Parutions : liste chronologique

(chaque titre grisé renvoie à un article ; à terme tous auront le leur.
mais dans un parfait désordre de publication – selon notre humeur.)
Vous trouverez le lien vers le site de l’éditeur entre parenthèses.

[2008]
la rivière sans visage (Harry Dickson No. 181 / FASCICULE)
Le ministère du grand nocturne (Harry Dickson No. 184 / FASCICULE)
LE RÉVEIL DU CHRONOMAÎTRE (Harry Dickson No. 187 / FASCICULE)

[2009]
Le baal des psychonautes (Harry dickson No. 182 / FASCICULE)
le secret de la pyramide invisible (Harry dickson No. 183 / FASCICULE)
la treizième face du crime (Harry dickson No. 202 / FASCICULE)
crime avec fait étrange (hebna calde no. 1 / fascicule)
le dieu inhabité (Harry dickson No. 185 / FASCICULE)
crime avec singe (hebna calde no. 2 / FASCICULE)

[2010]
le meurtre de poplar hospital (lady lace no. 1 / FASCICULE)
le désert des chercheurs d’ordre (Harry dickson No. 186 / FASCICULE)
Jeanne d’arc contre le maître des vampires (jeanne d’arc no. 1 / FASCICULE)
jeanne d’arc au pôle nord (jeanne d’arc no. 2 / FASCICULE)
le fil à couper le cœur (Harry dickson No. 188 / FASCICULE)

[2011]
la mort aux tentacules de poussière (le psychagog no. 1 / FASCICULE)
souvenirs à propos de harry dickson par un affabulateur venu de mars (PRÉFACE)
musée-homme (NOUVELLE)
chimère (NOUVELLE)
l’isoloir (NOUVELLE)

[2012]
le cimetière des hommes morts (harry dickson No. 189 / FASCICULE)
ravageuse ! (cover to cover no. 1 / FASCICULE)
oops !… they did it again (NOUVELLE)
l’homme au cœur double (NOUVELLE)
the man with the double earth (NOUVELLE / TRADUCTION de la précédente)

[2013]
les revenants de l’île de pâques (NOUVELLE)
necroporno (ROMAN)
on se revoit à la saint-truphème (NOUVELLE)
SEPT POUR UN MILLION (NOUVELLE)
Amour, siamois et sorcellerie (NOUVELLE)
JE ME DÉCIDAI POUR UNE HISTOIRE COURTE (NOUVELLE)
les onze mille gorges de l’océan (NOUVELLE)
l’île du docteur corman (FASCICULE)

[2014]
les porteurs de deuil (Harry dickson No. 190 / FASCICULE)
la machine à explorer baker street (NOUVELLE)
chienne (NOUVELLE)

[2015]
les marionnettes de la mort (NOUVELLE)
hors des eaux (NOUVELLE)
killing joe d’amato (NOUVELLE)
le bruit des os (NOUVELLE)

[2016]
harry dickson s’amuse (NOUVELLE)
harry dickson 1 (RECUEIL)
VERs MARS à bicyclette (PRÉFACE THÉÂTRALE)
HARRY DICKSON 2 (RECUEIL)
l’homme qui traversa la terre (ROMAN)

[2017]
L’eau-delà (NOUVELLE)

[2018]
Femmes d’argile et d’osier (roman)
un couteau inconsolable (Harry dickson No. 191 / fascicule)
Firmin le lapin (nouvelle)
Parutions : liste chronologique

Pas une momie, un spectre !

Un spectre hante les Imaginales

À vous tous qui avez ma plus profonde sympathie
et à qui je suis disposé à offrir mes excuses
pour vous avoir kidnappés dans cette fable
un peu acide.

