2020 / chapitre 47

Pas un homme ne revient pour se plaindre de la mort. Les sachant si prompts à gueuler, on peut y voir la preuve que c’est pas si terrible que ça.

Le fantôme du chimpanzé (Fredric Brown) Est-ce que ce n’était pas voyager un peu léger, de prendre seulement une petite mallette pour un voyage de quinze jours ? — Les vêtements de nains ne sont pas grands, Rita. (p. 227). Tu as déjà entendu un grand violoniste, Rita ? Et pensé à ce qu’il faisait ? Racler des poils de queue de cheval sur des boyaux de mouton desséchés. (p. 259).

Loi dite de sécurité globale : disposition législative permettant de substituer à l’image des forces de l’ordre celles des organes génitaux floutés d’actrices et d’acteurs pornos japonais.

Ôtons le droit de vote aux citoyens sous respirateur.

2020 / chapitre 47

2020 / chapitre 46

Joseph Altairac est mort lundi soir chez lui. Je pense à Notre-dame des ténèbres de Fritz Leiber. S’il est possible de glisser une image merveilleuse avant celle des pompiers défonçant la porte de son appartement, j’imagine les livres prenant la place de l’autre personne dans le lit à côté de lui, je vois cette silhouette de papier à découpe humaine se redresser un peu sur son flanc et l’accueillir dans ses bras. Joseph, ça a tout d’abord été un nom sur le forum BDFI. Et puis, invité par Jean-Luc Rivera à Sèvres la première fois – moi qui ne connaissais absolument personne et avais publié juste une poignée de fascicules – je le croise et le salue. Les étiquettes de cheptel de salon qui nous singularisent parlent pour nous. Par la suite et pour plus de dix ans, il a été pour moi l’assurance d’un écho sensible à tout ce qui anime le milieu restreint des Savanturiers, loin des mesquineries égotiques et des ignorances intransigeantes. Lui et Guy Costes ont finalement été l’impulsion, l’armature et la raison d’être de L’Homme qui Traversa la Terre, roman issu de ma lecture page après page et sur une décennie de leurs vertigineuses Terres Creuses. Joseph a affirmé qu’avec cette histoire, j’avais réussi quelque chose. Je n’en demandais pas plus. Moi qui suis enclin à oublier, j’étais amusé non tant par son érudition que par la mémoire qui la permettait, par l’inlassable curiosité qui la nourrissait, par la patience infinie qu’elle suggérait. Mémoire, curiosité, patience : les trois faces d’une belle humanité. Et sa gentillesse en socle, qui rendait ridicule toute idée de conflit. Mieux : il incitait à ce qu’on parle avec intelligence, il était le sourcier de subtilités trop souvent laissées à l’état velléitaire – pour mon cas du moins – et, par son médium, enfin proférées avec simplicité et parfaitement entendues. Lorsqu’il parlait, il fermait les yeux. Il les a fermés pour toujours ; sans doute rêve-t-il du songe d’un érudit éthérique désengagé, arpentant les rayonnages d’une documentation infinie, nous saluant pour longtemps encore entre l’encre et le papier de nos drôles de lectures.

Le deuxième partie de mes récits s’emploie à détruire la diégèse élaborée dans la première.

Lorsqu’un gouvernement prend une décision, on a le sentiment de devoir vivre sous sa férule pendant mille ans.

126 recettes pour faire des liqueurs (C. Fadol, imprimé en 1932.) C’est pourquoi nous décrivons d’après les excellentes « Recettes de la Campagne » de MM. Chaplet et Rousset un autre modèle d’alambic, facile à construire soi-même, d’une étonnante simplicité, et tout plein mignon. (p. 33).

The Watch-Towers (J. G. Ballard – The complete short-stories) The confined dimensions of the dusty sitting-room seemed to suffocate reason. (p. 375).

2020 / chapitre 46

2020 / chapitre 45

Plus de rayon casseroles, des élus en mode panique.

