Parutions : liste chronologique

(chaque titre grisé renvoie à un article ; à terme tous auront le leur.
mais dans un parfait désordre de publication – selon notre humeur.)
Vous trouverez le lien vers le site de l’éditeur entre parenthèses.

[2008]
la rivière sans visage (Harry Dickson No. 181 / FASCICULE)
Le ministère du grand nocturne (Harry Dickson No. 184 / FASCICULE)
LE RÉVEIL DU CHRONOMAÎTRE (Harry Dickson No. 187 / FASCICULE)

[2009]
Le baal des psychonautes (Harry dickson No. 182 / FASCICULE)
le secret de la pyramide invisible (Harry dickson No. 183 / FASCICULE)
la treizième face du crime (Harry dickson No. 202 / FASCICULE)
crime avec fait étrange (hebna calde no. 1 / fascicule)
le dieu inhabité (Harry dickson No. 185 / FASCICULE)
crime avec singe (hebna calde no. 2 / FASCICULE)

[2010]
le meurtre de poplar hospital (lady lace no. 1 / FASCICULE)
le désert des chercheurs d’ordre (Harry dickson No. 186 / FASCICULE)
Jeanne d’arc contre le maître des vampires (jeanne d’arc no. 1 / FASCICULE)
jeanne d’arc au pôle nord (jeanne d’arc no. 2 / FASCICULE)
le fil à couper le cœur (Harry dickson No. 188 / FASCICULE)

[2011]
la mort aux tentacules de poussière (le psychagog no. 1 / FASCICULE)
souvenirs à propos de harry dickson par un affabulateur venu de mars (PRÉFACE)
musée-homme (NOUVELLE)
chimère (NOUVELLE)
l’isoloir (NOUVELLE)

[2012]
le cimetière des hommes morts (harry dickson No. 189 / FASCICULE)
ravageuse ! (cover to cover no. 1 / FASCICULE)
oops !… they did it again (NOUVELLE)
l’homme au cœur double (NOUVELLE)
the man with the double earth (NOUVELLE / TRADUCTION de la précédente)

[2013]
les revenants de l’île de pâques (NOUVELLE)
necroporno (ROMAN)
on se revoit à la saint-truphème (NOUVELLE)
SEPT POUR UN MILLION (NOUVELLE)
Amour, siamois et sorcellerie (NOUVELLE)
JE ME DÉCIDAI POUR UNE HISTOIRE COURTE (NOUVELLE)
les onze mille gorges de l’océan (NOUVELLE)
l’île du docteur corman (FASCICULE)

[2014]
les porteurs de deuil (Harry dickson No. 190 / FASCICULE)
la machine à explorer baker street (NOUVELLE)
chienne (NOUVELLE)

[2015]
les marionnettes de la mort (NOUVELLE)
hors des eaux (NOUVELLE)
killing joe d’amato (NOUVELLE)
le bruit des os (NOUVELLE)

[2016]
harry dickson s’amuse (NOUVELLE)
harry dickson 1 (RECUEIL)
VERs MARS à bicyclette (PRÉFACE THÉÂTRALE)
HARRY DICKSON 2 (RECUEIL)
l’homme qui traversa la terre (ROMAN)

[2017]
L’eau-delà (NOUVELLE)

[2018]
Femmes d’argile et d’osier (roman)
un couteau inconsolable (Harry dickson No. 191 / fascicule)
Firmin le lapin (nouvelle)

[2019]
Un spectre hante les Imaginales (Humeur)
Un épisode de la chasse au P. (NOUVELLE)

[2020]
le mollard dans le désert (nouvelle)
11,000 underwater gorges (NOUVELLE / TRADUCTION des onze mille gorges de l’océan)
Parutions : liste chronologique

2021 / chapitre 15

Cassandra (Tom Robinson) Un Gallmeister qui patauge dans le snuff bite-couilles-vomi-caca-etc., assez embrouillé et passablement outrancier. Ses vêtements pendaient sur lui comme des chaussettes sur un poulet. (p. 51). Je me faisais tout expliquer par un gamin qui avait moins de poil au menton que Jennifer Lopez. (p.76). Si le truc que j’ai entendu aboyer est plus gros que ma bite, je te paye un steak. (p. 132).

