Parutions : liste chronologique

(chaque titre grisé renvoie à un article ; à terme tous auront le leur.
mais dans un parfait désordre de publication – selon notre humeur.)
Vous trouverez le lien vers le site de l’éditeur entre parenthèses.

[2008]
la rivière sans visage (Harry Dickson No. 181 / FASCICULE)
Le ministère du grand nocturne (Harry Dickson No. 184 / FASCICULE)
LE RÉVEIL DU CHRONOMAÎTRE (Harry Dickson No. 187 / FASCICULE)

[2009]
Le baal des psychonautes (Harry dickson No. 182 / FASCICULE)
le secret de la pyramide invisible (Harry dickson No. 183 / FASCICULE)
la treizième face du crime (Harry dickson No. 202 / FASCICULE)
crime avec fait étrange (hebna calde no. 1 / fascicule)
le dieu inhabité (Harry dickson No. 185 / FASCICULE)
crime avec singe (hebna calde no. 2 / FASCICULE)

[2010]
le meurtre de poplar hospital (lady lace no. 1 / FASCICULE)
le désert des chercheurs d’ordre (Harry dickson No. 186 / FASCICULE)
Jeanne d’arc contre le maître des vampires (jeanne d’arc no. 1 / FASCICULE)
jeanne d’arc au pôle nord (jeanne d’arc no. 2 / FASCICULE)
le fil à couper le cœur (Harry dickson No. 188 / FASCICULE)

[2011]
la mort aux tentacules de poussière (le psychagog no. 1 / FASCICULE)
souvenirs à propos de harry dickson par un affabulateur venu de mars (PRÉFACE)
musée-homme (NOUVELLE)
chimère (NOUVELLE)
l’isoloir (NOUVELLE)

[2012]
le cimetière des hommes morts (harry dickson No. 189 / FASCICULE)
ravageuse ! (cover to cover no. 1 / FASCICULE)
oops !… they did it again (NOUVELLE)
l’homme au cœur double (NOUVELLE)
the man with the double earth (NOUVELLE / TRADUCTION de la précédente)

[2013]
les revenants de l’île de pâques (NOUVELLE)
necroporno (ROMAN)
on se revoit à la saint-truphème (NOUVELLE)
SEPT POUR UN MILLION (NOUVELLE)
Amour, siamois et sorcellerie (NOUVELLE)
JE ME DÉCIDAI POUR UNE HISTOIRE COURTE (NOUVELLE)
les onze mille gorges de l’océan (NOUVELLE)
l’île du docteur corman (FASCICULE)

[2014]
les porteurs de deuil (Harry dickson No. 190 / FASCICULE)
la machine à explorer baker street (NOUVELLE)
chienne (NOUVELLE)

[2015]
les marionnettes de la mort (NOUVELLE)
hors des eaux (NOUVELLE)
killing joe d’amato (NOUVELLE)
le bruit des os (NOUVELLE)

[2016]
harry dickson s’amuse (NOUVELLE)
harry dickson 1 (RECUEIL)
VERs MARS à bicyclette (PRÉFACE THÉÂTRALE)
HARRY DICKSON 2 (RECUEIL)
l’homme qui traversa la terre (ROMAN)

[2017]
L’eau-delà (NOUVELLE)

[2018]
Femmes d’argile et d’osier (roman)
un couteau inconsolable (Harry dickson No. 191 / fascicule)
Firmin le lapin (nouvelle)

[2019]
Un spectre hante les Imaginales (Humeur)
Un épisode de la chasse au P. (NOUVELLE)
Parutions : liste chronologique

2020 / chapitre 8

Et les journées s’écoulent, rythmées par le démarchage téléphonique et par les commentaires sur la biroute à Griveaux. Merveilleux XXIe siècle sous nos latitudes.

Knives out (Ryan Johnson). Whodunit pas désagréable. Ana de Armas est très bien. Quant à Daniel Craig, s’il continue à s’empâter, après James Bond il va pouvoir embrayer sur un biopic de Pompidou.

La palette couleur des couvertures de livres fantasy est aussi variée que la teinte des voitures : bleu-gris-brun-rouille. Les tables des libraires ? Un parking vu du ciel.

Un connard ouvre la bouche et dit une connerie. La polémique s’enchaîne aussitôt selon ces trois figures : ce n’est pas un connard / ce n’est pas une connerie / ce n’est pas sa bouche.

Comment peut-on être à la fois pour le confinement et contre le séparatisme ?

Liberté – Égalité – Branlette

Je ne veux pas casser du sucre sur le dos de la cuiller.

Christopher Priest a le sens du récit. Dans Les Insulaires, certains chapitres embrayent sur une histoire de manière ouverte ou bien insidieuse ; et on sait qu’il jouera, à propos de son élaboration comme de sa finalité, d’un principe d’incertitude plus élaboré que celui de Dick. La nouvelle Seevl / Tour Morte est fabuleuse. Et, une fois terminé le livre, on sait que les éléments qui reviennent ont et n’ont pas de cohérence. Je pense qu’il serait inutile de vouloir recouper les indices. Rien ne se tient réellement – et tout est cohérent. Priest joue avec l’incohérence – temporelle, factuelle, avec celle des personnages : c’est de anti-littérature policière.

Lu dans la presse : Untel a décidé de convoquer une conférence de presse pour réagir à la saillie de Untel. Et l’autre rétorque que c’est une atteinte au fondement de la démocratie. Bingo.

Je ne veux pas mourir couché dans mon lit, mais debout au comptoir.

Derrière la branlette de Griveaux, la main de Moscou.

Qu’est-ce que la prochaine génération fera-t-elle disparaître ?

Le budget coiffure des auteurs fantasy du moment est-il supérieur au budget relecture de leur œuvre ?

Pendant l’apocalypse, on regrettera de ne pas avoir bouffé nos dirigeants alors qu’ils étaient encore frais.

L’inclinaison (Christopher Priest). Outre que le volume de la collection Lune d’encre est assez cheap (imprimé en Italie, couverture inconsistante d’Aurélien Police et titraille moins que passable), les dix-quinze premiers chapitres sont très mal écrits. Relâchement de Priest, ou bien traduction fautive ? (Jacques Collin et non pas Michèle Charrier). Brouettes de avait / était, répétitions, etc. Je retrouve cependant l’impression familière de lire une histoire précise et terriblement incertaine, une histoire qui en dissimule une autre et le sentiment que nous ne saurons pas plus de l’une que de l’autre. Chez Priest, l’élan bouscule la structure.