Trois semaines avant la promulgation des résultats et avant même que je sache être parmi les six finalistes, Natach⅏ V⅏s-Deyres, l’une des jurées, me téléphone, tout heureuse : on décerne à Femmes d’argile et d’osier le grand prix du roman francophone aux Imaginales de 2019. Pour eux comme pour moi, c’est une surprise. Aussi cette surprise explique-t-elle que je ne fasse pas partie de invités prévus à Épinal, lieu des réjouissances, ni que l’éditeur ait le loisir d’orner mon roman d’un joli bandeau rouge-Goncourt.
Sept longues semaines plus tard, je décidai néanmoins de me rendre de mon propre chef et par mes propres moyens dans la commune spinalienne.
Ce même week-end, je m’étais engagé à participer à un salon des littératures policières à Sens (histoire de remonter les bretelles à Thilliez et son Pimancont, en vérité Pimançon, hameau voisin du mien, où il situait une scène de Sharko). De plus, y participait à ma demande l’ami Laurent Whale, que j’hébergerais dès le vendredi soir et pour lequel je m’étais mis en frais d’une bouteille de pur malt local. Bien que les dates des deux événements coïncident, jamais je n’avais songé avoir à faire avec les Imaginales. Je pouvais très bien effectuer un saut à Épinal et revenir à temps pour honorer l’invitation à ce prometteur Escargot noir hissé par sa seule force à l’étage du marché couvert dont les portes ouvraient le samedi à 14 h.
Je pris la route le mercredi en fin de journée. Je roulai vivement et arrivai chez ma logeuse, une charmante veuve que je connaissais pour être venu deux fois chez elle, il y a une décennie. La dame se réjouit de me revoir. Je lui expliquai l’honneur qui m’était fait, elle fut très flattée de constater qu’à l’hôtel que le festival avait pour habitude de réserver aux auteurs, je préférais sa compagnie. Ému qu’elle en soit charmée, je lui tus la vérité. J’étais, il est vrai, également très heureux de la revoir.
À l’époque de mes deux séjours à Épinal en tant qu’éditeur, je m’étais résolu à entrer par effraction dans ce milieu, armé de mon pauvre rossignol de papier que sont les fascicules. Les frais d’essence, de stand et de logement pour quatre jours se révélant conséquents en regard de ma trésorerie d’alors (non qu’ils le fussent moins aujourd’hui), j’avais cherché en dehors de la ville ; j’avais déniché ce gîte, à 20 km, pour une somme très honnête qui incluait un copieux breakfast atténuant les affres de la faim dans la journée. Je ne pouvais alors me permettre de suivre quiconque au restaurant et il n’était pas question de laisser mon stand désert. Néanmoins, de ces deux occasions, je revins avec un butin de rencontres et d’amitiés, avec une confiance en moi et une ardeur de travail qui, à peine dix ans plus tard, me valent ce prix du roman francophone.
Le lendemain matin, j’allai au salon. Je retrouvai la très grande tente blanche dressée dans le parc, sur la rive de la Moselle. J’y entrai, le parquet était toujours aussi sonore. Je vis les collègues éditeurs s’affairer sur leur stand – emplacements qui formaient le pourtour de l’espace tandis qu’au centre avaient été disposées les tables où les auteurs invités disparaissaient derrière leurs œuvres. Je reconnus bien des visages.
Quel chemin ai-je parcouru, me dis-je avec une fierté légitime, d’être aujourd’hui de celles et ceux qui comptent dans le milieu de l’Imaginaire, après seulement trois romans publiés. Et pour une histoire qui, je le reconnais, s’éloigne des terres labourées par ces artistes émérites, cette délicieuse et inventive fantasy, ces pastiches victoriens, ces blafards à canines, zombies et Cthulhu, ou cette hard-sf située sur la planète Scrivener. Le jury, l’esprit curieux, en a décidé ainsi à mon insu : merci Natacha, Annaïg et les autres que je ne connais pas encore.
La foule arrive, les auteurs dédicacent à tour de bras, quelle effervescence, quelle joie ! Les lycéens tournent et s’abattent comme des étourneaux sur les groseilles, les piles de livres s’amenuisent plus vite que les bénévoles ne peuvent fournir. Je fus véritablement très ému d’apercevoir des personnes que je n’avais pas revues depuis longtemps. Marie-Charlotte Delmas, par exemple, à qui je dois d’avoir rencontré Régis Boyer (homme que j’appréciais depuis fort longtemps, car je suis grand lecteur de Knut Hamsun). Elle et Jean-Luc Rivera m’ont, les tout premiers, témoigné leur intérêt : c’est grâce à eux, et au joyeux-joyeux marmotteux Brice Tarvel, que je rencontrerai plus tard tous ces écrivains et ces dessinateurs chez François Corteggiani ; c’est grâce à vous que je peux discuter et travailler avec Jean-Michel Nicollet, Caro et Caza, que je me retrouve invité chez Pierre Dubois et que j’ai tant de souvenirs, déjà, à peine accepté parmi tous ! Je vis Pierre Bordage, toujours flanqué de son double, Frank Borzage. J’observai un vigoureux Malpertuis peiner à tendre au lecteur, l’un après l’autre, les deux tomes de la biographie de Lovecraft traduite par ses soins. Quatre paires de solides tentacules lui eussent été d’une grande utilité. J’applaudis à la présence de Romain d’Huissier derrière sa trilogie hongkongaise : je lui dois d’avoir été introduit dans le milieu du jeu de rôle, où je compte maintenant les meilleurs de mes amis – ceux de Vierzon, Lyon ou d’Angers, Swal, Villacampa, et même Fantômette… Je vis Luce Basseterre, croisée dans de petits salons où grouillaient des auto-édités, heureux qu’elle s’en soit extirpée. Je vis des célébrités prises d’assaut par les lectrices blogueuses gourmandes de fantasy. Je vis Estelle Faye et bien d’autres habitués, de jeunes auteurs qui avaient engagé des frais de coiffeur et dont les livres étaient tous ornés d’un bandeau rouge répétant leur nom. Quelle fête ! Quelle défense de cette littérature qui nous est à tous très chère et, dit-on, si peu appréciée en France.
Et mes amis éditeurs ! Quelle joie de les revoir ici, moins brièvement qu’à Sèvres ! Je me précipitai de l’un à l’autre, ému. Celui-ci, où j’avais découvert les mémoires de Pietro Querini, navigateur italien du 15e siècle, naufragé aux Lofoten, à qui je fis croiser Jeanne d’Arc en route pour le pôle. Et cet autre, si désireux, m’avait-il avoué par mail, de me saluer ici, aux Imaginales. Tous ces acteurs d’un milieu dont je venais d’emporter les suffrages avec mon roman !
Mon roman, tiens. J’allais au stand de son éditeur et je le vis, avec sa belle couverture, à côté d’autres, tout aussi jolis que le mien. Je vis Melchior Ascaride et Nelly Chadour, Nathalie Dau et Sara Doke ; je vis Karim Berrouka, Sabrina Calvo, d’autres amis, Thomas Geha et Stefan Platteau ; j’en vis un grand nombre au cours de la journée, arpenter de long en large le plancher toujours aussi bruyant et cela me rappela la scène de patins à roulettes dans Les portes du paradis, mais aucun ne me vit passer et le soir venu je me retrouvai aussi seul que Kris Kristofferson, dans les ombres grises de la tente uniquement visitée par un vigile et son chien. Je profitai d’une brève absence de l’homme pour discuter avec l’animal, un bas-rouge aux oreilles pointues. La pauvre bête souffrait des babines ; je lui desserrai subrepticement la muselière. Elle m’en remercia.
« Demain », me dit-elle en entendant mon estomac grouiller, « je te garde un peu de mes croquettes.
— Je t’en remercie, lui dis-je. Le prix est doté. Dès que la municipalité m’aura rétribué, je t’enverrai un colis par Chron-os-post. »
Il jappa, je réfrénai sa joie en lui apprenant qu’il lui faudrait attendre trois mois au moins. Je l’entendis pousser un bref gémissement de dépit. Son maître revint, ils continuèrent leur ronde à travers le parc.
Le lendemain, je décidai de me manifester un tant soit peu. Je n’étais pas venu pour rien. Après tout, j’étais le lauréat et si, hier je trouvai un amusement à ce défaut d’organisation, non, à ce caprice non désiré dans l’élaboration de l’événement, je fus, éhontément sans doute, sensible à l’occasion manquée, à la maladresse conclue par l’absence du lauréat. Je comprenais bien que mon amertume passagère pèse peu en regard des multiples tracas générés par la mise en place d’un tel festival. Néanmoins, j’eus envie qu’on me voie. Bien célébré, un prix peut décider de l’avenir d’un écrivain. Élire un roman et l’ignorer – lui et son auteur – dans le même mouvement pourra paraître absurde. Ils ont leur prix, ils ont leur affluence, ils négligent le facteur humain, m’aurait doctement dit le chien du vigile – pour lequel, assurément, les mots facteur et humain acquièrent une tout autre résonance qu’à mes pensées passagèrement égarées sur une voie amère et fâcheuse.
Je vins donc sous la tente pour ma dernière journée, car il me faudrait prendre la route dans l’après-midi si je voulais honorer mon invitation à Sens et réceptionner comme il se doit Laurent Whale.
J’y vins, les y vis tous, plus sollicités encore que la veille, qui échangeaient entre eux, déjà, les souvenirs de leur première soirée passée ensemble (le soir, j’étais retourné chez ma charmante veuve après avoir dégusté une pizza dans un routier près d’une usine de papier). Je les enviai, assurément.
Je déambulai parmi la foule. J’entendis certains demander : Où est le lauréat. Qui est-ce ? N’est-il pas là ? N’a-t-il pas pu venir ? A-t-il été empêché ? J’entendis même : A-t-il décliné l’invitation ? J’eus beau m’arrêter et tenter d’expliquer, on ne m’entendit pas et de tous les pas résonnant sur le plancher seuls les miens ne produisaient aucun bruit.
L’esprit confus, j’en vis même qui tout comme moi n’étaient pas là. Je vis bière en main, Brice Tarvel et Danièle, et Serge Lehman et tant d’autres, je vis des Savanturiers errant comme autant de scaphandrionautes dans les brouillards de Vénus et formant un merveilleux ballet, je vis Guy Costes (ah non, je le vis, mais il était bien là !). Je vis même Green Tiburon et Harry Dickson, Scelerata, Diane d’Aventin et Sélénex, le capitaine Furioso et la Belle Gittan surgir çà et là avec une vivacité de feu follet ! Qu’ils soient ignorés me remua les sangs. Je m’emparai des livres des auteurs et les brandis dans un geste animé de plus de fièvre que j’en voulus mettre. Diable ! je tentais benoîtement d’être visible ! Je gigotai devant les organisateurs, je décoiffai Stéphanie Nicot, je tirai le nez d’un élu, je tourmentai les bénévoles — sans résultat aucun. Tout au plus prit-on pour du vent les moulins de mes bras et redouta-t-on la survenue d’un orage. Il est vrai que la tente s’agita, que le parquet craqua, que les gobelets de bière se couchèrent sur le comptoir de la buvette. Dans le parc, mon ami chien lâcha un rauque ouaf, je ne sus s’il me rappelait à l’ordre ou s’il m’encourageait. La tente se gonfla d’un vent fâcheux, les livres s’ouvrirent brusquement, les bandeaux portant le nom des auteurs vinrent se coller à moi tout à fait comme si j’en eus été déraisonnablement gourmand !
Me voici titubant, avançant les bras levés, aveuglé par les bandeaux comme une momie par ses bandelettes ! Je ne vois plus rien, je perçois des cris, des hurlements, la toile qui se tend, claque et se déchire, les armatures qui branlent, le vent qui renâcle comme un dragon mortifié d’être chèvre au piquet ! Je titube au hasard parmi la foule-houle, sens qu’on me frôle, on cherche ma main, on la prend, oh ! comme ce contact m’apaise ! Des doigts, j’écarte les bandelettes de mon store de papier, je coule un regard. Qui me tient ainsi ? Aux yeux de qui suis-je devenu apparent ? Je reconnais Magdala, mon héroïne d’argile et d’osier. C’est à mon tour d’être l’invisible égaré et c’est elle qui me porte secours, tout à fait le contraire de mon histoire ! Je lui en sais gré, elle me tire, elle me pousse dans le parc tandis que sur nos talons la Moselle grossit méchamment. Je titube et sème mes bandeaux-bandelettes en passant devant les projecteurs. Nous rejoignons mon automobile, je m’y réfugie, les cimes du parc oscillent, nous filons, je file de là vélocement, il est déjà 3 h, je dois être rendu avant la nuit pour accueillir le Whale à la maison !