Je viens de terminer un roman de 624 000 signes incitant l’humanité à se taire. L’idéal serait qu’il ne soit pas édité. L’écriture, l’image, le son, ce n’est plus l’expression d’une âme s’élevant au-dessus des autres et les aspirant vers le meilleur, c’est l’écrasement des individualités par une individualité et ses relais industriels. Une pâte cérébrale industrielle dont les seules qualités sont expansives.

Je n’ai eu peur que lorsque nous avons déposé le bilan et que je me suis trouvé devant le juge du tribunal de commerce, qui brandissait un numéro avec un couverture de Nicollet sadomasochiste en hurlant : « Et c’est pour ça qu’on a fait un trou de 5 millions de francs ?! » (Jean-Pierre Dionnet, cité dans Métal Hurlant, La machine à rêver, 1975-1987, Gilles Poussin & Christian Marmonnier) Un livre terrifiant : dépeçage d’un élan créatif par les banques, le stress – et donc par la coke –, par les égos et les escrocs, par les rivalités et par le show-bizness, par les opportunismes, par la jalousie, par les incompatibilités et par les stratégies de survie, par la compétition charognarde en milieu d’affaires et par le temps. Chacun a l’éloquence de sa vision des choses.

Séries rapidement abandonnées : The irregulars, Debris : mornes poncifs, inventivité zéro. (Dans la série Débris, les personnages se font débriefer.) Lecture abandonnée : Rivages (Gautier Guillemain) : plat.

Que de phrases délectables au fil des pages : « Tiens ! » (p. 45), « Ça alors ! » (p. 83), « Malédiction ! » (p. 49), « Ce qui arrive devait arriver ! » (p. 55), « Tous mes plans auront donc échoué ! » (p. 121), « Nous ne sommes pas au bout de nos peines ! » (p. 54), « Damn ! Où sont mes bolgues ! » (p. 92), « Je n’y comprends rien ! » (p. 49), « Ainsi, il y aurait un jeu ? » p. 105). Et la plus suave : « Ah ! Il suffisait donc de tirer sur cette minuscule cassette ?!!! » (p. 94). Jamais sans doute l’ahurissement n’avait atteint un tel degré de pureté. (Jacques Goimard, postface au Major Fatal in Mœbius – œuvres complètes tome 3)

Pour atteindre la considération du lecteur, un livre de SF doit être assez sérieusement écrit pour susciter un débat. Sinon, il passe inaperçu.

Cessons de parler de ceux dont on regrette la taille de l’égo.

2021 / chapitre 15

2021 / chapitre 14

Maurice à la poule (Matthias Zschokke) Une belle découverte. Mais peut-être ne veut-il tout simplement pas s’expliquer, parce qu’il préfère les choses compliquées. (p. 42). Comme c’est agréable d’être accusé de délit de circulation et d’être arrêté par un policier ! En général, ils ont la chair délicieusement ferme, les policiers, ils sont bien lavés et en bonne santé. Leurs cheveux sont coupés court, à la tondeuse. Parfois, j’aurais envie de tapoter leurs bras nus et bronzés recouverts de petits poils blonds comme le cou chaud d’une truie portante. (p. 91). Je me collai contre elle et sentis comme une chair tendre, humide et chaude se mit à recouvrir mon gland couleur prune qui, gonflé et tendu comme un rognon, se glissa entre les muqueuses souples qui se détendirent et se dilatèrent. (p. 119). On sait peu de choses de la paresse, étant donné que le paresseux manque de l’ambition et de la force nécessaires pour pouvoir informer sur son état d’une manière capable d’impressionner durablement une personne travailleuse. (p. 126). Derrière l’imprimeur, dans la pénombre, un être manquait. (p. 146). J’ai lu que la prostitution rapporte plus que les drogues. Les femmes ne coutent rien en frais de fabrication. (p. 177). Toute notre vie, on nous raconte, dans des variantes de plus en plus fleuries, à quel point c’est une expérience unique et marquante d’assister à la mort d’un proche parent. Et puis le moment venu, on s’aperçoit que ça nous barbe. (p. 180). Puis apparaissent à l’écran tous ces visages connus, les têtes gonflées de vieux messieurs qui démontrent avec volupté leur habileté dans le domaine du discours et des jeux de l’esprit, leur faculté à ne se laisser atteindre par rien et à masquer la seule chose qui les fait avancer, leur soif d’argent et leur besoin irrésistible de se placer sous les projecteurs. (p. 187).

