Parutions : liste chronologique

(chaque titre grisé renvoie à un article ; à terme tous auront le leur.
mais dans un parfait désordre de publication – selon notre humeur.)
Vous trouverez le lien vers le site de l’éditeur entre parenthèses.

[2008]
la rivière sans visage (Harry Dickson No. 181 / FASCICULE)
Le ministère du grand nocturne (Harry Dickson No. 184 / FASCICULE)
LE RÉVEIL DU CHRONOMAÎTRE (Harry Dickson No. 187 / FASCICULE)

[2009]
Le baal des psychonautes (Harry dickson No. 182 / FASCICULE)
le secret de la pyramide invisible (Harry dickson No. 183 / FASCICULE)
la treizième face du crime (Harry dickson No. 202 / FASCICULE)
crime avec fait étrange (hebna calde no. 1 / fascicule)
le dieu inhabité (Harry dickson No. 185 / FASCICULE)
crime avec singe (hebna calde no. 2 / FASCICULE)

[2010]
le meurtre de poplar hospital (lady lace no. 1 / FASCICULE)
le désert des chercheurs d’ordre (Harry dickson No. 186 / FASCICULE)
Jeanne d’arc contre le maître des vampires (jeanne d’arc no. 1 / FASCICULE)
jeanne d’arc au pôle nord (jeanne d’arc no. 2 / FASCICULE)
le fil à couper le cœur (Harry dickson No. 188 / FASCICULE)

[2011]
la mort aux tentacules de poussière (le psychagog no. 1 / FASCICULE)
souvenirs à propos de harry dickson par un affabulateur venu de mars (PRÉFACE)
musée-homme (NOUVELLE)
chimère (NOUVELLE)
l’isoloir (NOUVELLE)

[2012]
le cimetière des hommes morts (harry dickson No. 189 / FASCICULE)
ravageuse ! (cover to cover no. 1 / FASCICULE)
oops !… they did it again (NOUVELLE)
l’homme au cœur double (NOUVELLE)
the man with the double earth (NOUVELLE / TRADUCTION de la précédente)

[2013]
les revenants de l’île de pâques (NOUVELLE)
necroporno (ROMAN)
on se revoit à la saint-truphème (NOUVELLE)
SEPT POUR UN MILLION (NOUVELLE)
Amour, siamois et sorcellerie (NOUVELLE)
JE ME DÉCIDAI POUR UNE HISTOIRE COURTE (NOUVELLE)
les onze mille gorges de l’océan (NOUVELLE)
l’île du docteur corman (FASCICULE)

[2014]
les porteurs de deuil (Harry dickson No. 190 / FASCICULE)
la machine à explorer baker street (NOUVELLE)
chienne (NOUVELLE)

[2015]
les marionnettes de la mort (NOUVELLE)
hors des eaux (NOUVELLE)
killing joe d’amato (NOUVELLE)
le bruit des os (NOUVELLE)

[2016]
harry dickson s’amuse (NOUVELLE)
harry dickson 1 (RECUEIL)
VERs MARS à bicyclette (PRÉFACE THÉÂTRALE)
HARRY DICKSON 2 (RECUEIL)
l’homme qui traversa la terre (ROMAN)

[2017]
L’eau-delà (NOUVELLE)

[2018]
Femmes d’argile et d’osier (roman)
un couteau inconsolable (Harry dickson No. 191 / fascicule)
Firmin le lapin (nouvelle)

[2019]
Un spectre hante les Imaginales (Humeur)
Un épisode de la chasse au P. (NOUVELLE)
Parutions : liste chronologique

2020 / chapitre 26

2020 CHAPITRE 26

On commençait par décrire en détail le théâtre de l’action, comme qui planterait d’abord un décor pour allumer ensuite les projecteurs, dans l’attente de l’entrée des personnages. Ou alors, ceux qui voulaient capter l’intérêt du lecteur, dès le début, commençaient leur premier chapitre par une scène très remuante et intéressante, emmenée dans un rythme endiablé et suivie en général d’une longue exposition de ce qui avait précédé. Les arbres généalogiques, les références aux origines du héros étaient donnés dans les chapitres suivants, qui devenaient terribles pour peu que l’auteur ait une plume trop vive. On se servait également d’actions parallèles, en demandant l’autorisation au lecteur d’abandonner Louise à ses gémissements, pour revenir à Gérard qui s’entretient avec son avocat, pour enfin décrire l’agonie du grand-père. Quant au dialogue, il était plutôt de style réaliste, mais sans vulgarité, entrecoupé de pauses pour allumer une cigarette, pour ouvrir la fenêtre, pour froncer les sourcils, ou regarder son interlocuteur droit dans les yeux. (Alejo Carpentier, le renouveau du roman, 1953)

Une fois publiés Retour sur Mars ; Chroniques de Caïman ; Micmacs au Maquis ; Moi, Ogrur le Minuscule ; Le Chevalier Compost, La Guerre contre le Pulp ; la novélisation de Araknia et le spin-off de L’Homme qui Traversa la Terre, puis le texte où Charles Perrault et Philip K. Dick se retrouvent autour de leur jumeau mort, j’écrirai : Robert Darvel, une autobiographie par Frédéric B***.

De l’influence extra-papillaire de la photographie sur l’art culinaire depuis Paulette Buteux.

Quand la porte des toilettes s’entrebâille, poussée par un chat n’ayant aucun sens de l’intimité, et que celui-ci nous regarde avec l’air condescendant et quelque peu moqueur de qui sait se lécher le cul.

Le concept de semi-sequel.

Un jour, je danserai à six pieds de vous.

Écrire, c’est taire.

Même antagonistes, les personnages d’un roman sont nécessairement complices.

