coll. Les énigmes de l’univers chez Robert Laffont. Je songe : tiens, ce pourrait être le point de départ d’un roman d’aventures…
Je lis d’autres livres plus fiables sur le sujet. J’amasse une documentation conséquente et puis je laisse mon esprit s’emparer de l’affaire.
Et la tordre.
(Ou : comment déconcerter le lecteur.)
L’idée qui germa de ce semis fut d’amener un fait historique avéré vers le conte. L’objet de cet amusement ― la découverte du Machu Picchu par Hiram Bingham en 1911 ― me permettait de garder en arrière-plan l’ombre du réalisme magique sud-américain, de développer un récit en des termes proches des basculements chers à Cortázar, mais sans que son objet soit le changement de camp. C’est un voyage à travers une tapisserie, de son endroit à son envers. Il n’y a pas de révélation de la part des personnages, pas de brutale épiphanie. Tout au plus une réponse à l’existence de certaines chenilles (uru) dans une certaine vallée (bamba).
Ni reconstitution historique ni récit d’aventures… Moi qui *cherchais* à contenter le lectorat de fantasy, me voilà bien.
Ce lecteur (trahi) est amené à s’installer dans le confort d’une rigueur historique soutenue, non pas trompeuse, ni secondaire ―, mais aussi exacte que brève. Les notes de bas de page, elles, continuent un temps, de manière imperturbable alors que la bifurcation vers le merveilleux est avérée.
Toute la première partie est un chassé-croisé, un frôlement entre les personnages réels qui se mêlent imperturbablement aux fictifs. Il y a l’explorateur, ses compagnons, les autochtones. La durée et l’itinéraire de l’expédition sont fidèles à la réalité et le nombre de mules exact. Dès le premier chapitre, il y a mention d’une cité d’un seul bloc d’andésite, désertée par ses habitants de deux tailles distinctes, qui n’est pas le Machu Picchu ― puis il y a une égarée d’argile et d’osier, des poupées de conte, une roche qui parle, des conquistadores quadricentenaires. Il y a la mutation progressive d’un unijambiste en créature d’osier et bien d’autres surprises, dont un scaphandre de caoutchouc, modèle Klingert bricolé par je ne sais qui dans l’Altiplano, qui se transforme en personnage vivant et agissant (et piloté par une poupée de maïs)…
À son propos, ceci : un jour, dans les mémoires de Bingham, je crois lire qu’un scaphandrier asiatique a aidé à tendre les câbles pour jeter un pont par-dessus l’Apurimac. Je note scaphandrier asiatique. Le lendemain, je relis le passage (p. 112) : aucune trace d’un scaphandrier. Tout au plus est-il fait mention d’un vieux colporteur chinois. Je lisais avec l’œil avide du romancier ; j’aurais fait un très médiocre universitaire. Mais chic ! Escafandra deviendra l’un des pivots du roman.
Les contes (On raconte ceci) qui s’entremêlent à la narration ont autant de réalité que l’histoire. Les deux formes de récit ne luttent pas. C’est une réalité double qui jamais n’est séparée. Mon brave Hiram Bingham renonce à l’Histoire pour le Conte et traverse la tapisserie de l’une à l’autre.
Dans une nouvelle, Sept pour un million, je montrais la transformation du monde en une tapisserie ; là, je passe de l’endroit à l’envers d’un autre ouvrage.
De même, il n’y a pas de surprise dans la structure (mais il y en a dans les péripéties), pas de twist intrinsèque, mais un glissement progressif, têtu et de plus en plus saillant. Le lecteur sait. Néanmoins, il tombe de sa chaise lorsqu’un personnage sur le point d’être décapité s’ôte la tête pour prévenir le coup de hallebarde d’un… conquistador dont la chair est cire de bougie.
Pas de twist, une fin brutale, mais anticipée dès le chapitre deux.
Bref, j’ai eu un plaisir extrême à tenir l’arc narratif fixé, de l’histoire au conte. Au lecteur maintenant de se laisser prendre.
De se laisser désarçonner.
Ou de brailler sa déconvenue sur son blog.
Outre les mémoires de Bingham, de l’explorateur Charles Wiener et de la nonne-soldat Catalina de Erauso, mes sources ont été : The cradle of gold de Christopher Heaney ; La troisième balle de Leo Perutz ; The explorer de Rudyard Kipling ; Le zoo du docteur Ketzal de Raymond Reding (BD de 1973) ; Aguirre film de Werner Herzog.
Aucune mule n’a été maltraitée durant l’écriture de cette fantaisie.

Robert Darvel
Femmes d’argile et d’osier
aux Moutons électriques
Femmes d’argile et d’osier