Pour prendre le problème à la racine, toute civilisation n’est qu’une prolongation perverse de l’apparition de la vie. Alors en appeler à l’intelligence pour résoudre le problème de rétribution des auteurs pour vente de leurs livres en occase…

(Idée) : une célébrité se confie à deux magazines. Deux coming-out absolument contradictoires.

Comment se défendrait-on d’un invasion de morts-vivants si ceux-ci avaient une tenue rayée – celle des camps de l’holocauste ?

2020 / chapitre 8

2020 / chapitre 7

Les insomniaques, si tu ne veux pas leur téléphoner quand ils dorment, faut les appeler à 3h du matin.

The standoff at Sparrow Creek (Henry Dunham) : encore un film low budget (450 000 $), comme Prospect, qui fonctionne. Huis-clos dans un hangar. L’échange Gannon/Keating, par exemple. écouter aux portes d’un monde qui n’a plus d’utilité pour toi.

Pourquoi un éditeur ? Parce qu’il faut bien laisser leur chance aux crapules.

La chambre obscure (R.K. Narayan) : Une femme, Savitri, est excédée par son époux, elle quitte domicile et enfants, tente de se noyer. Apparaît un rétameur-voleur. Enfin, il volait pour faire plaisir à sa femme, à laquelle il était extrêmement attaché, et dont la seule ambition dans la vie était de remplir un petit pot de cuivre de pièces de monnaie et de précieux métal, et de l’enterrer au pied d’un cocotier qui poussait dans la cour de leur maisonnette. (p. 105). Plus loin l’héroïne est sauvée de la noyade par ce voleur : Il la fit rouler sur la berge et faillit lui sauter sur l’estomac. (p. 112). Ensuite, elle tente de subsister par elle-même et par son travail. La charité, on lui faisait la charité… Savitri était épouvantée à l’idée de toute la charité qui vous menaçait. (p. 152).

Quand tu postes un manuscrit, l’éditeur ne l’ouvre pas, il pense que c’est une facture.

Quand une personne comme Claire Brétécher meurt, que vous connaissez depuis toujours, c’est dur d’entendre : C’était qui ?

On continue à se farcir la plastique vieillissante de Robert de Niro, alors que celle de Madeleine Stowe a disparu des radars.

En fantasy, les trilogies, le premier volume ça va – et encore, au compte-goules.

Joker (Todd Phillips) : Au début j’ai eu très peur, avec ses cheveux longs en arrière, il ressemble à une sorte de Nick Cave avec l’option menton. Et puis ça dit comment ça se passe au niveau personnel quand on coupe les crédits du social et que les promesses de l’individualisme foirent, et ça se termine sur des scènes d’émeutes aussi factices que celles du Strange days de Kathryn Bigelow. Ce n’est tout de même que du cinéma plan plan.

Je lis les romans d’imaginaire en creux ; ce qui m’intéresse le plus, c’est ce qu’on abandonne du réel, ce qu’on gomme de lui, qu’on bascule dans le néant. L’univers qu’on lui substitue n’est pas souvent intéressant, plus il reste flou et non construit, mieux c’est. Pas de cartographie, qui n’est rien d’autre que le minutieux maquillage d’une absence. Cet univers secondaire visant à se substituer au nôtre ne doit pas être autre ; je préfère lorsqu’il n’est pas. L’Imaginaire, cet étrange besoin d’univers.

Sinistres augures (Arthur Upfield). Encore une déambulation de Napoléon Bonaparte. J’ai du mal à m’intéresser au déroulement de cette enquête-ci. Seul truc amusant : La peau de ses bras et de son torse avait la couleur des nèfles. (p. 20). Je ne sais pas si c’est parce que je le lis trop vite (et le style ne donne pas envie de s’attarder), mais je mélange les personnages et me contrefous de l’énigme.

Les insulaires (Christopher Priest). La troisième histoire est dense et les bestioles, les thrymes sont terrifiantes. Peu de pages, plus de tension que certains romans. Dans la suivante, il y a ce meurtre perpétué avec une plaque de verre : le détail incongru frappe l’imagination (j’ai visualisé la victime tranchée en deux, allez savoir pourquoi !). La narration de Priest est insidieuse, elle me laisse circonspect, soupçonneux. Dans celle-ci, je m’imagine deux réalités pour une même histoire. Et à partir de cette recension des îles, émerge, de manière très plaisante, une intrigue. Au lecteur de recouper les noms. Pour ajouter à l’incertitude de cette cartographie de l’Archipel, on apprend, page 218, que même les îles peuvent rêver.

Ai tenu 25 mn devant Dolemite is my name (Craig Brewer). Netflix ravale le format film à un habillage d’écran. Pénible.

Ce qu’on tait, c’est que sur la vidéo, dessous, dessus, devant et derrière Grivaux, il y a Hidalgo, Dati, Belliard, Simonnet, Bonnet, Saint-Just et Campion. Et Villani dans un coin, qui tripote son Rubik’s Cube.

Texto alors que nous étions dans la voiture. Mona est morte hier. Au téléphone, il y a un mois, elle se plaignait de gêne respiratoire. Infection ? Pas d’antibiotiques, curieux. Cancer des poumons. Nous la connaissions depuis 34 ans. Notre plus vieille copine. Nous n’irons plus à Perpignan ni à Fouilla du milieu, ni au Courtal. Une mort, c’est un territoire qui disparaît.

21 bridges (Brian Kirk) : Chadwick Boseman n’a toujours pas plus de charisme que dans Message from the King.

Caïman : les gaz de putréfaction donnent naissance à un nouveau genre : le fartpunk.

S’entourer de vieux pour nier la mort précoce.

On s’autorise des excès pour s’inciter à faire une grande promenade, et au lieu d’aller se promener, on vide la bouteille et on reprend du cake.

Dénicher un véritable explorateur au physique particulier (un Christophe Colomb bossu, par ex.), l’affubler d’un jumeau parasite en place de cette gibbosité, réécrire l’exploration du point de vue de ce double.

2020 / chapitre 7

2020 / chapitre 6

Vu All is true (Kenneth Branagh, Judi Dench & Ian McKellen) et The good liar (Helen Mirren & Ian McKellen). Dans le premier, Kenneth Branagh n’ose pas remuer les traits de son visage, de peur de faire sauter le maquillage qui tente de le faire passer pour Shakespeare.

J’ai en tête quelques trucs qui trouveraient une légitimité par rapport aux attentes du lectorat d’Imaginaire – et pour répondre à leur envie, insinuée par l’uniformité de leurs lectures, d’être un tant soit peu bousculé.