Dernier jeu en vogue à la Grange : remplacer le mot schtroumpf par le mot zboub : des heures de fous-rires garantis.

Sentiment mitigé à propos de la lecture de Poussières d’étoiles de Nina Allan. Recueil qui propose des nouvelles emboitées en poupées russes et reliées entre eux par l’évocation d’une actrice. Le recueil doit être relu, selon la postface, afin de découvrir les liens entre les histoires. Je n’ai pas forcément envie de devoir replonger dans des pages assez plates du quotidien des personnages. Je comprends l’impulsion suivie par Nina Allan ; il n’en reste pas moins que l’affaire est trop peu fulgurante pour me tenter une seconde fois. Autant je prendrai plaisir à relire Carpentier ou Cortazar, car chaque paragraphe renferme un enchantement, autant l’art de Allan basé sur la structure du récit me donne trop peu à apprécier dans l’écriture. Elle a pour elle ce fourmillement de personnages affairés dont on sait qu’ils vont disparaître du récit – car le récit va disparaître lui-même vers autre chose. Se forme l’image de quelque grouillement fugitif ; y chercher une structure par le biais de l’évocation d’une absente est un incitation dénuée d’enjeu véritable. Tout cela annonce Fracture (elle cite le mot dans sa postface) que j’ai apprécié, car je n’avais aucune idée de ce que j’allais lire ni qui j’allais lire.

Bim ! Prince Philip. Bim ! DMX.

Toutes ces planètes & mondes évoqués par le genre SF forment une sorte de banlieue de la terre. Indéfiniment réinventée, indéfiniment morne.

2021 / chapitre 14

2021 / chapitre 13

Terminé Derniers pas sur la squame. 626 000 s. Septembre 2019 / Avril 2021.

Sale affaire (Eric Ambler) Le bon vieux principe libéral du vivre et laisser vivre est jeté à la ferraille. On ne veut plus que des gens que l’on peut exploiter. (p. 57). Et cette jolie formulation dans la bouche d’un personnage : Nous espérons beaucoup que la façon peu orthodoxe de notre arrivée à bord ne fera pas l’objet d’un malentendu, poursuivit Goutard d’un ton ferme. (p. 63). Devant la maison, étaient rangés une jeep et l’une de ces petites voitures françaises qui ont l’air d’avoir été construites avec des déchets par un mécanicien amateur : une 2 CV Citroën. (p. 140).

2021 / chapitre 13

2021 / chapitre 12

Stardust (Nina Allan) Variation sur le même principe que Complications, à savoir un ensemble de nouvelles partageant de façon lâche un élément commun. Un côté factice apparaît. À moins que le thème de ses textes soit la prolifération de la famille dans le temps et l’espace. Le fourmillement de personnages, la diversité infatigable de leurs liens, leurs ramifications – une esquisse très poussée d’une foule qui se mesure à l’infini. D’après les ouvrages que j’avais lus à ce sujet, je savais déjà qu’en réalité le verre demeure un liquide et que seule sa forte viscosité lui permet de conserver une forme stable. Celui qui avait fabriqué les miroirs des frères Gelb avait réussi d’une manière ou d’une autre à mettre en lumière sa liquidité, à la quantifier, à persuader le verre de révéler sa vraie nature. (La porte de l’avenir, p. 106).

Il ne reste plus qu’à mettre au point un vaccin qui protège des vaccins.

Prépandémique vs postpandémique.

Détruire / Retruire

Raisonner en genre, c’est mettre un pince-nez pour se tenir à l’écart.