§

Le samedi après midi, tandis que nous autres, auteurs, nous acheminons vers le marché couvert de Sens, la libraire, qui sait pour le prix et pour les Imaginales, m’informe qu’un orage a, la veille, grossi la Moselle et qu’une brusque crue a brièvement troublé le déroulement du festival, emportant même avec elle de paisibles ruminants qui paissaient en amont.
« Vous avez bien fait de ne pas en être, finalement, il y a eu quelques blessés, dont deux mordus par le chien d’un vigile. Mais ce n’est pas tout, ajouta-t-elle, on dit avoir aperçu, au plus sombre de l’orage, une sorte de momie d’une taille gigantesque, recouverte de bandelettes rouges, grandir et errer dans le parc. J’espère que nous ne serons pas importunés par une créature pareille ici ! »
Une momie ? Je trouvai la farce peu élogieuse envers son principal instigateur.
« Non, pas une momie, un spectre, affirmai-je en clin d’œil à Fritz Leiber. Un spectre hante désormais les Imaginales ! »

© Robert Darvel & Le Carnoplaste, mai 2019

Pas une momie, un spectre !

JOURNAL 2019 / semaine 20

lundi 13 mai

Lu Turlupin de Leo Perutz, qui s’amuse beaucoup : — Ce que vous appelez l’ordre, dit M. Gaspard, l’air songeur, c’est ce que j’appelle le règne violent de la loi du plus fort. A qui profite-t-il, cet ordre ? Aux douze cents brigands qui, avec l’accord du roi, ont partagé entre eux les charges et les fonctions, comme tout le bonheur et tout le bien-être.

mardi 14 mai

Le propre d’un écrivain est d’exprimer. J’ai exprimé un dépit. Si un prix ne sert à rien, s’il a peu d’incidence commerciale, sans mise en place ni bandeau il n’en a aucune – un bandeau ! des salons pour écouler les bandeaux ! – C’était une figure-gigogne : tu apportes un prix à ton éditeur, tu demandes un bandeau, une mise en place, il te dé-sa-mi-fie sur facebook. A-t-on jamais ouï pareille idiotie ? Il se désengage d’un salon où nous sommes tous deux invités comme auteurs.

Vu Dragged Across Concrete (quel titre épatant !) : long, lent, un brin grotesque, mais prenant.

mercredi 15 mai

Invité à Tonnerre en septembre par Fred Morwen Malvesin : mon bouquin (lauréat du grand prix du roman francophone aux Imaginales, mazette !) sera-t-il au moins encore disponible ? Partant de l’adage qui dit qu’un prix littéraire ne fait aucunement vendre, on œuvre pour que le prix littéraire ne puisse absolument pas être distingué, mis en place et vendu. Je le répète, car je suis énervé. De plus, aux Imaginales, il y avait des écrivains nordiques, dix occasions pour moi de créer des liens.

Un autre plaisir de lire Marelle et ses chapitres dans un ordre aléatoire est qu’on ne sait pas où on en est, ce qu’on a lu, ce qu’il nous reste à lire.

Les romans réalistes ont très peu à voir avec la réalité du monde, ils se rêvent réalité, on n’a pas à leur opposer les romans imaginaires – qui eux se rêvent imaginaires.

Revenu sur la quatrième version de TMPSDB : 4 chapitres bouclés, cette fois-ci, j’ai la manière.

jeudi 16 mai

Soudain, je me rappelle le sens du mot anamnèse.

vendredi 17 mai

Catherine tond. J’écris.

samedi 18 mai

Revenons du Maquis de Vareilles avec des plants de tomates. Brouettes de fumier de poney récupérées de chez le voisin en échange d’une bouteille de crème de framboise maison.

dimanche 19 mai

Il pleut, lu Le secret de l’Espadon : les poses des personnages et les paysages réellement oniriques font le charme de l’histoire.

JOURNAL 2019 / semaine 20

JOURNAL 2019 / semaine 19

lundi 6 mai

Bon. Ai téléphoné à S. N. Confirmation de ma non-participation au festival d’Épinal (s’il ne fait pas partie des auteurs invités en amont de l’attribution du prix, le lauréat n’est pas ajouté à la liste), mais en revanche, invitation pour 2020. Tel à A-F R : pas de bandeau, pas de retirage, pas de re-mise en place. Pas de nouvelle vie pour le livre, hormis les commandes client en librairie et sur le site éditeur : il n’y a pas d’attaché de presse lié au prix pour s’occuper de faire rebondir l’affaire. Éventuellement, une mise en place du Hélios (avec sticker) à négocier avec le nouveau diffuseur à la fin de l’année. Ai la promesse que la collection Hélios sera travaillée en fonds permanent dans les librairies. Je vais donc devoir faire le vrp régional. Du coup, ai posté le tapuscrit du RDPDLPM à l’Arbre Vengeur et ai relancé David M. à propos du CC. Vu The old man and the gun (David Lowery, 2018) avec Robert Redford (82 ans), Sissy Spacek (69 ans), Tom Waits (69 ans), Danny Glover (72 ans), Keith Carradine (69 ans) et Casey Affleck (138 ans).