2020 / chapitre 26

2020 / chapitre 25

(Pensant à Orlando de Virginia Woolf.) Lorsqu’on quitte le domaine du roman rationnel, quels sont les obligations que l’on traîne tout de même avec soi ?

Prompts à dégainer les inimitiés.

Aujourd’hui (suit la date), j’ai décidé, après avoir écrit des marinades où le présent réel surnageait à l’état de lambeaux dans un vinaigre d’Imaginaire, de jeter un regard sur le monde de maintenant.

Hier, Bernard Ch*** (l’un des papas de Chastragnette) tout ému nous montre ses adorables lapereaux qu’il a biberonnés avec une poire pour se nettoyer les oreilles, parce qu’il n’avait pas de tétine. Il nous dit : j’aime bien les lapins. Et de temps en temps, j’en mange un.

Le Diable boiteux (Luis Vélez de Guevara) ces messieurs qui, sans argent, demandent la mer à boire et un phénix en croûte. (p. 101) . il fit un trou à la nuit en s’envolant dans les airs, laissant sur place tout oiseau et autre citoyen des régions éthérées, comme on dit dans le jargon des esprits tordus (p. 104). me diras-tu s’il est vrai que les planètes ont des épicycles, quel est le mouvement de chaque ciel, entre l’impulsion initiale et les oscillations en passant par les coups d’estoc, et me diras-tu enfin où se trouvent les signes astraux qui rappellent les signes notariaux, pour qu’on perde toute illusion sur le monde et que l’on cesse de nous vendre des vessies pour de lanternes ? (p. 140). ou bien tu vends les ponts, ou bien tu achètes une rivière. p. 175).

Passée la barrière du temps (Damon Knight). Roman écrit pour montrer à Van Vogt que Knight pouvait aussi écrire n’importe quoi. Peu passionnant. Mention d’une chute vers le centre de la terre qui n’est pas dans Les Terres creuses (p. 141). Et : Elle a pris un poison de vingt jours (p. 207).

2020 / chapitre 25

2020 / chapitre 24

Ai croisé un nombre élevé de manchots dans la rue, qui, respectant avec ardeur le code sanitaire en pandémie, s’étaient arraché un bras à coup d’éternuements.

Cul-de-sac (Douglas Kennedy). J’étais un inconditionnel du temps perdu. (p. 246).

J’aime ne pas savoir ce que je lis, entraîné par une forme adéquate. Je n’aime pas savoir ce que je lis, et dont la forme m’insupporte (c.-à-d. Les Furtifs).

Qu’est-ce que l’entendement, si tant de choses le dépassent ?

Beaucoup, beaucoup de moucherons qui tournent autour des monolithes élus que sont Tolkien, Lovecraft, ou Dick. On déplore Werber et on enterre Darvel.

Récits de vaisseaux doublant un Cap Horn de SF, falaises noires, chaudron de tempêtes et – surtout, lieu d’une anomalie d’attraction où on voit les flots suivre une inclinaison étrange – une pente. (Explication : météorite englouti, ayant son propre champ d‘attraction.)

Valeureux Grand Chef « Sûr-de-gagner-car-personne-en-face » qui s’accroche comme pou sur la molle couille citoyenne.

La Harpe et l’Ombre (Alejo Carpentier). L’époque était calamiteuse. (p. 19). Les gouvernements américains actuels sont des gouvernements convulsifs à cause des changements continus auxquels ils sont soumis. (p. 35). Celui qui connaîtrait, à la nuit tombante, les mystères de la mort, de même qu’il avait connu de son vivant ceux d’un au-delà géographique. (p. 47). Indes nombreuses, foisonnantes, épicènes et spécieuses, indéterminées mais qui pourtant s’avancent vers nous, désireuses de nous tendre la main, de se mettre à l’abri de nos lois (p. 79). il défendait en revanche la docta ignorantia dont je suis un adepte. (p. 103). Par la porte de droite et par la porte de gauche entrèrent les figures étirées du Mystère. (p. 180).

La Danse sacrale (Alejo Carpentier). Dernier gros morceau de l’auteur. De la révolution russe à Fidel Castro, à travers les yeux de deux personnages. quand on est né dans un milieu comme le mien, où personne ne se heurte à a Difficulté, à la Contingence, à ce qui se passe au-delà de son univers personnel ; où l’on tient pour notion fondamentale que toute Idée Étrangère à l’idée de posséder n’est pas une Idée Valable ; où l’on croit que seuls sont réels les événements qui se produisent à notre profit (p. 41). les monstres de Jérôme Bosch, peintre de démons d’autant plus effrayants, à ce qu’affirmait Quevedo, qu’il n’en avait vu aucun. (p. 67). un ordre qui commença à être vicié le jour où une communauté primitive se transforma en un méchant patelin dans lequel les sorciers se constituèrent en corps législatif (p. 121). Et, devant ces survivants d’un régime aboli, s’accrut en moi l’impression de me trouver dans un monde incroyablement caduc mais où des mains opiniâtres s’accrochaient encore au passé, prêtes à offrir leurs dernières énergies à tous ceux qui parleraient de recouvrer ce qui avait été perdu, de sauvegarder titres et biens, d’immobiliser, d’étayer, de défendre, ici, là, partout où il le faudrait, un présent propice à leurs nostalgies (p. 189). un crime était préférable à une erreur, puisque pour tout crime il y avait un avocat, tandis que celui qui se trompait – le naïf, le rêveur – serait toujours le bouffon des puissants et des forts (p. 300). et si, depuis mon enfance, je ne fais que considérer des faits qui dépassent mon entendement (p. 429). morte sept jours après ses noces – « sans laisser de descendance » (p. 439). en me promettant tous les égorgements, étripements et défenestrations auxquels rêvent tous les bourgeois du monde (p. 516).