Les naufragés de la discorde (Jock Serong) Belle description d’un personnage féminin qui se promène seule dans le bush et évoque la manière dont eux (les indigènes) vivent sans contraintes, ne serait-ce que pour pisser. Ils brûlent des planches cassées, pour la seule raison que les flammes d’un feu prêtent un sens au monde. (p. 82).

La nuit a dévoré le monde ( Pit Agarmen / Martin Page) Lorsqu’il descend des zombies d’un tir dans la tête, le narrateur-écrivain songe que parmi eux il y a sans doute ses lecteurs. Comme fin à la place de la sienne, alors qu’il sort dans la rue déserte, je l’aurais tué d’une balle dans la tête – la méprise d’un survivant. Je n’ai pas des stocks illimités de papier toilette et cela s’annonce comme un de mes pires problèmes. (p. 94). Les zombies se sont emparés du monde sans stratégie autre que la satisfaction de leurs instincts. (p. 214).

Le concept de quotidien.

Futur : Le jour où les Kevin seront en voix de disparition.

Nouvelle : un homme se réveille un matin avec de la rouille sur la bite.

Vu deux films bons et inattendus : Cargo, relecture sf minimaliste du mythe indien de la résurrection, par une femme, Arati Kadav ; Shine your eyes, film brésilien de Matias Mariani, une drôle d’histoire dans São Paulo, avec une ritournelle entêtante jouée et chantée par les deux acteurs nigérians.

2020 / chapitre 45

2020 / chapitre 44

L’expression de leur visage me paraît abstraite, dit Drouille.

Nuits appalaches (Chris Offutt) Depuis leurs débuts, la patience avait été la qualité première d’Angela, et les affaires de Beanpole la mettaient à rude épreuve. Il ne lui arrivait pas moins de penser que sa patience pouvait engloutir un home aussi sûrement que des sables mouvants. (p. 118). Elle, elle est capable de compter deux fois ses nichons et de ne pas trouver le même résultat. p. 129).

Catherine entre dans le magasin de lingerie féminine. J’attends dehors, panier des courses posé sur la première marche. Un homme s’arrête à côté de moi. Il me demande poliment de me pousser. Je m’écarte, il fixe le mannequin en culotte de dentelle. Longuement. Souffle court. Long manteau. Très longue station. Il part enfin. Sans se tripoter, c’est un gars du coin, il sait qu’à l’angle de la rue, il y a la charcuterie

.À Villeneuve sur Yonne, il y a ne grande maison appelée aux sept têtes, car il y a sept bas-reliefs de visages sur la façade. Lorsqu’on est à l’intérieur et qu’on applique son propre visage à l’intérieur d’un des bas-reliefs, que voit-on, sept fois différemment ?

Le passé est un endroit intime.

Chroniques de Caïman se nomme maintenant Chroniques de la squame et je m’emploie à faire trembler le récit sur ses bases en dosant les incertitudes quant à sa réalité, ce qui est très amusant.

2020 / chapitre 44

2020 / chapitre 43

Ils agissent vilainement – ou n’agissent pas –, encore et toujours dissimulés derrière nos commentaires incessants.

Pour être entendue comme genre adulte, la SF doit se montrer aussi dense, ardue et cohérente que la réalité (et produit un texte souvent roboratif et vain, comme la réalité) ; et lorsqu’elle est une littérature de divertissement pur, elle lasse. Elle ne m’est agréable que lorsqu’un véritable écrivain se la coltine et la fait décoller.

Catherine et moi sommes mariés sous le régime de Ta gueule c’est moi qu’ai raison.

Station Eleven (Emily St. John Mandel) Un post-apo écrit par une femme qui jusqu’ici a fait dans le polar. Sur la fiche Noosfere de l’ouvrage, il y a cette remarque étrange : « Édité en Rivage Noir, le quatrième roman de Emily St-John Mandel aurait pu passer inaperçu du milieu SF s’il n’avait pas reçu le prix Arthur C. Clarke en 2015. » August déclarait que, sur une infinité d’univers parallèles, il en existait un où il n’y avait pas eu de pandémie […] ou alors un autre où il y avait eu une pandémie, mais avec un virus ayant une structure génétique subtilement différente, une minuscule variante qui le rendait moins destructeur – en tout cas, un univers où la civilisation n’avait pas pris fin de manière aussi radicale. (p. 283).