Il faudrait cesser de donner le pouvoir à des gens de pouvoir.

J’aime les fins où l’histoire s’éloigne du roman pour ouvrir l’affaire hors de son confinement narratif.

Les fils du vent (Robert Charles Wilson) : univers parallèles en pagaille. — Les Beatles. Vous savez, Lennon et McCartney ? Sergeant Pepper, Abbey Road ? — Inconnu au bataillon, dit Emmett avec désinvolture. Ce sont des types de ton école ? (p.70). Et : Hé ! se dit-il, si on reste ici, je deviendrai compositeur et je me ferai appeler Lennon McCartney. (p. 95.) Le roman date de 1985, le film Yesterday (Danny Boyle) est sorti en 2019. Tout le long des cent dernière pages, le livre me tombait des mains. Karen trébucha et se remit à courir. Karen se racla la gorge et entra pour le rejoindre. Karen se mordit le poignet et recula d’un pas. (p. 268 / 269). Pas terrible, au final.

Péter, c’est avoir la porte du cul qui grince.

Certains écrivains d’Imaginaire écrivent des pensums comme s’ils s’acquittaient d’un impôt au genre.

2020 / chapitre 6

2020 / chapitre 5

Blind Lake (Robert Charles Wilson). En le lisant, ai songé qu’en SF, certains objets, quoique futuristes ou étrangers (un casque transpondeur) ont une réalité indéniable alors que d’autres trahissent une essence conjecturale encore sans vrai support physique (là, dans ce bouquin écrit en 2003, une bibliothèque connectable). Plus loin (p. 130) : C’est comme si on jouait à faire semblant, vous ne trouvez pas ? Semblant de vivre dans un monde sain d’esprit. Ou d’avoir des boulots qui servent à quelque chose. — Appelez ça un acte de foi. Chapitre XXII de haut vol. Saisi en vrac : Respecter les limites légales pour éviter de se rendre vulnérable. / L’objet tacite de tout travail est un récit. / Une hypothèse est un récit préliminaire. / Une embuscade montée par un algorithme. Et surtout : Les rêves infusent notre existence. Nos plus anciens ancêtres ont appris à jeter un épieu, non sur un animal en train de courir, mais sur l’endroit où cet animal en train de courir se retrouverait lorsque l’épieu aurait traversé les airs à une certaine vitesse. Nos ancêtres sont arrivés à cela par l’imagination, non par des calculs. Autrement dit : en rêvant. (p. 322). Et p. 422, mention d’une chaîne d’actes charnels la reliant à l’ancêtre commun de tout ce qui vivait sur Terre.

Les braises (Sándor Márai) : passer sciemment d’un roman SF contemporain à un drame grand-bourgeois écrit en 1942, c’est comme frapper brutalement ensemble deux silex, les étincelles produites dessinent tout de suite les frontières narratives de chacun, leur territoire, et la tentation est grande de s’imaginer introduire les éléments de l’un dans l’autre. Le Sujet observé par l’Œil quantique sur UMa47/E vient dans le château de Hongrie où le vieux général attend son ami Conrad, qu’il n’a pas vu depuis quarante ans à la suite d’une brouille. Ce qui aurait été vraiment intéressant, c’est d’imposer l’écriture de cette substitution à Sándor Márai – pas à Robert Charles Wilson qui n’aurait eu aucune difficulté à la conceptualiser. Dans les braises : À quatre-vingt dix ans passés, on vieillit autrement […] on vieillit sans se sentir offensé. (p. 15). On y croise une aristocrate désabusée au visage surchargé de fards rouge et bleu qui lui donnaient l’air d’un cacatoès. (p. 43). Nous sommes des Occidentaux, ou tout au moins des immigrants qui se sont fixés en Occident. (p. 123). Tu n’ignores pas qu’il y a deux façons de regarder les choses, soit avec des yeux qui découvrent ce qu’ils aperçoivent, soit avec des yeux qui prennent congé. (p. 171). Sinon, l’histoire dresse le portrait d’un vieux militaire austro-hongrois qui a gâché son existence en se persuadant que son épouse l’a trompé avec son ami et que cet ami a trahi leur amitié. Quarante ans de ruminations. Il semble que ce ne soit pas vrai, qu’il ait bâti cela sans aucune preuve formelle, par une inclination perverse de l’esprit. Le récit est un dialogue le temps d’un repas. Périlleux et bien mené.

La grippe est une épidémie. Les soldes sont une épidémie, les suffrages des candidats aux élections sont une épidémie.

Qu’avez-vous dans votre bibliothèque ? — Essentiellement de la littérature bancale.

À son prochain déplacement public, chacun d’entre nous passera le cordon de sécurité en ayant un élément dissimulé comme pièce de son sac (fermoir, montant, etc.) ; une fois parmi la foule, nous nous passerons les éléments de main à main ; ainsi, nous assemblerons l’engin au nez et à la barbe des policiers ; le tireur disposera de l’arbalète reconstituée ; il la lèvera vers la cible et décochera le carreau. Qu’il vise la nuque, la flèche sortira par la bouche : comme à son habitude devant les Gueux, le Président l’aura grande ouverte et nous verrons enfin le bois dont est fait sa langue.

Blackrock (fonds de pension) / Blackwater (mercenaires).

Ford vs Ferrari (James Mangold) : Quand Hollywood retrouve le plaisir de jouer aux petites voitures à plat ventre sur la moquette.