En relisant La harpe et l’ombre, je me suis demandé combien de livres m’ont ainsi marqué, par surprise, au hasard d’une bibliothèque, d’une recommandation, d’une curiosité buissonnière ou dans l’œuvre d’un auteur, qui ont affublé mon plaisir de lire d’une multitude d’yeux nouveaux – ou qui m’ont fait éclater de rire. Et, entre autres, me sont revenus :

Adriana Buenos Aires (Macedonio Fernandez) ;

Colas Breugnon (Romain Rolland) ;

Je lègue mon âme au diable (Germán Castro Caycedo) ;

La mort en Arabie (Thorkild Hansen) ;

La nonne-soldat (Catalina de Erauso) ;

Lavengro (Georges Borrow) ;

La victoire à l’ombre des ailes (Stanislas Rodanski) ;

Les arpenteurs du monde (Daniel Kehlmann)

Lettres de Tanger à Allen Ginsberg (William S. Burroughs) ;

Stalky & Co (Rudyard Kipling) ;

Typee (Herman Melville) ;

Un pont sur la Drina (Ivo Andrić) ;

Vagabonds (Knut Hamsun).

2020 / chapitre 24

2020 / chapitre 23

Mystère rue des Saints-Pères (Claude Izner) C’est égal, un homme qui vit avec plus de cinquante centimes par jours est une canaille ! (p. 140).

Mis au ban pour avoir exprimé une exaspération légitime.

En fait, Caïman relate les derniers soubresauts d’une humanité qui se complait à répéter les agissements l’ayant, de tout temps, conduite à sa perte (ils suivent un tyran, cèdent à la cupidité ou à l’appel de l’aventure) – et à sombrer, cette fois-ci, pour de bon.

Révélation finale, coup de théâtre, structure habile, élaboration millimétrée… Rien de tout cela ne saurait égaler le passage d’un récit lorsqu’il laisse toucher, de manière brève, fugitive, la puissance d’invention détachée de toute contrainte, une envolée, une évasion hors de l’histoire.

On ouvre le volet. Les quatre petits chardonnerets s’envolent et rejoignent les géniteurs dans le tamaris. Chastragnette en chope un au vol. On le libère. Il se remet et repart. On consigne les deux chattes à l’intérieur. Épouvantable : on se fait grogner dessus dès qu’on remue un orteil. Une heure après, on libère les fauves. Depuis, Chastragnette est assise dans le nid. N’empêche que, cette année, huit petits (avec les rouges-queues) sont nés à la Grange. Sans compter les rouges-gorges du lilas, les mésanges et les moineaux ailleurs dans le jardin, desquels on n’a pas reçu le faire-part.

Vu Thieves like us (Robert Altman) et Weather man (Gore Verbinski). Entre les deux, un abîme.

2020 / chapitre 23

2020 / chapitre 22

Germes de vie (John Taine) : Il faut reconnaître, à la décharge des administrateurs, qu’ils ne cédèrent pas sans une brève résistance aux cyniques propositions de De Soto. Leurs bénéfices, protestèrent-ils, étaient déjà énormes ; pourquoi les rendre proprement scandaleux ? (p. 97). P. 154, l’idée d’un mutilé de guerre n’ayant que des fils nés manchots. Barnes était un homme entre deux âges, sans aucune imagination. Il s’était fait une grosse réputation scientifique en contredisant sur des points de détail des gens qui lui étaient très supérieurs (p. 197). Penser me fatigue. Autrefois je n’avais jamais besoin de penser : je voyais les conséquences inévitables de n’importe quel ensemble de faits, si compliqués fussent-ils. (p.199). La race humaine, c’est mon organisme qui la représente ; les hommes sont les protozoaires qui grouillent dessus et s’y reproduisent sans dessein. (p. 201). C’est de la métaphysique, mesdames et messieurs, ni plus ni moins. (p. 225). Tout enfant conçu après cet instant fatal redeviendrait un reptile. (p. 250).

Concert baroque (Alejo Carpentier). une troupe mâle et décidée de braves à trois poils (p. 30). — Vous ne me direz pas que vous avez mis en scène un Roland qui traverse toute la France et toute l’Espagne, les couilles à l’air, avant de franchir à la nage la Méditerranée et de monter sur la lune comme qui badine ? (p. 104). — Voilà pourquoi on l’entend (la trompette) retentir si fort dans les jugements de Grande Instance, au moment de régler leur compte aux salopards, et aux fils de pute, dit le nègre. — Pour voir disparaître l’engeance dont tu parles, dit le Noir, j’entends toujours parler de la fin des temps. Pourquoi pas plutôt du commencement ? (p. 114). La lune, vestige rocailleux et poussiéreux annonciateur de vestiges plus grands (p. 117).

La guerre contre le pulp (ouvrage à venir) 1892 : la célèbre médium Hélène Smith supplie le psychologue Theodore Flournoy de venir avec elle sur Mars. Là-haut, des hordes de monstres et d’aventuriers en mauvais papier pulp menacent de détruire sa planète.

Des nids : rouges-queues dans le garage, moineaux sous une tuile, chardonnerets dans la glycine, rouges-gorges dans le vieux lilas – et dans chaque nid, des poils de Chastragnette.

Une célébrité, lors d’une visite à l’atelier où on réalise son tombeau, a la carotide tranchée par un éclat de marbre frappé par le marteau du sculpteur.

Les auteurs sont décapités par les éditeurs qui sont décapités par les diffuseurs qui sont décapités par les centrales d’achat et par les libraires qui sont décapités par les lecteurs.

2020 / chapitre 22

LES FURTIFS, une lecture (la mienne).