mardi 7 mai

Libraires sur Sens, médiathèque de Cerisiers, amis dans la profession :
— le grand prix du roman francophone aux Imaginales ? C’est extra ! Réassort librairies avec bandeau ?
— Non, avoir un prix ne fait pas vendre, puisqu’il n’y a pas d’attaché de presse, donc pas de réassort avec bandeau, rien et de toute manière, positionné au rayon imaginaire, le titre ne se vendait pas, il y a eu des retours importants au bout de deux très longs mois en place chez les libraires, c’est un échec, il y a peu, l’éditeur me glissait avec tact qu’il n’aurait pas dû le sortir, lui – mais quelqu’un d’autre.
— Ah. Et l’éditeur communique dessus, maintenant qu’il est primé ?
— Inutile, le diffuseur ne suivra pas, qui refuse à le repositionner en littérature générale – là où il pourrait toucher un autre lectorat.
— Donc, puisqu’il ne se vend pas, on ne le vend pas ?
— Ne faites pas de mauvais esprit.
— Dites, n’est-ce pas le même argument sardonique utilisé contre les libraires qui démontrent que l’Imaginaire ne se vend pas en supprimant le rayon ?
— Tss tss. Il y aura des commandes de clients, et il est toujours en vente sur le site. Comme tous les autres livres de l’éditeur.
— Zut alors, voilà donc un prix qui ne sert à rien, ou si peu, ni pour le roman ni pour l’éditeur qui œuvre pourtant avec vaillance, affirme-t-il, à proposer et à défendre des textes de qualité ? Il n’y aura donc aucune autre communication que celle de l’auteur, tout heureux, chantant sa joie à ses voisins de hameau et sur les réseaux sociaux ?
— Communication ? Ah, si : c’est écrit en gris pâle sur le site, tout en bas de la présentation du roman, et l’info était donnée en troisième position sur la newsletter de l’éditeur, après le rappel du prix spécial aux Imaginales 2018 (pour saluer un tome 2) et la sortie en poche du prix de la meilleure traduction 2018, toujours aux Imaginales. Je suis le petit dernier, tout fébrile.
— Mais vous serez tout de même à Épinal ?
— Non : le prix et le salon sont deux choses séparées, seuls les lauréats qui étaient invités avant le résultat des votes y sont, du coup.
— Et sur le stand de l’éditeur ?
— Il y a déjà plein d’auteurs et ce weekend-là, de manière sans doute benoîte, je suis sur un petit salon local (et policier). Et, je vous le répète, tout ça c’est la faute du diffuseur, et du salon, et du lectorat de l’Imaginaire, laminé et abêti par d’autres éditeurs qui n’œuvrent pas avec vaillance à défendre des textes de qualité.
— Pas de bandeau, tout de même, c’est triste d’avoir le prix, mais pas le bandeau.
— Je le regrette, c’est joli un bandeau, ça donne confiance en soi, pour les prochains textes à écrire. Pas de bandeau, mais un beau sticker.
— Ah, tout de même, un sticker.
— Oui, l’année prochaine, sur l’édition poche. Ce qui tombe bien : en 2020, je serai donc invité aux Imaginales. Avec un peu de chance, je pourrais saluer le lauréat suivant. Je verrai s’il est plutôt bandeau ou sticker.
Sinon, David M. ne prend pas mon roman CC : il a trop à faire avec ses auteurs pour les deux années à venir (mais il espère me saluer… aux Imaginales). C’est bien ma chance, tiens, de soumettre un roman à un éditeur qui s’occupe de ses auteurs.

mercredi 8 mai

Le fantastique n’est pas un distorsion de la réalité, qui, après un retour à la normale, après le rétablissement, laisse cette dernière avec une indicible empreinte ; à mon sens, c’est un abandon des règles de la réalité, sans explication ni retour, sans appel à une résolution, sans logique, sans cause-miroir ; c’est une redistribution après une mue. La fin d’un récit fantastique n’a pas à proposer de raison, elle n’est pas débitrice auprès de la réalité. Il ne faut pas faire croire au fil d’une logique point-par-point. Il ne faut pas inciter à demander : pourquoi. Il faut faire naître un frisson d’abandon, un frémissement, un renoncement. Là, rien n’est tenu d’obéir. Il n’y a pas de déception, de dépit qui tienne. Lu Kafka sur le rivage (Haruki Murakami) : personnages attachants, écriture limpide. Et fin qui évite tout formalisme logique, qui laisse les choses quelque peu flottantes. Plan définitif de TMPSDB : 18 chapitres, de ces chapitres flottants dont la nécessité narrative se révèle à la lecture du suivant afin de fasciner le lecteur avec un procédé plus amusant que l’abrupt suspens haché des thrillers. Les arts ont-ils été inventés pour qu’à table, on puisse parler d’autre chose que de sa mutuelle ? Pendant des siècles, des millénaires même, force et virilité ont été inséparables. C’est à ce point que dans l’imagination populaire le poids et le poil constituaient des attributs obligés de la force. L’homme fort avait le type préhistorique et additionnait l’obésité, la poitrine frisée et la barbe drue. On ne saurait attribuer trop d’importance à la révolution apportée par E.R. Burroughs avec son personnage de Tarzan. Car Tarzan incarne indiscutablement la force. Mais une force d’un type entièrement nouveau, glabre et agile. C’est le héros juvénile au menton lisse et au ventre plat. En vérité, cette histoire de barbe est une clé. Car, notez-le bien : non seulement Tarzan est impensable avec une barbe, mais il ne saurait pas davantage se raser tous les matins. Mais nous ne sommes pas allés assez loin en parlant de héros juvénile. C’est enfantin qu’il fallait dire. Tarzan n’a pas de barbe et n’aura jamais de barbe, parce qu’il est définitivement impubère. C’est un enfant de dix ans monté en graine et en force. (Michel Tournier, Le bonheur en Allemagne ? – p. 26)

vendredi 10 mai

Quand je lis un thriller, mon cerveau invente et rue pour s’échapper de l’histoire ; quand je lis Cowper Powys ou Cortázar, mon esprit flotte et dérive. Rien n’est plus beau que le chapitre 73 de Marelle. Le concept d’agence de voyage confus : pour ceux qui veulent quitter, s’en fichent de la destination.

samedi 11 mai

Jamais mon « œuvre » n’a été autant inachevée.

dimanche 12 mai

Arlette et Véronique à la Grange. Ai lu, dans Portraits et propos (par Luis Harss et Barbara Dohmann) ceux de Cortázar au moment de la sortie de Marelle : ma journée est toute déconstruite et l’herbe touche le ciel.

JOURNAL 2019 / semaine 19

JOURNAL 2019 / semaine 18

lundi 29 avril

Drôme. Mise en carton de Saint Vallier.

mardi 30 avril

Déménagement de Lisa en Ardèche.

mercredi 1 mai

Sapins, herbe, oiseaux, vaches. Pas de réseau, pas de téléphone. Pas de nouvelles d’Épinal, hé hé. Vu un lézard vert au visage bleu électrique. Non, deux. Endroit calme. Hormis les oiseaux et les grillons. Ici, les arbres poussent penchés dans tous les sens, comme s’ils tentaient de s’éloigner les uns des autres. Vallon, ceux qui vivent sur les pentes ont souvent des fesses musclées.