Chroniques d’un rêve enclavé (Yal Ayerdhal – je n’ai encore rien lu de lui) : comment aborde-t-on un roman ? De quelle manière l’intrigue émerge-t-elle du fatras des premières dizaines de pages, avec tous ces personnages, cet arrière plan politique, cette géographie à assimiler ? À quoi s’attache-t-on ? Quel fil ? Le plaisir exaspérant d’être projeté – encore – dans une réalité fictive complexe ? Le ton de la narration ? Certaines saillies qui plaisent à l’esprit ? Recherche-t-on avant tout une complicité avec l’auteur, une familiarité qui amoindrit de fait le dépaysement consenti ou supporté ? L’histoire telle qu’elle m’apparaît à mesure : certains (La Ghilde) consolident à long terme leur mainmise effective sur le monde, tandis que d’autres se replient en résistance pour tenter de survivre localement à l’hiver. À priori, les seconds sont noyautés par les premiers. Je m’attends à ce que les résistants luttant contre la famine et les rapines meurent sur leur litière de désespoir et d’acuité intellectuelle – ils sont en réalité délibérément et stratégiquement plongés par la Ghilde dans cette situation. Pour l’instant, c’est un peu confus, les personnages et le substrat, et je retrouve cette confusion jusque dans la description du combat dans l’auberge (le combat dans une auberge est un mème en fantasy comme chez les mousquetaires). La magie de Mescal m’a plu, au seuil de l’irrationnel, comme mise en scène avec un culot de cinéaste asiatique. La parole et la force s’affrontent. Miettes de règles disputées entre affamés contre loi des compagnies (p. 85). Page 97, on parle de la Colline et de ses deux mille ans d’histoire. Nous sommes donc dans une transposition fantasy d’un monde ayant l’âge exact du nôtre ? Page 98, est énoncé clairement ceci : Après l’agression contre les Enselvains, nous nous sommes demandé comment lutter contre le froid, la faim et les pillards. Parleur a proposé de barricader les accès à la Colline et d’organiser un système collectif pour nourrir tout le monde. Le personnage-écrivain Karel est la parole des personnages. L’auteur, donc. La répartie d’un athée est plus stimulante que celle d’un prêtre. La tentative des Collineux (les enclavés) pour construire (ou arracher à autrui) les conditions de leur survie paraît l’écho bricolé, local et désespéré du Dogme qui (c’est Karel qui cause) : est une hiérarchie qui entend ordonner le monde à sa convenance. Rôdent des animaux-miroirs des nôtres comme le phacoche, le pandours, le musqué et le gondin, le veau de tourbe et le dindon palmé. On bascule vers l’affrontement guerrier entre les Collinards et ceux alentour, pour se nourrir. La noblesse ne paye pas l’impôt, elle en vit ! (p. 136). Le passage où Parleur évite l’affrontement avec Le Guévian est très réussi (p. 142 à 149) ; ses paroles sur la guerre (une banalité qui nous contraint à remplacer ce que nous avons détruit par ce que d’autres détruiront, etc.) s’allie au showbiz du magicien ; sans showbiz, pas de sidération par la parole, même sentencieuse ? Les inserts concernant la Ghilde, ses buts et stratégies sont très didactiques. Comme la description d’une mécanique de pouvoir non assujettie aux aléas. Et qu’il soit préférable de devoir mater un soulèvement plutôt que de chercher à éteindre une subversion. (p. 217). La narration est sage, obéissante : rien ne déborde le propos.

La raison se nie elle-même raisonnablement.

2020 / chapitre 5

2020 / chapitre 4

Darwinia : p. 182, l’auteur admet que les contes d’Edgar Rice Burroughs pourraient servir de Baedeker à la contrée explorée dans son roman (mais c’est une fausse piste de lecture). Plus loin, il note la mauvaise qualité du papier sur lequel est imprimé le Times, fibreux car fabriqué à partir d’arbres-mosquées. (p. 200). Et encore : Une fois qu’on donne un nom à un animal, il est trop tard pour le bon sens. (p. 239). À partir du chp XXIX, le récit s’emmêle, devient anecdotique, sous écrit et confus. Une sorte de Christopher Priest brouillon. OK pour faire bifurquer ce qui se présentait comme l’exploration d’une nouvelle Europe arrivée là suite à une brutale bizarrerie, en une conséquence d’un charivari cosmique, mais cette méta-cause me fait songer au livre de Dominique Douay La fenêtre de Diane, tout aussi bizarre avec ses marques-pages. Groupes de Turing, noosphère, ontosphère galactique corrompue par les psions, Archives, champ de Higghs, psivie… tout un méta qui nous délivre une banale fusillade dans une maison rythmée avec le truc des paragraphes très courts comme n’importe quel thriller… Mais aussi, 25 ans plus tard, une drôle de scène, la progression vers un puits très hodgsonien où les personnages (et leur double) perdent apparence humaine tout en se faisant massacrer par, heu, des psions massacreurs qui sèment le foutoir dans ces Archives. Je n’ai pas tout saisi de la superstructure cosmique du récit, l’auteur a dû aller très loin pour architecturer tout ça et garder trop peu de jus pour nous le délivrer ; il en reste quelque chose de confus et d’indéfinissable qui se sédimentera dans l’esprit du lecteur. Bizarre.

À l’instar de Sylvia Hoeks, en reine anorexique et tondue dans See, les top models au corps maigre et long sont des actrices parfaites pour incarner la souffrance.

Dans le cadre d’un curiosité bizarre, j’ai vu deux films absolument ridicules : Australia (Hugh Jackman et Nicole Kidman) et Le majordome (Forest Withacker et Oprah Winfrey). C’est étonnant qu’Hollywood habille deux récits ayant pour objet des avançées civiques (concernant les Aborigènes et les Noirs) d’oripeaux aussi laids.

Cette civilisation est comme un immortel en phase terminale.

On ne va pas se laisser embobiner dans la farine.

Ces gens qui se baladaient en T-shirt marqué : propriété du gouvernement.

Vu deux excellents films de David Michôd : Animal Kingdom et The Rover ; je ne m’explique pas le naufrage complet de The King pour Netflix.

À la fin d’un jour ennuyeux (Massimo Carlotto) : un polar sur une crevure (le narrateur) qui règle leur compte à d’autres crevures, homme politique, mafia calabraise. Prédateur sexuel (mais le détail des scènes est passé sous silence). Mon unique espoir reposait sur l’accélération des événements que le crime imprime au mouvement uniforme de la vie. (p. 113). Et : La politique est aussi un crime créatif. (p. 186). Doit-on conclure à une extrapolation de la réalité criminelle du soubassement social italien, ou bien à sa froide description ?

Pour avoir du succès dans un genre, il faut l’illustrer sans trop de malice ni confusion. Il faut saisir ce qu’il peut proposer comme type de narration et s’en tenir.

2020 / chapitre 4

2020 / chapitre 3

The King (David Michôd) : Shakespeare ? Ah. Falstaff, bon, Joel Edgerton tente de lui donner un peu de relief. Sinon, acteurs filiformes, voûtés, malingres, inexpressifs, léthargiques. Scènes sans charge dramatique. Bataille d’Azincourt, boue et rugby au rayon casseroles. À la fin, Timothée Chalamet meets Lily-Rose Deep. Chalamet ? Le Paul Atréides du Dune à venir ? Aïe. Me demande si Villeneuve, réalisateur déjà bien raisonnable, ne ferait pas mieux de choisir une frite McCain à la place du comédien et de remplacer l’épice par de la Végétaline, histoire que ça frémisse un tant soit peu.