(Je reprends ci-dessous mon journal de lecture du bouquin de Damasio dont les retirages vont désertifier nos forêts.)

 

vendredi 20 décembre

Les furtifs chp. 1 : ça commence par un type dans un cube blanc, qui doit capturer quelque chose d’invisible. Ah ! Le coup de l’auteur, de la ramette de papier machine et du récit ? La représentation de l’inspiration à saisir, propre, intime, personnelle et, tout de suite, une mise en garde du possible mimétisme de cette inspiration pour qui désirerait être original ?

Et je commence à vouloir balayer du bout des doigts les signes typographiques fondus pour cette grande occasion, cette limaille typographique qui va permettre d’atteindre ce que les caractères habituels ne sauraient permettre.

Et ces furtifs ont-ils à voir avec Le glamour de Priest, lu juste avant ?

La présence du furtif dans le cube d’examen est un sacré coup de bol. Je tique, suspension de la suspension d’incrédulité, en attendant l’explication à venir (manifestation de la fille de Lorca indiquée comme objet de la quête en 4e de couv ?)

Un furtif est ce qu’on prend le temps de voir. Bim. OK.

Les furtifs chp. 2 : OK, LVMH a racheté Paris, Orange, Orange. Présent pseudo-futurisé à peu de frais. Terrain connu. Narration familière truffée de -ismes. Et si les pinailleries typographiques soulagent l’auteur d’indiquer qui narre à tel ou tel moment, que va-t-il faire du temps ainsi gagné ?

J’opère une traduction simultanée des termes néotrucmuches, ce qui réduit à peu de chose le gloubiboulga de l’auteur – mais produit une sorte de déphasage pas déplaisant, quoique futile. Sous le zinzin, il joue la carte de la lisibilité. On évolue dans le familier, dans le quotidien contemporain, pas dans le spéculatif. Une extrapolation de quelques années.

Entre deux formules, cherchez l’optimale – plus forte quantité d’infos en un minimum de caractères (p. 49) : si j’aboute cette déclaration aux pinailleries typographiques utilisées (par économie, ai-je vanné) pour chaque personnage, l’auteur se veut-il le hacker de son propre texte ?

Lorca : pas d’empreinte thermique / clandestinité / jonction présupposée furtif-résistant…

samedi 21 décembre

Les furtifs chp. 3 : en 2040, on citera toujours Deleuze (là, l’auteur court-circuite la crédibilité du personnage fictif).

La description du café-espace de travail Ikea est trop ressemblante à notre présent, l’effet pseudo-futurisé en devient embarrassant plus que conjectural. C’est un futur où le présent colle trop, comme un chewing-gum sous une semelle de vent.

Certaines choses sont finement dépecées (les degrés de liberté) ; puis l’utilisation du mot friendly, et celui de storytelling arrive, pesants car trop connotés 2019. Bref, je suis à moitié convaincu. L’affaire est fluide, mais ressemble trop à un album de coloriage du présent aux couleurs d’un proche futur, effectué avec application, sans déborder. La typographie/personnage fonctionne (mais ces passages avec des points sur pas mal de lettres me chiffonnent – qu’est-ce que ça signifie ? C’est les pensées au stade brouillon ? Certaines typographies soulignent-elles le mode conditionnel de la pensée du personnage ?).

Encore un anglicisme : fake memory syndrom. Leur emploi est-il du domaine de la raillerie des habitudes actuelles ? Pas sûr.

Les pédophiles ne volent pas dans le ciel en ballon, hop, une idée d’histoire, merci. (Dommage, ça aurait fait décoller le récit, cette déconnade hors de propos.)

Les furtifs chp 4 : suite de la promenade un peu plan-plan dans le néoprésent. L’auteur cède souvent à l’envie de jouer avec le langage (cf. Agüero) ; ceci + les anglicismes + les néologismes + la typo/personnages distrait et accapare l’attention plus que ça n’offre une immersion meilleure.

Quant aux jeunes, ils disaient juste qu’il avait tué le game (p. 93) : les jeunes de 2040 parlent comme les jeunes d’aujourd’hui.

Emploi du présent. Phrases courtes. Répétitions. Langage parlé. Argl, j’y suis : s’il y a un furtif clandestin là-dedans, j’ai bien peur que ce soit David Foenkinos. Est-ce une parodie cérébralisée ?

Lorca le chasseur de furtifs va-t-il courir le danger à un moment d’avoir sa fille disparue au bout de son arme ? Splitsheet typo, OK pour les personnages. Mais le reste, la profusion d’accents, les l barrés comme des t, etc. : Damasio s’est-il laissé enivrer par les effluves montant de son clavier ?

Joli portrait de Nèr qui veut tout architecturer. On pourrait dire que c’est réussi, et on pourrait regretter que ce soit chichiteux.

dimanche 22 décembre

Les furtifs chp 5 : ça continue, Stay focus ! Map refresh ! Sniped ! Barbant. Et comme appât narratif, le truc Interstellar : rapport/quête père/fille. 700 pages. Ouch.

Traque de l’équipe dans une re-construction en pâte de résine à tartiner d’un espace ludique pour bobos, avec souvenir de la fillette pour arc dramatique. Leur progression obéit à un ésotérisme technologique un peu roboratif. Périlleux de s’en remettre à l’indulgence du lecteur.

Point positif : la singularisation typo des points de vue par personnages fonctionne plutôt bien. Pour le reste, l’autre limaille typo, toujours pas pressenti le propos ni la nécessité.

Les furtifs chp 6 : le phrasé haché, c’est un procédé narratif qui t’enchaîne à l’histoire. Celui-ci est un chouïa encombrant plus qu’entraînant. Il ne paraît pas avoir d’autre nécessité que cosmétique, superficielle, un packaging.