Le message des films d’horreur / meurtre / zombies est que tout pourrait être pire.

Vu Breathe d’Andy Serkis, pour Claire Foy, où Andrew Garfield joue un type maintenu sous respirateur pendant plus de vingt ans.

Idée de Buddy movie horrifique mettant en scène un couple formé de deux personnalités dissemblables : Abdoullakh Anzonov (le tchéchène de 18 ans qui a tué l’enseignant) et Jean Arnaud (fils de Bernard, directeur de la stratégie et du digital de Tag Heuer à 23 ans) dans une histoire mêlant leur combat contre l’épouvantable laïcité et les stériles pouvoirs publics qui menacent leur vision de la société.

Le cher disparu (Fredric Brown) — Bâtards d’érudits ! tonna Starlock avec un petit sourire. (p. 79). Je me toujours dit que les flics officiels qui suivent la règle de sobriété dans l’exercice de leur fonction partent avec un sérieux handicap. (p. 140). Je me foutrai bien que ce soit la fille de Jack l’Éventreur, tant qu’elle ne marche pas sur les traces de son père. (p. 185). Je retournai cogiter devant ma machine à écrire (p. 222).

Idée de nouvelle à partir de l’ancienne photographie aérienne de Dixmont prise en 1956/58 : Le narrateur regarde le ciel pour déterminer l’endroit où se tenait l’avion lorsque le photographe a appuyé sur le déclencheur – et il voit l’appareil. Ce qui lui rappelle Le rêveur illimité de Ballard, qu’il vient de lire.

Qu’a-t-on réellement vaincu depuis l’aube de l’humanité ? Réfléchissez bien.

Accorder le statut de génie à quelqu’un, c’est signifier la limitation de son propre esprit.

Vu Capharnaüm (Nadine Labaki) Bidonvilles, Beyrouth, le Liban, ouch.

2020 / chapitre 43

2020 / chapitre 41

La mort dure le temps de nos nuits de vivants mises bout à bout, ni plus ni moins – et certains insomniaques déplorent la brièveté de leur au-delà.

Écrire, c’est piéger des personnages dans la cartographie arbitraire d’un possible.

Qu’on laisse reposer l’état du monde sur un seul con couleur carotte – ou autre – révèle bien qu’on ne se fait aucune illusion sur a) la politique, b) les temps à venir.

Les falsificateurs (Antoine Bello). C’était tellement drôle de créer des personnages imaginaires, d’inventer des anecdotes, de falsifier des sources. […] Qui en voudrait à des types comme nous qui passent des heures à dépeupler sur le papier les profondeurs de la Baltique ? (p. 357).

On assiste à l’installation d’un tueur à la fenêtre d’un hôtel. Il monte son fusil, le pose sur le lit – et sort. Il s’assoie à la terrasse d’un café. Lève les yeux sur la fenêtre – et est tué d’une balle dans la tête. Le tueur range son fusil et disparaît.

C’est Noël avant Pâques !

Pour mener à bien une création, il faut s’attirer les bonnes grâces de tous ceux qui en vivront.

L’ère néolipidique.

Le rêveur illimité (J. G. Ballard). Shepperton […] représentait la banlieue universelle, le paradigme de nulle part. De jeunes mères pilotaient leurs gamins de la laverie automatique au supermarché et retour. Elles contemplaient leurs reflets dans les vitrines d’électroménager, exhibant leurs corps harmonieux à ces machines à laver et à ces téléviseurs comme pour entamer une liaison secrète avec eux. (p. 36).

The insane ones (J. G. Ballard) Trick-cyclist or assuager of discontents, whatever his title, the psychiatrist had now passed into history, joining the necromancers, sorcerers and other practitioners of the black science. The Mental Freedom legislation enacted ten years earlier by the ultra-conservative UW goverment had banned the profession outright and enshrined the individual’s freedom to be insane if he wanted to, provided he paid the full civil consequences for any infringements of the law. That was the catch, the hidden object of the MF laws. (p. 291). Injustice is so widespread that you build up a indiscriminate tolerance to every form. (p. 294).