Motherless Brooklyn (de et avec Edward Norton) : une réussite. Au moins, il ne tombe pas dans le travers de Ben Affleck jouant et se mettant en scène, lui ne se filme pas torse nu ou à poil (cf. The Town et Argo).

Rouge impératrice : À propos des méfaits de ceux de Pongo : [Zama et Igazi] pouvaient témoigner de l’existence d’une post-humanité antérieure aux délires transhumanistes, car il avait fallu s’extirper de la race des hommes pour leur faire endurer tant de violences et d’injustice. (p. 442). Et pour méditer sur le rejet des migrants par les Européens : la politique de puissance dans laquelle on s’était engagé ne pouvait s’illustrer par la crainte des Sinistrés. (p. 545).

Je ne sais plus à quoi je me suis occupé hier. Sans doute pas à des choses à destination du lendemain.

La purge Abigail, le pouvoir de l’élue me fait songer à quel film épouvantable pourrait devenir Les Furtifs.

Dracula (Gatiss & Moffat) : #1 laid, long et grotesque. #2 laid, longuet, alambiqué et hors-piste foireux. Je me passerai du #3. Le second degré ne fonctionne pas. Ni l’enchâssement des récits. Les scénaristes donnent l’impression d’unir leurs efforts pour fuir à tout prix et confusément le mythe. Pas pour déplier finement l’histoire ou lui donner des prolongements malins. Bon. #3 tout de même. Laid, décousu. Cérébral. Théâtral. Vide. Abstrus. Etc. Là encore, une histoire-packaging. Dracula ? Make no sense. Et, contrairement à la relecture – réussie – de Jekyll par Moffat, là, il n’y a pas Michelle Ryan.

Macron est un prédateur. Ceux-ci, on ne tente pas de s’en faire entendre. On en garde éventuellement la peau après les avoir piégés.

Swiss Army Man (Dan Kwan, Daniel Scheinert) : pas tenu plus de 20 mn. Sans doute dû au fait que je sois plus soixantenaire que trentenaire.

L’état devient une entreprise dévouée à satisfaire ses actionnaires, offrant le bien-être à ses employés complices et promettant aux autres un licenciement social.

Dans l’Yonne, à la place des boites à lire, je suggère des boites à capsules de champagne.

L’homme donne un sens à l’univers – comme il fait parler les animaux dans les contes.

Je suis plus attiré par la SF troisième voie, entre le space opera ou le post-apo et l’exploration hypertechnoïde. Robert Charles Wilson, par exemple, qui sait préserver le sens du récit sans le réduire à une succession de péripéties ; qui sait poser un postulat sans en faire un jeu uniquement cérébral.

1972 ou rien ? Dans Ride upon the storm, l’affiche de Ziggy stardust trône chez le prêtre Johannes ; dans The crown, la princesse Anne chante Starman ; dans le lointain post-apo See, la reine Kane écoute Perfect day sur une platine et avec un ampli piqués à Julien Heylbroeck. D’où cette idée d’histoire où l’année 1972 infiltre le présent, comme une entité parasite.

À quoi pourraient servir tous ces appareils connectés, lorsqu’ils seront déconnectés ?

Darwinia (Robert Charles Wilson) : Oh, il s’est trouvé des gens pour faire carrière dans la politique en se servant de la xénophobie et de l’ardeur religieuse, mais ça ne durera pas. Il n’y a ni assez d’étrangers, ni assez de miracles pour entretenir la crise. La vraie question, c’est : jusqu’à quel point souffrirons-nous entre-temps ? Je veux parler de l’intolérance politique, de la mesquinerie fiscale, voire de la guerre. (p. 89).

« le président continuera à se rendre à des représentations théâtrales comme il en a l’habitude. Il veillera à défendre la liberté de création, afin qu’elle ne soit pas perturbée par des actions politiques violentes ».

Les littératures de l’imaginaire doivent dresser une cartographie par essence incohérente de l’espace pressenti ou visité. Sinon, autant arpenter l’espace cohérent du réel.

2020 / chapitre 3

2020 / chapitre 2

La semaine dernière, je suis allé chez mes parents. Le système de fermeture de la fenêtre d’une des toilettes est constitué d’un morceau de bois pivotant sur un axe en son milieu et venant se glisser dans deux pattes, une en haut et une en bas. Je l’ai ouverte. Du bois basculé est tombé une petite araignée qui y était coincée. Depuis quand ? Je ne sais pas. Elle est restée inerte, sur le dos. Je l’a crue morte jusqu’au moment où elle a faiblement remué une patte. Je l’ai poussée du bout de l’ongle sous un coin du papier peint afin de la protéger. Je suis reparti de chez les parents sans m’enquérir de son état. Vais-je la retrouver lorsque je reviendrai ?

The lighthouse (Robert Eggers). (Le conte de Poe cité par les auteurs est inachevé ; deux courts chapitres.) Au delà de l’intrigue, si j’ai bien saisi, l’idée pourrait être de condenser en un récit non rationnel certaines pages des journaux tenus par de vrais gardiens de phare. Les peurs vont et viennent, les rapports humains fluctuent, les personnalités sont happées par diverses folies, culpabilité, peur de la puissance marine, créatures fantastiques. Ce principe de nourrir une histoire à d’innombrables sources et d’incarner celles-ci en un seul personnage sans souci de rationalité d’évolution de comportement pourrait être un outil de narration formidable. Le personnage déborde d’un trop plein d’histoires dont il n’est que le réceptacle, qu’il subit, qu’il mime, qu’il ressent – sans pour autant montrer un apprentissage, une évolution. Aucune personnalité propre éprouvée, mais une mutitude de postures, aussi brèves et finies que vives. Piste à appliquer dans un prochain roman.

Cessons de tuer des animaux, mangeons de la chair d’homme. Optimisons toutes ces victimes de conflits guerriers ou de luttes sociales. Interdisons les armes chimiques qui gâtent la viande. Envoyons des équarrisseurs sur les champs de bataille. Des bouchers dans les manifestations. Plus de LBD, des pistolets d’abattage. Plus de retraite, des terrines. Plus d’hôpitaux, des charcuteries.

Je propose au lecteur de découvrir Caïman avec lui, à la mode d’un récit picaresque, sans but précisé en amont de l’écriture. L’écriture doit musarder, pas servir un plan préétabli. Caïman ne préexiste pas à ma narration : il nait et respire à chaque nouvelle phrase. À mon sens, une histoire ne doit pas mettre en scène un dénouement préétabli mais tracer sa propre ligne de fuite à mesure de son déroulement. Les évènements passent, s’accumulent et s’en vont ; l’esprit seul les relie. D’où le côté illusoire et donc non nécessaire d’une intrigue de type préétablie.