Échange/bilan immersif entre le général et les traqueurs, passage plutôt réussi.

L’univers créé donne le sentiment de se plier/déplier en fonction des besoins des discours antagonistes tenus par les personnages (le laïus sur l’historique et l’avenir incertain du service traque). De manière théorique plus qu’effective.

Vincelles est un cérébral, un neuronal (p. 143) ; l’auteur aussi, qui, pour humaniser l’affaire, a recours à la ficelle famille ? (Quoi d’autre ?) [Saskia] parle très bien, avec un débit fluide et modulé, sans avoir de difficulté à trouver les mots justes (p. 148) : voilà, Alain, fais-en autant ! Et puis, patatras, page suivante, toujours Alain qui parasite le verbe de Saskia en plaçant dans sa bouche (elle qui s’exprime très clairement sans avoir recours au jeu), l’expression un tantinet lourde : arme de distraction massive, irrépressible envie chez l’auteur de jouer avec le blabla, les mots-valises, inoculée aux personnages, ce qui leur ôte une substance propre. Et pourtant, plus loin, il y a un tremblé dans la ritournelle.

Le temps d’un trajet en Air-Train, on entrevoit les jachères publiques des villes abandonnées par le privé, mais pas encore acquises à ses habitants. Conforteresses.

lundi 23 décembre

Dans la nouvelle Les Hauts® Parleurs® (qui me fait furieusement songer à Siné avec les jeux de mots sur les chats), Damasio® use, à propos d’un personnage, de la mise en garde suivante : autre chose surtout que l’exposé didactique de nos valeurs – c’est pourtant exactement ça, cet auteur : un exposant didactique. C’est très expliqué, très démontré. L’altermonde, terrain de jeu, existe – dieu soit loué ! – grâce au capitalisme, lui-même mis en place grâce à une absence de contre-pouvoir et une inertie nécessaires à l’enjeu narratif.

Néanmoins, indéniable talent, la vente aux enchères des mots avec le sémantiquaire est une belle trouvaille. Pour autant, il n’y a aucune étrangeté. Mais – défaut d’incrédulité – ce qui s’écroule et retourne au néant sous la charge militante ne me convainc pas que ça ait jamais pu vraiment exister. De mémoire (et en rapport avec le thème du langage), la nouvelle de Lisa Tuttle Le remède est beaucoup plus forte, beaucoup plus subtile mais elle ne parle pas du présent).

mardi 24 décembre

Les furtifs chp 7 : au rayon rigolo, les new-âgeux qui tournaient à deux massages par jour et trouvaient que l’encens, ça sent bon ; TongTown.

Quand un personnage se met à danser, Damasio dit tout de suite : ce qu’il fait n’a pas de nom, ou tous les noms (l’appétit de mots de Damasio passe avant la description visuelle de ces danses, il soupire d’aise avant l’énumération).

La description des Alters est essentiellement parodique (les Balinais joueurs de gamelan, les hors-bords solaires, etc.) ; ce qui induit que le néo-libéralisme vu précédemment l’est aussi… Et s’écroule l’enjeu dramatique. Surtout qu’on apprend que Tishka, la fille de Lorca, a été sans doute enlevée par une déité balinaise. OK. Sans doute une fausse piste.

Les furtifs: la transformation du monde en caractères accentués. Un bouquin qui tient debout le temps d’existence du lectorat visé. Et Damasio se forge un style non pas en saillies fines, en fulgurances propres, mais avec un enduit typographique tape-à-l’œil. Rien d’antipathique au demeurant – du Foenkinos branchouille sans arc réflexif véritablement pertinent, qui se déroule confortablement pour le lecteur. Aïe. Tout cela n’est que mon impression au gré de la lecture, pas une coupe réglée acrimonieuse de l’affaire.

J’étais disposé à découvrir plus charnu, plus sévère, pas un livre-témoin, au sens d’un appartement-témoin décoré au goût de tous les futurs propriétaires pressentis.

Certaines descriptions musicales me font songer aux imbitableries de Bayon ou d’Yves Adrien dans Rock & Folk des années 80 (p. 181). Qui se souvient de Novövision ? Ha ha. Le futur de Damasio trahit sa cérébralité seule par l’absence de véritables détails triviaux. (Faut dire que je lis un Lansdale en parallèle, Les marécages, qui nous restitue les années 30 au Texas.)

Joli portrait de Tishka en buisson à croissance folle (p. 189).

Page 194 on retrouve le pendant du cube techno du début – mais balinais et en bois.

OK. Illusion du temps cyclique, horloges rondes versus instant qui passe et qui ne reviendra jamais (p. 197).

Jargon pourri (p. 199).

mercredi 25 décembre

Les furtifs chp 8 : gyronimo, Ça craint du boudin, Ils ont des guns… OK, je sais ce que je lis. Une pochade dont le développement subversif ne dépassera pas un certain degré. Vont retrouver la gamine, vont filer du côté des furtifs.

Encore 400 pages. Je continue ou pas ?

Tiens, voilà Banski (p. 219).

Aujourd’hui, essayez de squatter un toit d’immeuble : la flicaille déloge en un rien de temps ; là, en 2040, alors que l’outil néolibéral-privé a atteint un summum d’efficacité, les Alters arrivent sans problème à vivre sur les toits. Palettes, terre, eau, anneaux solaires, éoliennes, déplacements aériens, passerelles, harpons…

Occupation interstitielle réprimée avec une lenteur due au manque de moyens d’Orange (qui a racheté et privatisé Orange…) Tout ça pourrait donner de belles pages, mais toujours ce ton explicatif qui assèche la réalité des choses. Dommage.