2020 / chapitre 41

2020 / chapitre 40

Raised by wolves L’épisode 1et l’épisode 5 sont de bonne tenue, le final du 10 est idiot. La sidération est vite ensevelie sous des thèmes rebattus, non développés. Les péripéties devraient dévorer le récit et non pas ricocher à l’infini contre ses écailles. Nombre de séries SF lorgnent du côté de la technique des huit cents mots empruntée par Van Vogt à Gallishaw : n’importe quoi mis bout à bout donne une illusion de récit. (Les autres genres aussi, mais en SF, les limites du possible sont par essence plus lâches, on peut impulser plus facilement vers tout et n’importe quoi.) Pas d’autre objectif que le feuilletonnant saison après saison. Côté acteurs, Travis Fimmel qui grimace tout comme dans Vikings ressemble à une version mâle de Patricia Arquette extrapolée par un logiciel défaillant. Par contre, l’actrice Amanda Colin est épatante. Les autres ? Sont réduits à jouer aux cartes à l’arrière plan, en attendant que le showrunner donne à ses fils narratifs épars un semblant de figure.

Goût des Livres au Maquis. Le Bal des vipères (Horacio Castellanos Moya) / Les falsificateurs (Antoine Bello) + Narayan + Arno Calleja + Miguel Bonnefoy. Avec Constance Chlore, qui a lu des extraits de son texte Alpha Bêta Sarah, accompagnée de sa copine-chanteuse (qui ressemble foutrement à Debbie Harry). Tout d’abord apparues avec un bunch de « Télérama » parisiens horripilants, elles sont venues seules à notre table et se sont révélées très sympathiques.

Le Magicien de la finance (R. K. Narayan). Quelle fausse idée de la vie on se faisait le jour de son mariage ! (p. 45). on les entendait parler entre eux de « problèmes », puis ils disparaissaient jusqu’aux élections suivantes. (p. 75). Notre monde part en quenouille parce que nous n’avons plus de lotus autour de nous. (p. 106). On de doit jamais demander « pourquoi » ni « où » à quelqu’un qui se met en route. p. 109).

2020 / chapitre 40

2020 / chapitre 39

2020 CHAPITRE 39

L’autre soir sont venus à la Grange Catherine, copine du Maquis, Aurélien Merle des Goguettes en trio (mais à 4), accompagné d’Aldona Nowowiejska, musicienne de Pologne (que nous avions vue jouer de l’accordéon et chanter au Maquis) et Jean-Daniel Botta, musicien d’un certain renom, qui accompagne Léonore Boulanger à la scène comme sur ses disques. Botta nous avait rejoints au précédent Goût des Livres. Il écrit. Nous nous sommes mis d’accord, il m’a passé un manuscrit.

Le dimanche suivant, nous avons été au premiers symposium sur le silex, avec exposition et, surtout, avec un percussionniste à qui la Maquise avait demandé de réfléchir à faire de la musique avec les silex. Gonzalo Campo a donc fabriqué un silexophone – un lithophone. C’est étonnant les notes qu’on sort de certains silex en frappant dessus avec une baguette de bois.

La terre est plate comme certains électroencéphalogrammes.

Depuis 12 ans que je suis revenu à la SF (par le biais de rencontres du milieu), je n’ai pas réussi à trouver de l’intérêt à la production actuelle, pas plus qu’à lire ou relire des auteurs anciens – à part John Boyd, Robert Charles Wilson ou Christopher Priest. Le genre est moribond à ma curiosité. Je cherche des livres hors-genre, des livres étranges, autonomes et ceux-ci n’appartiennent pas nécessairement aux littératures de l’imaginaire.