Je ne sais pas juger d’un livre s’il est bien ou pas. Je suis curieux de ce qu’il me fait penser.

6-Underground (Michael Bay) : après ça, dur de ne pas s’emmerder en regardant un Mission Impossible ou un James Bond. Mais dur également, le lendemain, de se souvenir de quoi ça causait.

Rouge impératrice : L’éreintage en règle se durcit. Ces types étaient les seuls à s’être déplacés pour aller chier partout où ils avaient posé le pied. […] Ils l’avaient fait chez eux, chez les autres, sur la lune, et l’univers s’était nourri de leur merde pendant des générations. (p. 300). Une belle image : La lumière orangée des réverbères dessinait des cercles phosphorescents, des astres en visite chez les humains. (p. 312).

Des culs-de-jatte avec des chariots mus par panneaux solaire.

The Witch (Robert Eggers) : on peut donc faire un film sur la sorcellerie comme échappatoire au dogmatisme religieux sans tomber dans un travers grand-guignol propre aux trucs de possession (cf. Hérédité), parfaitement éclairer l’affaire et diriger des enfants avec une justesse qui laisse admiratif.

Dommage que je ne vive pas assez vieux pour voir Kim Kardashian à l’âge actuel de Schwarzenegger. Sans doute identique à lui : deux stères de bûches et quelques poils.

Lorsque j’allume la cheminée, des insectes courent sur le bois qui s’enflamme. J’ai l’impression de lire un article sur l’Australie.

Nous sommes ingouvernables. Tous. Et donc, ils constituent un ingouvernement. Ils le savent.

La SF lue adolescent est une transposition des interrogations de l’âge dans un espace plus grand que sa chambre.

The crown : l’épisode avec Charles Dance en Lord Mountbatten est vraiment très bon. Il y a un travelling parfait où on précède Olivia Colman montant un escalier. Et Jane Lapotaire raffle la mise dans le rôle d’Alice de Battenberg en nonne grecque dans l’épisode précédent.

Rouge impératrice : Miano écrit ceci (p. 336) : Les […] populations continentales du passé […] préféraient se réclamer d’ancêtres puissants plutôt que de leurs sujets. Le désir de se représenter à la fois libre et glorieux cheminait donc obscurément avec un rêve de domination plutôt que de justice… Boya et Ilunga ont recours à des escapades éthériques au pays des morts – et des margouillats (lézards) curieux. Cette partie du récit tranche avec le tableau historique, politique et technique ; il s’y mêle sans obéir à une nécessité. Un contrechamp infini et familier aux luttes géographiques âpres. C’est curieux et bienvenu. Par exemple : Autour d’eux, une végétation d’algues brunes s’épanouissait, des porifères jaunes formaient çà et là de petits buissons. Il n’y avait pas un bruit, l’océan lui-même, dont la masse les recouvrait, ayant fait choix de silence. (p. 393). Et : Boya allait connaître sa nuit, les âmes qui la peuplaient, celles qui l’accompagnaient sur la terre depuis que le temps existait. Elle apprend également qu’elle a été baptisée plusieurs générations avant sa naissance, et qu’une fillette albinos présente les a choisis, elle et Ilunga, pour être ses parents. Et l’expression accorder leurs balafons.

Le contenu est contaminé par le packaging. (Par ex. : Les furtifs.)

Il n’y a pas de paradis, et il n’y a pas d’abri.

Nous nous affrontons essentiellement par l’entremise de fictions cérébrales.

2020 / chapitre 2

2020 / chapitre 1

Note d’intention : 2020 est différente de 2019, je ne la suis pas jour à jour, mais semaine à semaine et livre à livre. Plus d’autres cabrioles de mon esprit superébouriffant.

Voyons voir, notons ce qui est en cours en ce premier jour de l’année, histoire de se retourner sur quelque chose le 31 décembre prochain… Romans : Chroniques de Caïman, Micmacs au Maquis, Retour sur Mars, Le Chevalier Compost. Nouvelles : Insurrection, Aventure sans pareille d’un certain Bluddennuff, Le son du bûcher (la Reverdie). (Titres de travail.)

Rouge impératrice (Léonora Miano) : écriture un peu déconcertante, pas de dialogues (ou très peu et en italiques dans le corps du texte). Paragraphes denses et longs, terminés selon une logique de rupture particulière. Cela requiert une attention soutenue. Je ne sais si c’est propre à ce livre, n’ayant pas lu autre chose de Miano. En tout cas, c’est prenant et ardu à la fois, il est évident qu’on nous demande un effort. Pour l’heure, j’en suis récompensé. L’auteur glisse des réflexions justes et sa Katiopa, Afrique unifiée de 2124 (ou 6361 selon le calendrier en usage) ayant gommé le colonialisme, est parfaitement aboutie. Nous en prenons pour notre grade, avec des baffes absolument précises : Les Sinistrés (nous, donc, Européens) accordaient une importance immodérée au phénotype qu’ils investissaient de significations les plaçant au sommet de l’espèce humaine. On ne savait pas trop d’où cela leur était venu. Le Sinistre, vers lequel ils s’étaient dirigés au cours des siècles sans s’en apercevoir, avait aussi eu sa source dans cette perception erronée de soi et des autres : l’invention de la race. Pouvait-on guérir d’une pathologie de l’âme aussi ancienne ? (p. 65). Tous les territoires de Katiopa ne sont pas unis toutefois : leurs dirigeants se prévalaient d’une histoire incompatible avec l’unité. (p. 83). Dans ce ton docte et juste, il y a tout de même une mention d’esprits : la parole était à Makonen, qui avait élu domicile dans le corps gélatineux d’un palmier sauvage. (p. 130). On parle même (p. 134) d’un spécimen devenu rare de femme-escargot. Un Sinistré en T-shirt et bedaine passe : Un tel accoutrement était au delà du sacrifice : une requête en bannissement. Puis : Pour assouvir leur insatiable faim de richesses matérielles, ils avaient développé une stupéfiante agressivité, un esprit retors interdisant que l’on se fie à eux. Et : la morgue qu’ils affichaient à l’égard des structures nouvelles, trop enracinées d’après eux dans un primitivisme précolonial. L’un des personnages écoute les Bee Gees ; le type en question, Igazi, s’en sert pour rester en colère et là, Miano joue du clin d’œil au présent avec plus de talent que Damasio dans son désolant Furtifs ; elle traque le rapt culturel commis par les frangins glapissants : Tout en groove et en falsettos apolitiques en apparence, les frères Gibb lançaient un message, non pas de fraternité entre les peuples, mais de dissolution des vaincus dans l‘univers de leurs oppresseurs. (p. 150). Et arrive plus loin la basse de Stayin’ Alive qui finit de mettre en rage cet Igazi. Boya et Ilunga deviennent non pas invisibles à proprement parler, mais… furtifs grâce à leur volonté – et une amulette (p. 172).