Mal de pierres (Milena Agus) Faux portrait d’une femme, élaboré par sa petite fille qui s’est laissée prendre à ses mensonges. Une forme d’ode à l’élucubration, à la soumission romantique, au fantasme. Je m’aperçois que Nicole Garcia en a tiré un film avec Marion Cotillard, délocalisé ailleurs qu’en Sardaigne, d’où est l’auteure. Curieux de voir dans quel sens elle a pris le livre. Je vais donc le regarder. (Si je ne suis pas revenu dans un an, louez mon souvenir.) Un jour, je m’étais même cachée dans un grand vase vide en piquant des tiges dans mes cheveux. (p. 55). Parce que le Rescapé fut un instant, et la vie de grand-mère tant d’autres choses. (p. 91). Papa lui dit que ce n’était pas une bonne idée, qu’il ne fallait pas introduire de l’ordre dans les choses mais seconder la confusion universelle et lui jouer de la musique. (p. 114). Et ce court chapitre V qui contient tout le roman – introduction du déséquilibre du personnage : Un soir, avant de s’asseoir dans le fauteuil bancal, près de la fenêtre sur le puits de lumière, grand-père alla prendre sa pipe dans sa valise de réfugié, sortit de sa poche un paquet de tabac tout neuf et se mit à fumer, pour la première fois depuis ce mois de mai 1943. Grand-mère approcha son siège et resta assise à le regarder. « Ainsi, vous fumez la pipe. Je n’ai jamais vu personne fumer la pipe. » Et ils restèrent en silence tout ce temps-là. Quand grand-père eut fini, elle lui dit : « Il ne faut plus que vous dépensiez de l’argent pour les femmes de la maison close. Cet argent, vous devez le dépenser pour acheter votre tabac et vous détendre en fumant votre pipe. Expliquez-moi ce qui se passe avec ces femmes, et je ferai exactement pareil. »

2021 / chapitre 12

2021 / chapitre 11

Il faut revenir sur l’écriture d’un chapitre, lui donner un objet, une tension, un but. Ce n’est pas la dent d’un engrenage, pareille à la précédente et à la suivante dans la mécanique du récit. Il faut en dégager les éléments intrinsèques et les agencer, les mettre en scène dans l’espace qu’il restreint. Sinon, autant ne pas chapitrer et que l’histoire se déroule sans halte du début à la fin.

Ce ne sont pas des informations, ce sont des contre-feux.

Dernière nuit à Montréal (Emily St John Mandel) Faux thriller. Chassé-croisé où on suit sur des années un père qui fuit avec sa fille à travers les États-Unis ; le petit ami de la fille devenue grande, qui s’intéresse aux langues mortes ou mourantes ; un détective privé qui, lui, fuit sa femme bizarre et se lance pendant des années sur les traces des deux premiers ; la fille de celui-ci, une funambule – qui fait décoller l’histoire quand le petit ami de la fille fugitive (on suit ?) se retrouve à Montréal. Le tout passe d’une personne à une autre, d’une date à une autre, d’un endroit à un autre, d’une situation à une autre – un puzzle lent très agréable à lire.

Delius, une chanson d’été (Sabrina Calvo) J’y suis retourné pour quelques pages. Sans doute un travail achevé de, comment dit-on ? world building, mais architecture n’est pas littérature.

Bourrés, ils sont allés chez le vendeur de peinture Zolpan et ont demandé s’ils pouvaient goûter leur rouge.

Quand en littérature, on se détourne d’un genre au profit d’un autre, aussi attractif que paraisse ce dernier en regard du premier, on finit tout pareil dans une nasse.

Le moteur d’une histoire, l’impulsion créatrice qui la construit, c’est un vide, autour de quoi sinue quelque chose qui ne se lassera pas attraper – qu’on prendra soin de tenir éloigné de ces autres choses qu’on capture, qu’on nomme, qu’on met en scène et dont on fait le versant factice de l’histoire.

2021 / chapitre 11

2021 / chapitre 10

Facebook me permet de me diluer dans les curiosités des autres.

Le chemin de l’espace (Robert Silverberg) — Il existe un oiseau, sur Vénus. (p. 121). Martell n’avait encore jamais été attaqué par une grenouille. (p. 123).

Dernière nuit à Montréal (Emily St. John Mandel) Suivit une longue pose durant laquelle elle devint méthodiquement moins poilue. (p. 39).