Lonsdale, j’ai un seul souvenir précis de lui, dans une adaptation de Bartleby. Gréco, je ne l’ai écoutée délibérément qu’un fois, pour des paroles de Manset. Ron Cobb, je me souviens du contraste entre ses dessins minutieux et ceux de Giger, pour Alien. Peu de choses au final, je me suis tenu loin d’eux sans raison précise. Pourtant, leur mort me fait songer à l’effondrement progressif du littoral où je me promène depuis plus de soixante ans. Les vagues frappent, je suis en train de voir à apprendre à nager. (Pour développer, l’idée que Lonsdale existe m’enchantait, sa présence, sa belle figure, sa voix n’ont néanmoins été que le lointain ressac d’une belle humanité. Juliette Gréco a été masquée par l’écoute de nombreuses autres voix, je ne m’y suis jamais attardé. Quoi qu’en ait été la valeur, je me suis tenu à distance de cette xxx de la culture propre à une époque qui n’a pas été la mienne, mais celle de la génération d’avant, celle de mes parents, modelée par la guerre et dont on a voulu se détourner à grand renfort de SF, de décollage vers l’imaginaire (avant que l’imaginaire ne soit cartographié). Ron Cobb, j’ai jugé ses dessins scolaires, appliqués, contrairement à ceux de Moebius et de Giger ; certainement respectable, il a été aussi nécessaire qu’eux sur Alien, mais je me souviens les avoir jugés sévèrement, il ignorait la part folle de l’affaire, son envolée.

Dans Villa rides, Yul Brunner est aussi convaincant en Pancho Villa que moi en Cléopâtre.

Soûl, il rentre au gouvernement.

Ici, lorsqu’un ministre s’exprime en soirée, le matin, on épand.

Y en a qui n’arrivent pas à la fermer.

Deux choses à ignorer quand on écrit : le milieu et le lectorat.

The walkabout (Nicolas Roeg, 1971). Un film impensable aujourd’hui, on y tue des iguanes et des kangourous à la lance, la caméra insiste en contre plongée sur la jupe de la jeune fille qui sera vite filmée nue. Un beau film.

Midnight Lace (David Miller, 1960). Premier film vu dont les sous-titres sont de Google. L’héroïne s’appelle Kit, traduit ici et là par Trousse.

La porte (Magda Szabó) Un livré étrange, sans doute métaphorique, un labyrinthe bien mené. l’ingénieur calcule d’abord combien il pourra mettre de briques de côté pour sa propre maison (p. 116). elle vivait du travail de son corps, pas de sa bouche comme les propagandistes (p. 117). ils étaient retournés se réfugier vers l’imprévisible (p. 211).

2020 / chapitre 39

2020 / chapitre 38

La fille des voisins, 25 ans, fête la fin de ses examens de concours d’entrée à la magistrature avec des copains, dans la maison d’à côté. Techno à fond les ballons, la musique accélère puis se calme, ils crient ensemble, ça s’entend dans le hameau, jusqu’au matin, deux jours de suite. Autour, il y a des vieux paysans, leur fils peu aimable, une femme seule avec ses mômes, des maraîchers qui partent au travail tôt, un routier qui rentre une fois par semaine. Les chiens aboient. Drôle de mélange. Je me sens plus vieux d’une ou deux générations, ce à quoi je me suis attaché par la force du souvenir n’a pas court chez les amateurs de techno, pas plus que la campagne en tant que telle, ce que j’ai vécu culturellement est invisible à leurs yeux, leurs habitudes à eux me sont perceptibles dans leur étrangeté convenue. Ils se souviendront de ce weekend, comme je me souviens de ceux avec les copains-copines dans la maison de campagne d’un d’entre-nous, dans les années…

Les films Dark Knight et Joker ont réintroduit la pesanteur dans le monde désengagé des comics.

La porte (Magda Szabó) Autrefois, un certain nombre de personnalités habitaient notre quartier, la police parcourait souvent les rues, puis les hommes politiques ont déménagé, d’autres sont morts et les rondes ont cessé à mesure qu’ils disparaissaient. (p. 57).

2020 / chapitre 38

2020 / chapitre 37

Littérairement, le genre repose sur une sclérose du champ de perception.