jeudi 2 mai

Deux drôles de rêves, trop complexes pour être notés, logiques dans leurs moindres détails et d’une agilité de construction qui m’émerveille : il y a à y puiser de merveilleuses solutions narratives. Lu Madame Marie Grubbe de Jens Peter Jacobsen. Vais devoir lire La famille de Grethe-la-Poule de Andersen et dénicher Le voyage souterrain de Nils Klim de Ludvig Holberg. Lu Il est minuit, Charlie Chaplin de Stuart Kaminsky. Peu bavard, pas digressif, mais pas sec, un bon équilibre d’écriture. Pour Ogrur : revoir la narration, retrouver l’enchantement qu’on ressent à imaginer de petits bonshommes gravir des mottes de terre ou traverser un ruisseau, ou camper sur la croûte sèche d’une bouse de vache. Réévaluer le cadre post-apo. Pour TMPSDB : commencer directement par Ed qui entre dans l’ascenseur. Réécrire de manière que chaque chapitre soit une énigme dont la nécessité narrative se dévoile à la lecture du suivant.

vendredi 3 mai

Vu Avengers Endgame au cinéma et en vf : en gros, à voir l’état des rues où personne ne songe à enlever les poubelles et le parking du stade encombré de voitures abandonnées, la moitié de la population mondiale transformée en farine de froment par Thanos sont les travailleurs modestes, les corvéables (les survivants roulent toujours en Audi) ; ensuite, un personnage (Scarlett J.) dit : je n’étais rien, après j’ai eu un job et une famille ; ensuite, il y a une partie de rugby intergalactique avec un gant à la place du ballon ; à la fin, Captain America choisit de se transformer en Clint Eastwood vieux. Quelque chose de dissimulé se dévoile lorsqu’on écrit. Il faut régler sa lecture au rythme du livre : l’auteur abonde de détails, lisons-les un à un, mais la tension narrative doit être mesurée afin de ne pas inciter à l’impatience ; il narre vivement : lisons lentement ; son travail apparaît. Eparcyl et la garantie d’une fosse tranquille : j’ai l’impression de pisser sur la tombe de François Mitterrand. Sinon, du réseau, brièvement, en sortant de la combe où habite maintenant Lisa : Femmes d’argile et d’osier a eu le prix du roman francophone aux Imaginales. Ce malin de Corteggiani le savait : « il n’y a pas de bouquin d’Estelle Faye en lice », m’avait-il dit. Chic ! des lecteurs pour cette histoire qui, bâtie sur la réalité, s’effondre au ralenti puis se fragmente très vite avant de disparaître dans la poitrine d’osier d’une vieille femme. Vu Tic & Tac Rangers du risque, l’épisode avec les zanzipattes et cette réplique prononcée par Tac d’une voix de canard : garçon, la même chose !

samedi 4 mai

Lu Le Dauphiné libéré. Seule la Taxe sauvera le monde, affirme le politique. Imaginons qu’il n’y ait plus de Terre, mais un agglomérat, un amas de politiques agrippés les uns aux autres, qui dérive dans l’interastral en rugissant : taxe ! taxe ! ; l’amas criaillant échoue quelque part au centre de l’univers, il y a un éco-portail cosmique qui l’aiguille vers un trou noir, une recyclerie d’où il ressort sous la forme d’une inconséquente crotte d’antimatière. L’univers secondaire d’une Fantasy pourrait être un monde au vocabulaire limité. Une dame d’ici, la soixantaine, célibataire avec deux chats et un chien, nous glisse que le vin d’ici, le Saint Jo[seph] est couillu.

dimanche 5 mai

Rentré à la Grange, retrouvé les deux chattes. Grêle. Hautes herbes. Maison. Et c’est tout.

JOURNAL 2019 / semaine 18

JOURNAL 2019 / semaine 17

lundi 22 avril

Des étrangers vont et viennent dans un jardin privé ; il n’y en a pas au-delà du jardin, ils n’apparaissent que là – et disparaissent, uniquement aux yeux du propriétaire. Je lis dehors, sous le tamaris ; un lézard se laisse tomber d’une branche juste à côté de moi ; il file dans l’herbe, sur mon pied nu et disparaît par le bas de mon pantalon.

mardi 23 avril

Levés à 6h pour remplacer Sébastien au marché de Malay-le-Grand, le temps qu’il fasse réparer son camion. Aux prises avec la caisse enregistreuse, le code kiwis et le lecteur CB. Vu Sweet country (Warwick Thornton) : Australie, début du XXe, très bien. Revu Le miroir de Tarkovski : je ne tiens toujours pas à tenter de le décrypter.

mercredi 24 avril

Ce matin au réveil, ai eu sous les yeux le boitier DVD de La caravane de l’étrange ; me suis souvenu de la fin abrupte (série non reconduite) et du soulagement ressenti : il y aurait eu redite, une entité prend possession d’une autre personne. Ai songé à la figure méta qui se présente systématiquement comme solution à une intrigue embrouillée ; ai songé à son contraire, une infection microscopique. Suis retombé sur l’antinomie possible bicaméral vs microbiote.

jeudi 25 avril

Il pleut. On mange du couscous. Comme hier soir. Encore du couscous. Vu Une drôle de gosse avec Danielle Darieux, Albert Préjean et Lucien Baroux : de vraies images de Bercy en 1935; les mêmes, exactement, que celles des Vampires de Feuillade, 20 ans auparavant.

vendredi 26 avril

La caverne de nos corps. Je crois que personne n’est plus disposé que moi à devenir l’esclave béat des combinaisons attrayantes de mots (John Cowper Powys). 1) / récit : Asnières, 23h35. Mme G. sortait les poubelles lorsqu’une ombre gigantesque recouvrit le trottoir. C’était un ogre. 2) / conte : Dans le petit village de Glozen apparut un ogre. La laborieuse mise en situation d’une suspension de crédulité du récit vs Le côté péremptoire, immédiat et indiscutable du conte. Vu Une java de Claude Orval (1939) avec Mila Parely, un drôle de visage moderne.

samedi 27 avril

Réunion anti-éoliennes, à nous cinq nous totalisions 375 ans : The wind that shakes the barley.

dimanche 28 avril

A mon sens, il ne faut pas opposer forêt et étoiles. Il y a là un merveilleux sujet de récit (en réponse à Xavier Dollo pour qui, la forêt c’est le repli, les étoiles, l’élan). Je suis en train de lire un truc de SF récent, j’ai le sentiment de parcourir un conglomérat de notes Scrivener, aucun liant qui témoigne d’une sensibilité d’écrivain. Ce qui ne témoigne t’éloigne. Demain, Ardèche.

JOURNAL 2019 / semaine 17

JOURNAL 2019 / semaine 16

lundi 15 avril

What are the musical materials behind, for example, the guitar part on ‘Fashion’? Bartok string quartets“ (Robert Fripp). Relu, corrigé et imprimé Le retour du prisonnier de la planète Mars pour envoi à un éditeur-qui-souhaite-du-papier.

mardi 16 avril

Hier le feu, aujourd’hui la pluie. Revu le chapitre 8 de TMPSDB – qui changera sans doute de nom et de nature, avec cette histoire de planches coupées qui se dressent comme la lisière d’un pays. Ai appris en discutant avec le voisin (Claude Thorelle, celui des pintades) que le sapin ne libère pas de tanin, contrairement au chêne ; les taches grises sont des moisissures dues à la sciure laissée le temps de séchage, ou bien à la durée entre la coupe de l’arbre et son débitage à la scierie. Quoi qu’il en soit, ces taches s’animent sous les yeux de la gamine Valentine : c’est donc une lisière où s’enfoncer, une sorte de forêt de Ryhope de Holdstock – la contrée de Thorellie – dans ma propre salle de séjour ! Il est probable que Valentine soit issue de cette contrée ; Kjeller l’en a suscitée pour qu’elle aide Gj Kallenavne à défaire Ed Charlou et ses potes ; à la fin, Gj s’y laissera sans doute entraîner.