Le voyageur des siècles (Noël-Noël) — Et moi, je serai un autre ! s’écria le professeur en s’énervant : je serai peut-être blond ! ou blonde ! eh oui ! je serai peut-être une fille ! pourquoi pas ? Je vous dis : je suis très inquiet ! (p. 139).

Je lis quatre pages de Maurice à la poule (Matthias Zschokke), je suis happé ; je lis quatre pages de Delius, une chanson d’été (Sabrina Calvo), je m’ennuie. Le premier donne la promesse de tomber sur des fulgurances inattendues au détour d’une page ; l’autre fait miroiter l’application d’une pommade verbeuse sur un dispositif narratif rebattu. Dans l’un, l’emploi des mots surprend ; dans l’autre, il fait naître un bâillement qu’on suspecte très long. Calvo chapitre Un, crime. Je continue de lire Zschokke et j’éclate de rire sans deviner de quoi il va me parler. Je vais tenter, tout de même, de reprendre Calvo – médisance n’est pas critique. Chapitre Deux commençant par un détail, forcément énigmatique, d’une scène générale qui incite – oblige – à continuer la lecture. Lassitude d’avoir à subir le procédé. et tout ce qui pouvait le flatter lui plaisait. (Calvo, p. 18).

Je m’interroge sur la nature d’un chapitre. Procédé de découpage nécessaire à la parution en feuilleton, mise en haleine – ou, considérant le processus d’écriture et non le roman, pose repas, pause sommeil de l’auteur ; auquel cas, ce serait l’irruption des contraintes de la vie vraie et vécue dans le récit-fiction, et, pour certains livres, la seule partie intéressante, celle où on peut sentir l’écrivain en tant que personne réelle, bien mieux dévoilée que par ses verbosités (comme les paragraphes-repas chez Jean de la Hire). On le voit abandonner sa table, se lever, aller manger, obéir à une nécessité, dormir. La nature de l’interruption du récit doit être décelable, si on regarde de près la partie de la page laissée blanche, si on scrute les plaies de l’histoire fictive de chaque côté de la coupure où gît la réalité du monde de l’écrivain. Et si certains trichent, remontent leur ouvrage, en remboitent les parties, cela se voit.

Sinon, je décide de ne plus lire de livres qui ne respecterons pas la précieuse austérité typographique qui sied à une bonne concentration de lecture : police de caractères qui ne dispute pas son intérêt au texte, numéro de page. Point. Rédhibitoires, les simagrées, fioritures et jeux de casses.

Césars : pas vu, pas lu. Donnent tout de même l’impression de souris correctement nourries, pissant et protestant sans talent sur la litière de leur cage. Sans cage, pas de rébellion filmée possible. Tout à leur art, elles fouineraient, libres, efflanquées et inconnues de beaucoup.

Comment s’y prend-on, scientifiquement, pour mesurer l’écoulement du temps ? Quelle est la durée immuable prise pour étalon, et comment est-on assuré de son immuabilité, sinon en recourant au temps ?

Avant, lorsqu’il était nécessaire d’effectuer une recherche sur tel ou tel sujet, on allait à la bibliothèque ; là, on rencontrait une jeune fille dont on pouvait tomber amoureux. Maintenant, on cherche sur le net et on tombe vite sur une Pamela qui te refile illico un selfie de son fessier en pièce jointe.

Fiction est revenu. C’est une revue de crochet.

J’aime la saillance-fiction, dit la pin-up violée par un Vénusien en couverture.

Écrivez des trucs sans vous préoccuper que ce soit non-viable : quand c’est viable, l’éditeur l’assassine.

2021 / chapitre 10

2021 / chapitre 9

La sécurité des personnes ne se résume pas à tout connaître d’elles.

Un genre littéraire devient ridicule dès lors qu’il est jugé depuis un autre genre.

Un récit, quel qu’il soit, doit être convaincant.

Fantômette en plein mystère (Georges Chaulet) — La môme qui s’appelle Françoise ? Il paraîtrait même que c’est en réalité Fant… (p. 49)

Chaque mot est une confrontation.