OK, Lorca se souvient – refoulement abyssal – d’un coup du graffiti sur le mur de la chambre de sa fille (on n’y avait pas accordé d’importance, eux qui avaient relevé les empreintes sur les poignées…).

Je cesse trop souvent de croire à l’histoire.

Les furtifs chp 9 : je serai tout de même allé jusqu’à la page 239. Désolé Alain, je ne suis sans doute pas le lecteur désiré. Malgré l’inventivité de la démonstration, la quête de la gamine me paraît un machin trop fluet pour aiguiser ma patience face au style narratif choisi. Je n’entends pas les personnages ; c’est toi qui parles, uniformément, à travers les cinq bouches énumératives choisies. Et je redoute ceci : que la gamine, une fois revenue, se révèle être ta sixième bouche. Ton livre, je ne l’ai pas acheté ; je l’ai emprunté à la bibliothèque. Il y sera pour d’autres lecteurs mieux disposés que moi. Je retourne à Joe R. Lansdale et ses marécages.

(Et ensuite, même exercice pour le remarquable Rouge impératrice de Léonora Miano. Et là, boum Damasio.)

LES FURTIFS, une lecture (la mienne).

2020 / chapitre 21

Trouvez-moi un barbier, un seul, qui ait jamais égorgé un client !

Le siècle des lumières (Alejo Carpentier) La religieuse parlait doucement des leures du monde et des joies du cloître (p. 36). Sofia, observant la multitude de ces créatures éphémères, était stupéfaite par la perpétuelle destruction des choses crées, qui équivalait à un luxe perpétuel de la création : luxe, que de multiplier pour supprimer à une plus grande échelle ; luxe, que de tant engendrer dans les matrices les plus élémentaires aussi bien que sur les tours des hommes-dieux, pour remettre ensuite les fruits à un monde en état de perpétuel dévorement. (p. 111). Hymne au salpêtre (p. 154). car ce n’est guère autre chose que de la mauvaise rhétorique (p. 155). particulièrement durs dans la manière de traiter leurs esclaves, toujours qualifiés de paresseux, d’idiots, de voleurs, de marrons en puissance, de propres à rien, par ceux qui les faisaient travailler de l’aube au crépuscule. (p209). Le monstre ouvrait ses petits yeux de pachyderme et voyant que voguait près de lui une méchante pirogue sardinière, plongeait à nouveau, angoissé et craintif, vers la solitude de ses abîmes pour attendre q’un siècle encore s’écoulât avant de retourner dans un monde semé d’embûches. (p. 241). le mahométan Mackandal, manchot à qui l’on attribuait des pouvoirs lycanthropiques (p. 311). On assistait à cette époque à une multiplication, à une prolifération universelle de paperasses, couvertes de cachets, de seings et de contreseings, dont les libellés épuisaient les synonymes de « permission », « sauf-conduit », « passeport », et de tous ces mots qui pouvaient exprimer l’autorisation de se déplacer d’un pays à un autre, d’une contrée à une autre, parfois d’une ville à une autre […] qui s’appliquaient à restreindre […] la liberté de l’homme, en tout ce qui concernait sa primordiale et féconde possibilité de se déplacer sur la surface de la planète que le sort lui avait donné en partage. […] Esteban était exaspéré […] de penser que l’être humain devait faire dépendre d’une paperasse sa souveraine liberté de déplacement. « Décidément, se disait-il, je ne suis pas né pour être ce qu’on entend aujourd’hui par bon citoyen… » (p. 316). On eût dit que la civilisation avait enlevé à l’homme tout courage devant la mort, malgré les arguments qu’elle avait forgés à travers les siècles pour se l’expliquer en toute lucidité et l’admettre avec calme. (p. 371).

Cinq romans de Carpentier lus, rencontré trois occurrences du mot mélismatique et cette image croisée deux fois : le cri mélismatique d’un géant noir qui porte un panier de calmars sur la tête, (Le partage des eaux, p. 59) ; Le géant qui […] offrait un énorme calmar à bout de bras, se transfigurait en Persée de Cellini. (Le siècle des lumières, p. 123).

L’Imaginaire : on s’affranchit, par nécessité, de la réalité. Le pulp : on s’affranchit d’une certaine logique, d’une certaine parcimonie, par nécessité pulp. Le conte : on s’affranchit de la nécessité.

Imaginaire connu, balisé, où on pénètre comme chez soi.

Germes de vie (Eric Temple Bell, sous le pseudo de John Taine) : Des ampoules de vingt millions de volts créent la vie et inversent l’évolution. En roue libre, avec cette narration elliptique comme un carnet de rendez-vous, foutraque et sublime, car absolument au premier degré. Impensable, le sort du personnage féminin.

L’Homme n’éprouve que des hypothèses raisonnables.

Se faire éditer, c’est lier sa destinée à un surgeon égotiste et hasardeux d’une industrie dont l’auteur finit d’une certaine manière par être un parasite besogneux voué, s’il désire encore écrire, au pseudonyme, à l’exploitation et au silence.

Un weird Cayenne.

(Paf, raccroché au nez de Léa.) Bonjou’, ié suiiiis Lea de Mini’tère Éco’ogie, ié vous gnappelle pou’…

Les ténèbres et l’aurore (George Allan England) : Un ingénieur-conseil et une sténo-dactylo se réveillent dans Manhattan après un sommeil de huit siècles. — Mais nous sommes des êtres humains ! — Je sais. Certaines forces naturelles inconnues, cependant, ont pu nous traiter tout simplement comme des organismes primaires, non mammifères et non organisés. (p. 23). — De la lumière ? Mais comment est-ce possible ? Il ne doit pas rester une seule allumette dans le monde entier ! (p. 35). — Des outils ! cria-t-il en regardant autour de lui dans la pénombre. Des outils, il me faut des outils. Tant que je n’en aurai pas trouvé, je serai impuissant.(p. 45). — Le même vieux monde, après tout, le même malgré tout, Dieu soit loué ! murmura-t-il comme une prière d’action de grâces. (p. 48). Quelques-uns ont pu échapper à la grande mort, à de hautes altitudes, sur la tour Eiffel, par exemple (p. 73).