mercredi 17 avril

(4h29 du matin)
Si j’avais à parler de ce que je suis en train d’écrire, je dirais ceci : Vous avez cinq bonnes minutes ? Car j’ai cinq bons récits sur le feu, dont deux et demi sont terminés. Et un sixième se profile.
Le premier est un roman qui met en scène un trio composé de deux jumelles et d’un jeune garçon, ainsi que d’une mystérieuse justicière masquée à l’existence aléatoire. L’histoire se passe dans l’Yonne, terreau de bien des serial killers – Emile Louis, Trieber et même le fameux docteur Petiot de Villeneuve-sur-Yonne – et met aux prises notre trio de préadolescents et un tueur qui sème dans la campagne des victimes qu’il étouffe avec une drôle de machine. Qui est l’héroïne masquée ? Une jumelle, l’autre jumelle, ou bien… ? Le titre en est Le Chevalier Compost. C’est écrit dans l’esprit des Fantômette de Georges Chaulet. (270 000 signes.)
Le second m’a pris exactement 50 ans à l’écrire. Il s’intitule Le retour du prisonnier de la planète Mars. Certains d’entre-vous connaissent le livre de Gustave Le Rouge, paru en 1906, qui raconte les mésaventures d’un homme projeté sur l’astre d’épouvante par la force psychique de 10 000 fakirs. Là-haut, il doit se battre contre des Vampyres, eux-mêmes nourriture du Grand Cerveau « haut comme le mont Blanc ». Il vous suffit de savoir que ce personnage se nomme Robert Darvel pour comprendre le sel de l’affaire. Un siècle s’est écoulé ; je suis toujours là – et je retourne enchanter Mars, en passant par l’Algérie, la Kroumirie et l’Inde. (La première version de 600 000 signes a été réduite à moins de 300 000.)
Une bande dessinée avec Patrick Dumas, intitulée Araknia – en aérostat vers les étoiles qui raconte le périple initiatique et interastral d’un homme (mort ?) entrainant son épouse, sa fille et son gendre vers les confins d’une ceinture d’astéroïdes peuplée d’araignées et de poulpes de l’espace, et ceci en aérostat piloté par un mystérieux Queequeeg tatoué. (Le synopsis est détaillé dans son entier, et story-boardé pour moitié.)
Sur la planche à pain, deux autres romans :
L’un, Moi, Ogrur le minuscule, se dévoile comme une sorte de croisement entre Les minuscules de Roald Dahl et un récit post-apo : suite à un saccage écologique, des personnages de 5 cm de haut doivent traverser un jardin dévasté et mutant vers un mythique mésopotager susceptible de leur permettre de survivre. Les pires créatures qu’ils devront affronter sont des néologismes rebutants. Là aussi, il y a des jumelles, mais celles-ci apprennent à voler en observant des libellules mutantes. (Rédigé pour moitié, il ne devrait pas dépasser 300 000 signes.)
Et le dernier, Tous mes potes sont des bâtards (titre de travail) qui se développe devant mes yeux étonnés, est une sorte de polar social ancré dans la réalité de la région où je vis (le pays d’Othe) qui bifurque vers la Norvège et donc vers le conte nordique, écrit et traité à la sauce sud-coréenne (c-à-d avec une variété de ton imprévisible). Là aussi, il y a une gamine invisible, des personnages véritables – vous et moi – ainsi que des choses réalistes et des choses magiques. Je le destine à une traduction en norvégien (par l’entremise de l’épouse norvégienne du consul de France à Londres) afin de répondre à l’invasion de polars scandinaves. (150 000 signes en place ; moins de 300 000 visés.)
Une fois expédiés ceux-ci, se profile un spin-off de L’homme qui traversa la Terre se passant exclusivement au centre de la planète et racontant ce qu’il est advenu d’Emerance de Funcal et de Louis Zèdre-Rouge, et s’attardant avec plus de précision sur les Caustes et d’autres créatures vivant en-deçà de la lithosphère. Titre pressenti : Les Robinsons gyroscopiques.
Puis ensuite, j’attaque un gros truc qui nécessite de la documentation, du souffle et une immersion de plusieurs mois. Pour retrouver le plaisir procuré par l’écriture de Femmes d’argile et d’osier.
Il est 6h, le jour pointe – et j’ai tracé les grandes lignes du chapitre 10 de TMPSDB.

jeudi 18 avril

Chastragnette a passé une demi heure la truffe dans un trou du jardin, qu’elle se frotte régulièrement avec la patte, et elle y retourne : elle mange des fourmis. Vu Boogie Nights (Paul Thomas Anderson) : plaisant de voir tous ces acteurs cabotiner à la limite du mauvais goût.

vendredi 19 avril

Lu Les jumeaux de Black Hill (Bruce Chatwin), traversée d’un siècle racontée comme le font des ricochets sur l’eau, de loin en loin, d’année en année. Sur la fin, les frères fêtent leurs 80 ans par un tour d’avion au-dessus de leur pays. Lu ce chapitre ce matin dans le jardin, fauteuil au soleil, bruits d’enfants, oiseaux, insectes, herbe tondue, et une chatte allongée à côté. Les larmes me sont venues. La vie. Ai pensé aux papas de Chastragnette, de l’autre côté de la départementale. Ont passé leur vie ici, ensemble, pas d’épouse, pas de descendance. Je vais les écouter parler, avec un papier et un crayon, j’y songe depuis longtemps, je vais écrire leur livre. Je suis certain d’entrevoir certaines choses magiques. Une colonne de soldats de plomb sans tête défilaient sur le rebord de la fenêtre. (p. 233)

samedi 20 avril

Hier soir, concert intimiste de Leonore Boulanger / Jean-Daniel Botta / Benjamin Petit Delor / Bruno Montalo au Maquis. Y a-t-il au moins des grenouilles en Croatie ? Il est difficile d’idéaliser l’estomac. Il est désagréable de penser que la fin, quand elle viendra, sera probablement causée par quelque détestable croissance fongueuse au centre de notre sensibilité nerveuse. On préférerait être mangé par des poissons argentés plutôt que par un gros polype couleur de plomb. (John Cowper Powys) La SF : une fabrique de futurs obsolètes. Mon âme est dolente, elle est d’eau lente ; sculptée par une autorité coercitive, elle revient lentement, mais toujours, à sa sa forme initiale. Si l’âme n’existe pas, alors les yeux ne sont pas de fenêtres ; ce sont des yeux. Comment affronter une administration qui, hors éditorialistes et forces de l’ordre, n’existe quasiment pas au-delà d’elle-même

dimanche 21 avril

Vu Thunder Road de et avec Jim Cummings : périlleux, juste en équilibre. Tout à l’heure, trentenaires à la sortie de l’église de Cerisiers, passant devant deux policiers armés : c’est une bonne chose de se sentir en sécurité, de savoir qu’on nous protège. Lu Les libertins du ciel (John Boyd) : un régal.