Rôde et tu apprendras.

Un livre est un sac de papier.

Les politiques n’écoutent jamais les gens, ils s’en fichent et les engluent dans des obligations et des considérations électorales, comme des oiseaux.

La totalité de la production SF s’est trouvée transbordée dans les soutes du Millennium Falcon.

Idée d’histoire : Sept jours au XXIe siècle. Sept jours avant, pendant et après un événement (pandémie ?) où sont décrits par le menu les agissements de personnes sans rapport les unes avec les autres. Notes précises et erratiques qui seules dressent l’arrière plan.

Le monde d’après est déjà là ; mais nous qui sommes du monde de maintenant ne le voyons pas. Il n’y a pas de rupture (autre qu’artificielle, clivante), de Louise Michel écoutant Auguste Blanqui jusqu’à Nabilla et son influenceur à Dubaï. C’est le même monde. Le nôtre. L’autre, celui d’après, nous restera imperceptible – sinon par de menus détails comme la fin de la pop/geek culture et par notre disparition.

Il est aisé de faire paraître n’importe quoi pour un mystère apte à solliciter notre intérêt – et à nous faire perdre notre temps sans contrepartie. La production culturelle (séries, livres, films) actuelle le montre bien.

Une république lumineuse (Andrés Barba) Histoire mystérieuse de 32 enfants mystérieux, gâchée par un narrateur trop présent. Beaucoup moins pertinent que le Running wild de Ballard. Certaines maisons changent leurs habitants en reptiles, d’autres en hommes ou en insectes. (p. 180).

L’oppressif se réinvente continument.

Nous savons que nous vivons une époque de merde.

Tenet ne procure aucunement la sidération qu’on serait en droit d’attendre d’une telle débauche de moyens.

À dresser : liste des acteurs pouvant jouer un insecte. Brad Dourifore / Nicole Kidmanneton / Christopher Leebélulle / Clarck Gableille / Tom Hardyptère / Guy Pearce-oreille, etc., etc.

Il n’y a pas à appeler les choses par A + B.

C’est pas tous les jours Byzance.

(Polar pour Eméric Cloche) : Un meurtrier / un crime, l’un et l’autre connus du lecteur – Un enquêteur. Le lecteur voit le chemin qui les sépare et se dispose à lire l’approche du second vers le premier. À mi-parcours, ils se côtoient le temps d’une scène. Et là, tous deux meurent dans un accident, en ignorant se trouver côte à côte. Un des personnages de l’entourage de l’enquêteur reprendra l’affaire et découvrira la vérité. Ou pas.

La preuve que l’immobilier pue dans l’Yonne : les maisons à Cheny cotent.

Le mangeur d’homme (R. K. Narayan) — Nataraj, disait-il, la vie est trop courte pour que l’on échange une parole avec chacun des trois cent millions d’habitants de ce pays. Il faut ignorer la plupart des gens. (p. 47). Mon expérience m’avait appris qu’il était important de se débarrasser d’un manuscrit sans perdre de temps. Une fois qu’il s’installe chez vous, vous avez perdu votre liberté et c’est l’auteur qui commande. (p. 52). Il était capable de me briser le dos ou de me secouer, la tête en bas, jusqu’à ce que mes dents tombent par terre. (p. 174). — Avez-vous jamais songé qu’un éléphant a beaucoup plus de valeur mort que vivant ? Déjà, il n’est pas nécessaire de le nourrir. Et puis, je peux tirer dix mille roupies de toute sa dépouille : les défenses, si mes calculs sont justes, pèsent bien quarante livres : cela fait huit cent roupies. J’ai déjà une commande pour les pattes, que je monterai en porte-parapluies. Les poils, je les vends douze annas pièce pour en faire des bagues et des bracelets. Les femmes en raffolent, c’est leur affaire… La première chose que je ferai sera d’arracher tous les poils pendant que le sang est encore chaud. La trompe, les pattes, même les ongles, tout à de la valeur chez ces bêtes-là. En ce sens, l’éléphant est un animal parfait. (p.199).

2020 / chapitre 37