Tous ceux qui payent des tailles seront aussitôt et à jamais exempts de tailles et autres exactions indues, excepté celles qu’ils voudraient prêter gratis et sans menace et terreur. (Testament d’Aymar de Roussillon, seigneur d’Annonay et propriétaire de Thorrenc, XIIIe siècle).

2021 / chapitre 9

2021 / chapitre 8

Negra soledad (Ramón Díaz Eterovic) Un polar chilien assez besogneux, mais pas désagréable. Avec une enfilade de chapitres composés de dialogues dépouillés, histoire de faire des pages. Le héros, un privé, cite beaucoup de bouquins. Et même ceux du scribouillard qui écrit ses enquêtes. Il parle à son chat Simenon, et son chat lui répond. Même pour crever dans la rue, il faut avoir des relations. (p. 45). Nous parlons de marché, Becerra, et tout ce qui favorise le marché est acceptable selon les paramètres de la loi de la jungle. (p. 234). Sans aller plus loin, si tu ne changes pas ma litière, je vais finir par te dénoncer à ces organismes d’État qui sont censés protéger l’environnement. (p.242). ― Il n’a jamais cessé de faire du sport et surveillait son alimentation. […] J’ai eu envie de lui dire qu’à ma connaissance, il y avait plus d’infarctus dans un marathon qu’au comptoir d’un bar (p. 270). Si tu ne peux pas tuer ton ennemi, tu peux au moins assister à ses obsèques. (p. 290). L’année dernière, je suis allé demander un certificat de naissance à l’état civil. C’est incroyable comme les années ont passé. (p. 305).

Quand tu regardes les BA des films sans le son, tu ne vois que le formatage.

Prétentieuse déclamation.

Construire une histoire autour (de rien).

Au bout de vingt ans, les films devraient perdre leur couleur au profit du noir et blanc. Puis au gris. Et disparaître. Les films devraient avoir une durée de vie donnée. Leur propos et leur subtilité devraient être visés de nouveau par d’autres cinéastes.

Complications (Nina Allan) Les quatre premières nouvelles auraient suffi à l’effet recherché du recueil ; les deux dernières sont inabouties et confuses. Vous m’avez déjà dit qu’il n’était pas possible de voyager dans le temps comme on l’imagine habituellement, alors à quoi ça sert ? — À rien. Mais les gens du gouvernement refusent de le croire. (Le Vent d’Argent, p. 111)

Roman abandonné en cours de lecture : La distance qui nous sépare (Renato Cisneros).

2021 / chapitre 8

2021 / chapitre 7

2021 CHAPITRE 7

Deux romans abandonnés en cours de lecture : La tannerie (Celia Levi) et Le bruit du dégel (John Burnside).

La Saint-Valentin ? Surtout une occasion de lire ou d’entendre des phrases émouvantes. Comme hier Catherine qui, voyant l’état de mon assiette entre la potée et le fromage, m’a demandé : tu veux pas que je te retire le jus ?

On dirait vraiment quelqu’un qui apparaît sur le chemin de garde d’une forteresse assiégée pour brailler après un truc considéré injuste et qui disparaît aussitôt, Roland hautain et agonisant qui souffle dans son olifant Ulule. Reproche à un magazine en perte de vitesse de s’intéresser à notre lectorat. Fait la fine bouche devant ce qui n’est pas nourri d’un concept non utilisé dans un écrit antérieur (qu’il connait, lui).

Quand on pense à visiter un pays, on veut juste manger sa poussière, respirer son air, regarder ses horizons. On se songe pas à son existence administrative.

Le ciel est noir de grues.

Pourvu que je ne confonde pas Gina Jordana et Camilia Carano.

Ils puisent sans relâche dans les pièces de la culture populaire et assemblent des romans qui ne présentent à mes yeux aucun intérêt narratif. Ma culture (années 60 à 80) est moribonde, en voie d’oubli, ignorée par ceux d’aujourd’hui qui ont la leur. Les gens dont je parle, des quarantenaires, ne créent rien. Ils recyclent. Ils sont sur la face descendante d’une vague à laquelle ils puisent leurs armes – des armes dont on a limé le chien et qui percutent à vide. Il n’y a aucune création, aucune réaction assez acérée, ils y prêtent une pertinence par rapport à aujourd’hui qui est émoussée.