JOURNAL 2019 / semaine 16

JOURNAL 2019 / semaine 15

lundi 8 avril

Suite aux problèmes de santé de Stevie Nick, Fleetwood Mac annule le concert au Jazz Fest prévu suite à l’annulation des Rolling Stones, due à la santé de Mick Jagger. / Rock and roll will never die.

mardi 9 avril

Vu un film argentin, L’Ours rouge (Israel Adrián Caetano) dans lequel une maman lit à sa fille un conte de Horacio Quiroga.

mercredi 10 avril

Lorsque j’ajoute une bûche dans la cheminée, je reste toujours devant, assis sur le tabouret, pour guetter les insectes fuyant la chaleur. Hier, j’ai sauvé deux beaux mille-pattes sortis d’un trou du bois juste à temps et qui ont filé quelque part dans la pièce. Pendant une bonne demi-heure, un type a marché dans le champ au bout de notre terrain. Pas en l’arpentant comme un paysan qui surveille ses semences ; il allait, bougeait les bras et revenait au même point, un endroit caché par le tronc couvert de lierre de notre vieux cerisier. Mystérieux. Depuis 4 jours Troupitte est éteinte ; elle a du mal à monter sur le fauteuil, y reste toute la journée et ne se nourrit pas / on l’emmène chez le véto dépenser quelques dizaines d’€ / pas de truc alarmant / on revient, elle bouffe d’un coup comme un porcelet / « Je voulais juste faire un tour en ville », c’est ça, cochonnerie de bestiole ?

jeudi 11 avril

Vu Lady Vengeance : thème scabreux, mais hélas, Park Chan-Wook n’ose pas. Chez le dentiste, ai lu Spirou et Julie : des Touaregs me seraient plus proches que les enfants de 12 ans croisés au centre commercial.

vendredi 12 avril

Lu Niels Lyhne de Jens Peter Jacobson : un portrait tout en ironie subtile et douloureuse : Elle devint une des « beautés » de la capitale, et l’on parla d’elle autant que l’on peut parler de quelqu’un qui n’a pas commis un crime. (p.31) / La langue qu’on parlait à Lonborg ne ressemblait pas à l’argot de la capitale. C’était une langue maigre comme un squelette ; on sentait saillir à travers cette phraséologie les côtes de la grammaire et les mots conservaient dans la bouche des provinciaux leur sens absolu, comme s’ils étaient cueillis tout frais dans le dictionnaire. (p. 35) / Chez lui, le talent avait pris racine dans des choses antérieures et finies (p.287) / et ces vitres blanchies à la craie chez madame Boye. Installé un VPN. Vu Brimstone, long et peu crédible / Guy Pearce n’est pas bon.

samedi 13 avril

Coup de téléphone impromptu de Natacha Vas-Deyres. Il faudrait que je commence à réfléchir à mon intervention à la BNF dans le cadre de l’exposition de Fleur Hopkins sur le Merveilleux scientifique… Vu Loft (Kiyochi Kurosawa) : Miki Nakatani est certes jolie, mais très mauvaise apeurée / idiot, convenu et creux.

dimanche 14 avril

La très grande élasticité d’imagination qu’exige et permet le conte : voilà. Vu Slow West (John Maclean) : un très bon petit premier film.

JOURNAL 2019 / semaine 15

JOURNAL 2019 / semaine 14

lundi 1 avril

C’est la souffrance hardcore de Jeanne qui sous-tend notre fascination pour elle – et sa propre folie nous dédouane de toute perversion, n’est-ce pas. Pour résumer, vu dernièrement trois productions Netflix : une daube – Outlaw King (mais où j’ai remarqué Florence Pugh, celle de The little drummer girl) et deux films respectables – Highwaymen et The Boy Who Harnessed the Wind (de l’acteur Chiwetel Ejiofor).

mardi 2 avril

Les filles de la médiathèque égorgeaient un grand cheval de Troie en carton, construit pour une animation passée ; à l’intérieur, une table. En voyant l’excellent A most wanted man (Anton Corbijn) qui, de plus se passe à Hambourg, je songe que d’ici quelques années, Philip Seymour Hoffman aurait été parfait dans un biopic sur Kevin Coyne.

mercredi 3 avril

Lu Gilles et Jeanne (Michel Tournier). Vu Split : dans les tout premiers plans, lorsqu’il ouvre sa boutique, Bruce Willis ressemble à Brice Tarvel.

jeudi 4 avril

Marrant : le 20 mars, j’écoute Barbe Bleue de Bartók / le 26, je commence Le chant du monde de Giono, dans lequel je note le mot « besson » (jumeau) jamais rencontré auparavant / hier dans la boîte à lire de Cerisiers, je trouve Gilles et Jeanne de Tournier, dans lequel, a) je croise donc Gille de Rais / Barbe Bleue et b) je tombe sur le mot « besson ». Revu Le pays où rêvent les fourmis vertes (Werner Herzog) en prolongement de la lecture de Chatwin / antithèse de Fitzcarraldo (un bateau passé par-dessus une montagne) ; là, Herzog fait atterrir un gros porteur dans un désert tout plat avec trois bulldozers. / Herzog prépare un documentaire sur Chatwin : Nomad: In The Footsteps Of Bruce Chatwin.

vendredi 5 avril

TMPSDB : troisième réécriture des 6 premiers chapitres, la pâte est pétrie, ça lève. D’une manière satisfaisante et surprenante. Vu Life (Anton Corbijn) : Dane DeHaan reste en surface du rôle ; imite mais n’incarne pas James Dean.

samedi 6 avril

Réunion littéraire au Maquis avec le libraire de Joigny : pas de lectorat imaginaire là-bas, me dit-il. Ai découvert de petits éditeurs dont Le ver à soie et un autre, que je n’ai plus en tête pour un écrivain serbe dont j’ai omis de noter le nom – mais je reviendrai avec un de ces jours. Avons parlé du Procès du cochon de Oscar Coop-Phane.

dimanche 7 avril

Un vide-grenier sous la pluie ; un autre au sec. Y ai trouvé du Park Chan-Wook (Lady Vengeance et Sympathy for Mr Vengeance, du Kiyoshi Kurosawa (Loft et Door III), un Johnny To (Breaking News) et d’autres d’intérêt. A 30 cts pièce. J’aime autant Johnnie To que Béla Tarr.

John Cowper Powys (Confessions de deux frères) : Le monde peut être plein de mystérieuses forces vivantes ; il peut avoir une infinie tendance à éclater de-ci de-là en espèces et formes conscientes de tous genres ; il peut être prolifique en organismes stupéfiants ; il peut être profond, étrange et insondable ; il peut avoir plusieurs niveaux d’entités cosmiques et d’êtres inconcevables ; il peut se dissoudre en d’impensables plans spatiaux ; mais je ne pourrai jamais parvenir à comprendre pourquoi cette multiplicité entièrement possible de la fertilité de la vie devrait à tout prix conduire à adhérer aux systèmes de réconfort idéaliste ou mystique, créés, de toute évidence, par l’homme. Le monde peut être aussi profond et mystérieux que vous voulez, mais cela n’implique pas du tout que nous ayons une vie après la mort ou qu’il y ait un Dieu, soit personnel soit immanent, que nous concernerions le moins du monde. […] J’ai si souvent le sentiment que cette qualité indescriptible que les poètes nomment magie court le danger d’être détruite par ces affirmations idéalistes. La dignité de la mort, par exemple, est, pour moi, absolument gâchée par ces faciles et arrogants espoirs d’heureuses résurrections. Même la grande théorie bouddhiste des incarnations successives me semble moins poétique que la finalité du tragique et païen « ave atque vale ! (*) », effleurée par la possibilité vague et à peine formulée de « quelque chose d’autre ».