2020 / chapitre 21

2020 / chapitre 20

Chasse à l’homme (Alejo Carpentier). des cages à travers les grillages desquelles des dindes passaient leurs têtes de tulipe empoussiérée ( p. 109). Une phosphorescence pénétrait, soudain, dans la grande piscine, telle une flottante coulée verte, éclairant un fond rongé, carié d’alvéoles, où les murènes à l’affût montraient leur tête entre les glands de mer à dos de chenille. (p. 181).

A Boas Manieras (Marco Dutra, Juliana Rojas) : heureuse surprise. Esthétique de soap transcendée, indéfinissable progression de thèmes inattendus, moment de grâce lorsque deux actrices chantent. Une excellente surprise.

The Act (série avec Patricia Arquette en mémère) : crispant et grotesque. On y croise tout de même brièvement et avec plaisir Chloë Sevigny, Lea Sheehorn et Juliette Lewis.

cette civilisation qu’il croyait encore vivante et agissante […] était déjà morte […] car l’homme n’a pas la faculté magique de percevoir le futur qui l’entoure déjà. Il vit dans un passé immédiat… (Alejo Carpentier, dans un article sur le déclin de l’Europe, en 1941)

J’ai dit au voisin (40 ans) qu’on faisait de la soupe avec les fanes des radis, il m’a dit qu’on était des survivalistes.

Pas un genre de prédilection, mais ceci : quand dans un récit la réalité est débordée ou redéfinie. Et dès lors qu’on s’affranchit de la réalité, nul besoin de codification, de règle. Or, la fantasy…

Rendez-vous avec un tigre (Fredric Brown) : Les enfants sont des assassins. À chaque « Pan ! », un Peau-Rouge, un gendarme, un voleur, un soldat ennemi ou un Martien mordent la poussière. Dans nos nurseries, les tueries collectives pourraient dépeupler la planète en une seule journée et l’univers en moins d’une semaine. (p. 145).

2020 / chapitre 20

2020 / chapitre 19

Publicité vue : couverture d’un roman de fantasy (peinture digitale ocre avec personnage de dos) et trois flèches pointées sur le livre qui indiquent à gauche, en haut : action, et en bas : aventure, et en bas à droite : écriture maîtrisée. À l’apprenti-écrivain visant à être édité, il ne reste qu’à suivre ce simple tuto.

La junte sanitaire (Patrice Pelloux).

Avenir radieux : La déforestation de l’Amazonie s’avère nécessaire afin de répondre à la demande de cercueils pour les morts de la pandémie.

Je ne laisserai pas une trace indélébile dans le grand slip de l’écriture qu’est le monde de l’édition.

Caïman : il doit y avoir des descriptions précises, et puis la manifestation indécise de l’esprit à leur propos.

Je suis assis dans un fauteuil, à l’ombre du tamaris. Je lis mon troisième Alejo Carpentier en quelques jours. Catherine fourgonne, redresse une branche, coupe les têtes fanées des lilas, tond et cisaille. Troupitte dort dans une caisse de bois posée sous le laurier-palme. Chastragnette traverse la pelouse en bondissant après un lézard vu sur le mur, après un autre lézard vu sur l’autre mur, après un gros moustique. Des chardonnerets font un nid dans la glycine. Un couple de rouges-queues entre en sort du garage par une ouverture dans les silex. Les poissons déposent comme des baisers à la surface de la mare. Les deux poules du voisins échangent des potins. Cinquante et quelque-t-ième jour de confinement. Je laisserais s’écouler un siècle – si seulement Alejo Carpentier avait écrit plus de romans.

Le partage des eaux (Alejo Carpentier). Je relis une édition que je trimballe depuis 91. J’ai pour habitude de corner le coin d’une page où quelque chose a retenu mon attention, sans noter le passage avec précision, pas même d’un coup d’ongle. Certaines choses sont évidentes (Puis on entend le chalumeau d’un rémouleur, s’accordant étrangement avec le cri mélismatique d’un géant noir qui porte un panier de calmars sur la tête, p. 59) ; d’autres ne me disent rien, que je ne retrouve pas. J’en conclus qu’on ne relit pas vraiment, que le relecteur est quelqu’un d’autre, un soi oublieux de soi. les hommes amphibies qui allaient dormir au fond des lacs (p. 194). Voici les plantes qui ont fui l’homme au début, me dit le moine. Les plantes rebelles, qui ont refusé de lui servir de nourriture, qui traversèrent des fleuves, gravirent des cordillères, sautèrent par-dessus les déserts, pendant des millénaires, pour se cacher ici, dans les dernières vallées de la Préhistoire. (p. 275) : Ryhope de Robert Holdstock sans Mythagos, ou verdure de Ward Moore sans le recours à la mutation. Les plantes, seules : une idée de roman vertigineux. Ce qui me fait songer (sans doute à tort) que la fantasy, la sf, le fantastique, sont essentiellement des dispositifs qui, lorsqu’ils sont sans âme, n’ont pas plus de qualités que n’importe quel autre mauvais récit hors ces genres. là où le divorce devenait long et difficile en vertu de lois hispaniques qui incluaient des rogations et Tribunal de la Rote (p. 323).