Du sang dans la sciure (Joe R. Lansdale) : pour l’instant un cran en dessous des Marécages lu avant.

Début de nouvelle : « Les défunts, affirma xxx, se tiennent sur les rivages ». Le fait que des esprits mènent une existence parallèle à la nôtre peu paraître incongru. Néanmoins, on le conçoit avec plus d’aisance lorsqu’il est dit qu’ils préfèrent les rivages.

Rouge impératrice : Ilunga présente Boya à ses parents – morts : Non, elle n’était pas effrayée, mais c’était tout de même une entrée en matière un peu particulière pour un rendez-vous galant. (p. 177). Plus loin, Miano rejoint Lansdale : Tous deux auraient à leurs trousses les fouineurs les plus chevronnés de la Sécurité intérieure, on sentirait l’odeur de leurs pets avant qu’ils aient eu besoin de les expulser. (p. 204). À propos de Seshamani : Son excentricité venait de ce pouvoir sans cesse reconduit. (p. 226). Puis : Les puissants protégeaient leurs privilèges sans avoir les uns à l’égard des autres la moindre bienveillance. (p. 227).

Chaque dirigeant mondial est une source potentielle ou effective de désordre. Offrons à chacun d’entre-eux un ou deux drones, qu’ils ciblent leurs homologues honnis – et la planète se trouverait non pas à feu et à sang, mais apaisée.

À quoi sert de vouloir écrire quelque chose d’autonome puisque les mots par eux-mêmes créent un sens impromptu ?

Nous vivons dans les ténèbres et la seule lumière que nous regardons est celle de l’écran (approx.) dans Ride upon the storm S02E03.

La grande belleza (Paolo Sorrentino) : Rome vidée, privatisée pour que la classe huppée s’y languisse existentiellement. Un bonne idée : la visite, de nuit, d’un musée où l’on a juste le temps de voir les peintures tirées des ténèbres par la flamme des bougies.

Aimons-nous tant être trahis, que nous n’agissons pas contre nos dirigeants ?

Écrire, c’est fabriquer un problème.

2020 / chapitre 1

JOURNAL 2019 / Semaine 53

lundi 30 décembre

Qu’est-ce que la limaille typographique de Damasio permet d’atteindre que la manière classique ne permettrait pas ?

mardi 31 décembre

La Quesnellière. Koumpa doit aller chercher deux volumes de George Sand en Pléiade pour cadeau à Mouma. Catherine propose de les lui offrir. K. hésite puis dit OK. Le réveillon : K. donne les Sand et dit que c’est Catherine qui les offre. Donc, dit M. à K., tu me dois, en toute logique, un cadeau (puisque celui-ci – dont K. a eu l’idée, est offert par Catherine). Le ton s’envenime. Gros mots. Fin de l’année 2019.

JOURNAL 2019 / Semaine 53

JOURNAL 2019 / Semaine 52

lundi 23 décembre

Dans la nouvelle Les Hauts® Parleurs® (qui me fait furieusement songer à Siné avec les jeux de mots sur les chats), Damasio® use, à propos d’un personnage, de la mise en garde suivante : autre chose surtout que l’exposé didactique de nos valeurs – c’est pourtant exactement ça, cet auteur : un exposant didactique. C’est très expliqué, très démontré. L’altermonde, terrain de jeu, existe – dieu soit loué ! – grâce au capitalisme, lui-même mis en place grâce à une absence de contre-pouvoir et une inertie nécessaires à l’enjeu narratif. Néanmoins, indéniable talent, la vente aux enchères des mots avec le sémantiquaire est une belle trouvaille. Pour autant, il n’y a aucune étrangeté. Mais – défaut d’incrédulité – ce qui s’écroule et retourne au néant sous la charge militante ne me convainc pas que ça ait jamais pu vraiment exister. De mémoire (et en rapport avec le thème du langage), la nouvelle de Lisa Tuttle Le remède est beaucoup plus forte, beaucoup plus subtile mais elle ne parle pas du présent).

Les furtifs chp 5 : ça continue, Stay focus ! Map refresh ! Sniped ! Barbant. Et comme appât narratif, le truc Interstellar : rapport/quête père/fille. 700 pages. Ouch. Traque de l’équipe dans une re-construction en pâte de résine à tartiner d’un espace ludique pour bobos, avec souvenir de la fillette pour arc dramatique. Leur progression obéit à un ésotérisme technologique un peu roboratif. Périlleux de s’en remettre à l’indulgence du lecteur. Point positif : la singularisation typo des points de vue par personnages fonctionne plutôt bien. Pour le reste, l’autre limaille typo, toujours pas pressenti le propos ni la nécessité.

Les furtifs chp 6 : le phrasé haché de Céline, celui d’Ellroy te prennent et ne te lâchent plus, c’est un procédé narratif qui t’enchaîne à l’histoire. Celui-ci est un chouïa encombrant plus qu’entraînant. Il ne paraît pas avoir d’autre nécessité que cosmétique, superficielle, un packaging. Échange/bilan immersif entre le général et les traqueurs, passage plutôt réussi. L’univers créé donne le sentiment de se plier/déplier en fonction des besoins des discours antagonistes tenus par les personnages (le laïus sur l’historique et l’avenir incertain du service traque). De manière théorique plus qu’effective. Vincelles est un cérébral, un neuronal (p. 143) ; l’auteur aussi, qui, pour humaniser l’affaire, a recours à la ficelle famille ? (Quoi d’autre ?) [Saskia] parle très bien, avec un débit fluide et modulé, sans avoir de difficulté à trouver les mots justes (p. 148) : voilà, Alain, fais-en autant ! Et puis, patatras, page suivante, toujours Alain qui parasite le verbe de Saskia en plaçant dans sa bouche (elle qui s’exprime très clairement sans avoir recours au jeu), l’expression un tantinet lourde : arme de distraction massive, irrépressible envie chez l’auteur de jouer avec le blabla, les mots-valises, inoculée aux personnages, ce qui leur ôte une substance propre. Et pourtant, plus loin, il y a un tremblé dans la ritournelle. Le temps d’un trajet en Air-Train, on entrevoit les jachères publiques des villes abandonnées par le privé, mais pas encore acquises à ses habitants. Conforteresses.