(*) Au revoir et adieu (Catulle)

JOURNAL 2019 / semaine 14

JOURNAL 2019 / semaine 13

lundi 25 mars

Mort de Scott Walker. Découvert à la sortie de Climate of Hunter. Suivi jusqu’à Drift. Il m’en reste donc à découvrir. Je me souviens d’une séance d’écriture à la Grange avec Jérôme V., qui travaillait sur Bartók 3 : on a écouté un double de Walker Brothers If I could hear me now, puis enchainé avec Climate / Tilt / The Drift : plus ça devenait lugubre, plus on se marrait / Quand dans Escape arrive la brutale contrefaçon de voix de Donald, je crois me souvenir qu’on s’est pissés dessus. Nous sommes la viande sur laquelle dansent les politiques / mieux : Les politiques dansent debout sur l’estrade de nos chairs couchées. Ma femme ? Dieu ait son âme et moi sa chair !

mardi 26 mars

TMPSDB : chapitre 9. Plomberie. Lecture de Giono / Le chant du monde / certaines pages sont en adéquation avec son style ; en d’autres, le style est superflu / c’est tout à fait une sorte de récit post-apo (le congre, les survivants essaimés, les naissances, les femmes dont il ne reste que la folie, le bizarre dans le langage). Lu Langelot et les crocodiles : sinistre. Écouté deux versions de Seventy-four, de John Cage / intriguant.

mercredi 27 mars

Attendons du monde à midi. Et si sur les livres ne figurait que le nom de l’auteur / pas de titre / pas de 4e / devoir l’ouvrir et lire la première phrase. Ressayé Game of Thrones : OK, ce sont les épisodes d’exposition – mais ça prend son temps pour ne pas raconter grand chose.

jeudi 28 mars

Magical realism : what happens when a highly detailed, realistic setting is invaded by something too strange to believe / versus l’uniformité épouvantable des mondes de fantasy.

vendredi 29 mars

« I put in another page and start again with the dialogue, but there is no fabrication on my part. Really, I don’t fabricate anything. » (Julio Cortázar). Dans la mare, une grenouille vautrée sur une autre. Hermann : j’ai le Bernard Prince en noir & blanc. TMPSDB : chapitre un imprimé et retapé pour une nouvelle version. Au concert de Jean Martin, (bidouilles à la guitare et projection de fonds de ragout YouTube sur les reptiliens) mon voisin avait le regard de Steven Seagall et les cheveux de Willem (le dessinateur).

samedi 30 mars

« C’est pas que je suis amoureuse, mais quand je te vois, j’ai moins la nausée ». En train de redécouvrir Bernard Prince avec l’édition noir & blanc grand format. Reçu, de Londres, Sundog (le livre de Scott Walker) : merci, monsieur le Consul. Vu Highwaymen avec Costner et Harrelson : un bon film / à deux moments (avec son flingue, puis avec une bouteille vide), Harrelson opère une sorte de jonglerie impromptue, totalement décontractée et inutile. Le voisin fête ses 45 ans / AC DC-Alizée-boule disco / comme je ressemble à Spielberg, j’ai droit à la perche à selfie avec ses potes et hop ! sur WhatsApp : une autre génération, qui passe la soirée à se selfiser.

dimanche 31 mars

3 vides-greniers. Parti à 7h30, revenus à 16h. Ah, ah.

JOURNAL 2019 / semaine 13

JOURNAL 2019 / semaine 12

lundi 18 mars

Saut à Avallon pour voir Lisa. Croisé Fantômette dans la rue Masquée. Vu An inspector calls (Guy Hamilton, 1954) / y ai découvert Eileen Moore qui, dans ce film-là du moins, ressemble à Naomi Watts. Rivé au sol, un archéologue ignore ce qu’un peuple ancien aura suspendu à un arbre. Suis allé aux toilettes / ai commencé à pisser / ai vu une araignée tombée dans la cuvette / me suis dit : quelle image a-t-elle de moi à cet instant ? Troisième repas de couscous en trois jours : avons mangé ces interminables rogatons en écoutant Musiciens of Joujouka sur le CD 10% file under Burroughs (William). Vu le curieux Damsel des frères Zellner.

mardi 19 mars

Taillé la haie. Catherine a trouvé un hérisson dans le fatras sous la grange / il a grogné après elle / elle a replacé le fatras autour. Avons commencé à voir le Spider Man : New Generation : inventif.

mercredi 20 mars

Nous ne voyons plus Chastragnette à la maison : elle est tombée amoureuse d’une taupe et reste allongée près du trou, dans l’herbe encore mouillée. Poste : devant moi, une dame explique qu’elle doit retourner ce colis car, dit-elle, sur la vidéo, les balles paraissaient d’une taille supérieure ; or, elles sont petites, vous voyez, et j’ai un Yorkshire. 17h26 : Chastragnette surveille toujours son trou de taupe. Ecouté Bartók Barbe-Bleue (István Kertész / Christa Ludwig / Walter Berry) pour les besoins du chapitre 5 de TMPSDB.

jeudi 21 mars

TMPSDB : chapitre 7. Ai écouté Ligeti (Requiem) et Toru Takemitsu (Quotations of dream). Encore deux rangs de petits pois semés. Chastragnette a tué la taupe / quelle patience.

vendredi 22 mars

Lisa & Thomas vont quitter la Drôme pour l’Ardèche / l’appartement pour une maison. Finalisé la deuxième mouture des chapitres un à huit. Fini The little drummer girl : impec. Vu Kingsman 2 : où va le cinéma ?

samedi 23 mars

Dehors. Potager. Première tonte. Il y a des miroirs dans le jardin, ici et là / depuis deux ou trois ans, un moineau tape du bec sur l’un d’entre-eux suspendu contre le mur de la grange. La richesse se partage ou bien elle doit être détruite.

dimanche 24 mars

Hier soir, j’ai bu du jus de bouleau. Premier vide grenier / 7h30, route dans le brouillard avec le soleil bas face à nous. A me remettre dans la SF/imaginaire cette décennie, j’ai encombré ma bibliothèque de mauvais livres, comme les reliquats réchauffés d’un vieux repas que j’avais dédaigné il y a longtemps. J’ai redécouvert certains auteurs (Priest, Ian Watson), découvert d’autres, ignorés à l’époque (John Boyd) ; mais pas mal de vieux trucs méritent l’oubli. Et le peu que j’ai lu d’actuel dans le genre m’apparaît avoir perdu son élan, sa pertinence – mais je n’ai pas tout lu. Concert au Maquis dans l’après midi : Marie Thérèse Orain, née en 1935 qui a travaillé avec Jacques Debronckart : elle nous a chanté « Ernest, un coup d’blanc ! » / elle a commencé à L’échelle de Jacob à l’époque lointaine où, de l’autre côté de l’Atlantique, Zappa sort Freak out! / elle nous rappelle la mémoire de Françoise Mallet-Joris, d’Anne Sylvestre et de Gribouille, chanteuse androgyne, que je ne connaissais pas, morte en 1968 à 26 ans – dont j’apprends la connexion avec Nick Drake.

JOURNAL 2019 / semaine 12