Histoires bizarroïdes (Olga Tokarczuk) Belle découverte. Avec Nina Allan et Claire Duvivier, ce que j’ai lu de plus enthousiasmant depuis le début de l’année. Ils considèrent qu’ils sont des fruits. L’homme est un fruit, disent-ils, et les animaux le mangeront. (Les enfants verts, p. 32). [Le colloque] portait sur les relations des sciences dures avec l’art ou la littérature ; la communication du professeur traitait de l’influence de la consommation de protéines sur la vision des couleurs. Il y expliquait que le développement de la peinture hollandaise avait été en corrélation étroite avec l’accroissement de l’élevage du bétail et le bond fait par la consommation hautement protéinique des laitages, les acides aminés contenus dans le fromage activant le développement de certaines structures du cerveau liées à la vision des couleurs. (Une histoire vraie, p. 68). Désormais atteint de démence, il était l’homme le plus énigmatique du monde. (Le Transfugium, p. 109). Rien de cette sainteté que l’on m’avait promise ne se trouvait en Inde. Je ne découvris rien qui eût pu justifier toute cette souffrance. J’ai vu un monde mécanique, biologique, organisé comme une fourmilière avec un ordre établi qui était idiot et relevait de la force d’inertie. Que Dieu me pardonne. (La montagne de Tous-les-Saints, p. 142).

Nouvelle (ironique, suite au énième débat à propos du Goncourt sur la SF comme genre littéraire et chasse gardée) : pour tuer le temps à bord d’un astronef pour Proxima du Centaure, des grossistes en D-Liss tentent de définir ce qu’est la « littérature blanche ». Le refus du monde et l’auto-glorification. Pas besoin d’un long voyage pour répondre, me répond G. B***. Ouch. Il parle donc de la blanche pure. Non coupée.

Aucun organisme né sur Terre ne peut s’échapper dans le cosmos. Aucun.

Certains optent pour un langage clair, direct, une formulation limpide, franche et précise de leurs idées. Moi pas. Est-ce un choix ? Est-ce le résultat d’une inaptitude à la clarté, un défaut de mon aptitude à la formulation – ou mon esprit se complait-il mieux dans l’informulé ?

Milieu : soit tu en demeure le noyau, soit tu en deviens le fruit. Rabougri ou en expansion. Racorni ou à la rencontre des vents.

Un autre ordre peut exister. Cessons de vouloir maintenir l’actuel en vie. Pas nécessairement par rage. Par simple compassion.

Tant de mots pour si peu de changement.

Plus de livres. Des mèmes, des T-shirts et des mugs.

2021 / chapitre 7

2021 / chapitre 6

Mes rapports avec mon éditeur sont du même genre de courtoisie qu’entre un mort et sa tombe.

Le gouvernement et ses sbires économiques ou armés ne forment pas une entité imprenable.

Quelle que soit leur causes, les prosélytes intransigeants font le vide autour d’eux, s’isolent et disparaissent au détriment de leur cause.

Déjà trois lettres de France Alzheimer, alors que je ne suis pas abonné. Je me demande qui s’occupe du courrier, chez eux.

De ma tête coupée / je me suis fait un oreiller.

Some heroic fantasy is hyperboring.

Des récits vides écrits avec l’affectation de qui se veut écrivain écrivant. Beaucoup de textes sont délivrés par des plumes qui miment ce qu’est l’écriture. Comme des acteurs qui chantent miment sans aucune sincérité, nécessité ni âme l’acte de chanter.

Vendôme LVMH : a) Damasio n’invente rien. b) Damasio a exploité une réflexion du think tank LVMH. c) Damasio et La Volte ont confié la comm des Furtifs à LVMH.

Un éditeur forme un gestalt avec un auteur, il ne le vire pas lorsque ce dernier braille légitimement après le non-travail du représentant anéantissant des mois de labeur.

La bête de miséricorde (Fredric Brown) La cuisine aussi était un trou à cochons. (p. 39).

La politique est une force qui n’a de cesse de s’annuler.

2021 / chapitre 6