Collection LES EXPLOITS DE MACRON (ou de MACISTECRON)

DERNIER NUMÉRO PARU :

SUR LE RING DE L’ÉLYSÉE, MACRON, VÊTU DE CHIFFONS, AFFRONTE LA CULTURE ET SES TROUPEAUX DE ROBINSONS AVIDES DE FROMAGE SUBVENTIONNÉ.

NUMÉROS ANCIENS (toujours disponibles) :

MACRON, MASQUÉ, SE MESURE À TROIS CANCRES D’UNE ÉCOLE DES CONFINS, DÉCONFINÉS POUR L’OCCASION ET PAR CE FAIT RENDUS QUASI-SAUVAGES.

EN SEYANTE BLOUSE DE MANUTENTIONNAIRE, MACRON COMBAT À MAINS NUES UN COUPLE DE SUPER-U – LUI, BOUCHER, ELLE, CAISSIÈRE.

SON LARGE FRONT CEINT D’UNE CHARLOTTE, MACRON RÉDUIT EN PULPE DES TOMATES BRETONNES POUSSÉES HORS-SOL PAR MESURE DE DISTANCIATION POTAGÈRE.

La virtuosité (d’Eric Vuillard) procure une sidération convenue.

N’importe quel hasard est préférable à l’ordre méprisable qu’on veut nous imposer : un ordre soutenu par la lâcheté collective, par la prédominance des médiocres, par des habitudes dictatoriales, par des raisonnements qui n’ont rien de commun avec notre esprit. (Alejo Carpentier, dans un article de mai 1931.)

A rainy day in New York (Woody Allen) : plaisant. Elle Fanning fait très bien la gourde provinciale avec un verre dans le nez. On y croise Rebecca Hall. Et Thimotée Chalamet est plus vivace que dans The King (avant de se retrouver lent, renfrogné et jouant comme une excroissance poussée hors du corps de Ryan Gosling dans le Dune de Villeneuve).

Et voici qu’une petite tache sur une page, ronde comme un point, me fait lire inoi au lieu de moi.

Non pas existence de l’âme, mais désir d’âme.

Un événement mondial a estompé l’actualité de ma personne.

2020 / chapitre 19

2020 / chapitre 18

Une allégorie possible des époques de l’Humanité pourrait être signifiée par un cimetière d’astronefs, chacun différent du précédent, sur lequel on avait embarqué, animés par un espoir commun, et qu’on avait abandonné au sol et déserté pour le suivant – et le cosmos attend toujours.

Et à l’hôtel du nord, ce chili con carne avec Marcel.

La ridicule ubiquité du président de la république aux murs des mairies – qui n’est en réalité nulle part.

L’imaginaire jubile plus en une page de Carpentier que dans deux tomes de (x) . Au chapitre 18 du Recours de la méthode , alors que le lecteur craint que l’invention baisse, après 300 pages, époustouflante profusion de mandragores dans un hangar à bateaux.

Ces charlatans nous vendent hier en lieu et place d’un demain révolu.

Un large pan de la production culturelle vit de la destruction de la culture.

Caïman : si je laisse entendre que ce sera la relation d’un voyage en radeau encapsulant un conte de sword & sorcery quantique, on va s’extasier : le public aime les étiquetages, et plus encore les étiquetages incongrus. Mais, pauvre lecteur ! ce n’est pas ça. Pas que ça. C’est inétiquetable.

Je préfère la littérature inétiquetable au commerce équitable.

On ne peut tenir compte des considérations humanitaires que si elles n’affectent pas les buts de la guerre elle-même. Helmuth Johannes Ludwig von Moltke (cité par Alejo Carpentier dans Le recours de la méthode).

L’Allemagne, touchée par un taux d’infection de 1% (et un taux de létalité à 3,8 %), est au seuil limite de sa capacité d’accueil en réa. On élude les 99% (et les 96,2 %), suspendus au-dessus de nos architectures sociales. Malgré nos fictions diverses portées en masques respiratoires, il faut envisager que nous soyons tous morts dans six mois. La civilisation est comme une mince couche de glace sur un océan profond de chaos et d’obscurité (Werner Herzog).

Lu dans une gazette à propos du discours du premier ministre : L’hémicycle est aux trois-quarts vide pour cause de distanciation sociale.

Je suis un homme énerveilleux, me dit Catherine.

Impression que les metteurs en scène actuels de séries ou de films agissent aussi lourdement que les graphistes, qui doivent marquer la page ou l’écran pour justifier de leur existence. Rien qui apporte à l’histoire sinon des chichis encombrants, inutiles et sans âme ni réelle connexion avec l’âme de l’histoire.

— Toi dans le corps de Brad Pitt, me dit Catherine. — Et lui dans le mien ?

Degré de résistance aux injonctions de norme sociale extrêmement élevé.

Epées et mort (Fritz Leiber) : ce qui sauve le truc, c’est la manière dont les choses surviennent dans le récit, sans prévenir. A la fois des poncifs (la cabane aux cinq pattes et visage d’ombre dans les marais, le serpent dans la crevasse, etc.) et des apparitions sans calcul, juste le plaisir de l’effet de surprise.

Une attestation de sortie gagnée pour dix jours de travail.

Combien de suicides par Covid-19 ? Et combien de meurtres ?

Bientôt, la mort reprendra son cours normal.

Le Royaume de ce monde (Alejo Carpentier). Une fois, la Maman Loi se tut d’étrange façon au plus beau de son récit. (p. 26). Puisque la forme humaine engendrait tant de malheurs, mieux valait s’en défaire un temps, et suivre les événements de la Plaine sous un aspect moins criard. Une fois cette décision prise, Ti-Noël fut surpris de la facilité avec laquelle on se transformait en animal (p. 176).

2020 / chapitre 18