mardi 24 décembre

Les furtifs chp 7 : au rayon rigolo, les new-âgeux qui tournaient à deux massages par jour et trouvaient que l’encens, ça sent bon ; TongTown. Quand un personnage se met à danser, Damasio dit tout de suite : ce qu’il fait n’a pas de nom, ou tous les noms (l’appétit de mots de Damasio passe avant la description visuelle de ces danses, il soupire d’aise avant l’énumération). La description des Alters est essentiellement parodique (les Balinais joueurs de gamelan, les hors-bords solaires, etc.) ; ce qui induit que le néo-libéralisme vu précédemment l’est aussi… Et s’écroule l’enjeu dramatique. Surtout qu’on apprend que Tishka, la fille de Lorca, a été sans doute enlevée par une déïté balinaise. OK. Sans doute une fausse piste. Reste 400 pages. Les furtifs: la transformation du monde en caractères accentués. Un bouquin qui tient debout le temps d’existence du lectorat visé. Et Damasio se forge un style non pas en saillies fines, en fulgurances propres, mais avec un enduit typographique tape-à-l’œil. Rien d’antipathique au demeurant – du Foenkinos branchouille sans arc réflexif véritablement pertinent, qui se déroule confortablement pour le lecteur. Aïe. Tout cela n’est que mon impression au gré de la lecture, pas une coupe réglée acrimonieuse de l’affaire. J’étais disposé à découvrir plus charnu, plus sévère, pas un livre-témoin, au sens d’un appartement-témoin décoré au goût de tous les futurs propriétaires pressentis.) Certaines descriptions musicales me font songer aux imbitableries de Bayon ou d’Yves Adrien dans Rock & Folk des années 80 (p. 181). Qui se souvient de Novövision ? Ha ha. Le futur de Damasio trahit sa cérébralité seule par l’absence de véritables détails triviaux. (Faut dire que je lis un Lansdale en parallèle, Les marécages, qui nous restitue les années 30 au Texas.) Joli portrait de Tishka en buisson à croissance folle (p. 189). Page 194 on retrouve le pendant du cube techno du début – mais balinais et en bois. OK. Illusion du temps cyclique, horloges rondes versus instant qui passe et qui ne reviendra jamais (p. 197). Jargon pourri (p. 199).

La terre tourne sur deux axes simultanés et différenciés.

Songez à ce qu’ignorent les services de renseignements ; rebaptisez-les.

Va mett’ ça (Paradis).

mercredi 25 décembre

Les furtifs chp 8 : gyronimo, Ça craint du boudin, Ils ont des guns… OK, je sais ce que je lis. Une pochade dont le développement subversif ne dépassera pas un certain degré. Vont retrouver la gamine, vont filer du côté des furtifs. Encore 500 pages. Je continue ou pas ? Tiens, voilà Banski (p. 219). Aujourd’hui, essayez de squatter un toit d’immeuble : la flicaille déloge en un rien de temps ; là, en 2040, alors que l’outil néolibéral-privé a atteint un summum d’efficacité, les Alters arrivent sans problème à vivre sur les toits. Palettes, terre, eau, anneaux solaires, éoliennes, déplacements aériens, passerelles, harpons… Occupation interstitielle réprimée avec une lenteur due au manque de moyens d’Orange (qui a racheté et privatisé Orange…) Tout ça pourrait donner de belles pages, mais toujours ce ton explicatif qui assèche la réalité des choses. Dommage. OK, Lorca se souvient – refoulement abyssal – d’un coup du graffiti sur le mur de la chambre de sa fille (on n’y avait pas accordé d’importance, eux qui avaient relevé les empreintes sur les poignées…). Style + incohérences, je cesse trop souvent de croire à l’histoire.

Les furtifs chp 9 : je serai tout de même allé jusqu’à la page 239. Désolé Alain, je ne suis sans doute pas le lecteur désiré. Malgré l’inventivité de la démonstration, la quête de la gamine me paraît un machin trop fluet pour aiguiser ma patience face au style narratif choisi. Je n’entends pas les personnages ; c’est toi qui parle, uniformément, à travers les cinq bouches énumératives choisies. Et je redoute ceci : que la gamine, une fois revenue, se révèle être ta sixième bouche. Ton livre, je ne l’ai pas acheté ; je l’ai emprunté à la bibliothèque. Il y sera pour d’autres lecteurs mieux disposés que moi. Je retourne à Joe R. Lansdale et ses marécages

jeudi 26 décembre

Les marécages (Lansdale, p. 132) : lui raconter des bobards sur les Indiens, les gens qui habitaient au centre de la Terre, et les planètes où les hommes vivaient dans les arbres tandis que les singes se déplaçaient en bateau sous une lune bleue… Donc, bobard est un possible synonyme de conjecture.

à la façon dont il fonctionne, le monde d’aujourd’hui n’a aucun avenir. (p. 183).

et il aurait eu la voix aiguë même avec la tête dans un seau à sirop fermé par un couvercle. (p. 213).

Dylan : La version alternative de As I Went Out One Morning (dans Travelin’ Thru / Bootleg Series vol. 15) est infiniment supérieure à celle de John Wesley Harding.

vendredi 27 décembre

Les marécages : j’ai eu un doute au cours de la lecture, un personnage laissé en arrière-plan, avec un indice ou deux à peine appuyés, le coupable ne m’a pas surpris, mais c’est très bien fichu, sans effort de dissimulation ni jeu factice avec le lecteur. Très bon bouquin.

Les frontières fabriquent des bellicistes.

Revu C’est assez bien d’être fou.

Commencé à lire Rouge impératrice (Leonora Miano) : une uchronie sur l’Afrique ayant gommé les frontières de la colonisation. Chez Grasset. Couverture jaune sans illustration – sans personnage dessiné de dos en numérique. Fichtre.

samedi 28 décembre

Rouge impératrice chp 1 : un personnage, Ilunga, n’abusait du pouvoir de se rendre quasiment invisible. En fait, c’est une sorte de furtif

dimanche 29 décembre

En route pour la Normandie et donc, La Quesnellière où nous passerons une partie de la semaine 53.

JOURNAL 2019 / Semaine 52