2020 / chapitre 11

L’Homme-Dé (Luke Rhinehart – suite) : Essentiellement une transgression sexuelle joyeuse estampillée fin des années 60, rachetée par le chapitres 48 (la défense de Rhinehart devant le comité). Un seul vers de Shelley nous apprend plus de la nature humaine que toutes vos crottes de pigeons et de poules. (p. 296). Et j’habiterai dans la maison du Hasard jusqu’à la fin de mes jours. (p. 314). Pourquoi nos efforts pour mettre fin aux névroses ont-ils été un échec aussi universel ? Pourquoi nos civilisations arrivent-elles à créer de nouvelles formes de tristesse et de mécontentement plus vite que nous n’arrivons à élaborer de théories pour les décrire et les résoudre ? (p. 321). l’idée de se vendre et de pouvoir acheter quelqu’un d’autre est peut-être l’essence même de l’âme capitaliste. (p. 439). Sinon, hors quelques trucs bien sentis à propos de la psychiatrie et l’American way of life, c’est tout de même du cul du cul du cul – et la pertinence de l’affaire en est tout de même amoindrie.

Un tiers de Caïman est composé comme une insulte au genre, un tiers comme un hommage à ce qu’il pourrait être, et un tiers s’en éloigne au profit du conte, plus un interlude fartpunk et un récit de dérive sur un fleuve. Et une fin qui balaie tout – ou presque. Avec un piège temporel où tombe la narration, façon Christopher Nolan. Réécriture en cours : quatrième version, donc.

Hunters (série) : éteint, oscillant entre nazixploitation stupide et sérieux déplaisant et, qui plus est très mal interprété par deux bons tiers des acteurs. Incohérence temporelle : Pacino (ou l’autre, mais c’est pareil) a 30 ans à tout casser en 1943. Et 78 en 1973 ? Sa fille a donc pondu Jonah lorsqu’elle avait 10 ans ? Ou bien l’avaient-ils conçue avant la guerre ? Mais ne se sont-ils pas rencontrés dans le camp ? Et le retournement final est grotesque. Et quelle drôle de méthode employée par les méchants pour kidnapper l’Asiatique de la bande : lui foncer dessus en voiture ! Bref, du temps perdu devant l’écran, encore. Ai tout de même arrêté plus rapidement de regarder Year of the rabbit et Locke & Key que celui-ci – mais on ne m’y reprendra plus.

Pas de facebook pendant quatorze jours, m’a soufflé Luke Rhinehart.

Confinement relatif, pays à l’arrêt. Sans doute va-t-on s’apercevoir qu’on vit très bien sans se languir de la sortie du dernier James Bond. Mourir peut attendre. Ou de Petit lapin, panique en ville. Suspension du tournage de Demain nous appartient. La planète est tombée dans une apathie à peine troublée par quelques tirs de roquettes ici et là (mais le cœur n’y est pas). Une canicule à 65° suffira-t-elle à éradiquer le virus ? Nous le saurons cet été. Activité industrielle au ralenti, pays moins pollué, moins d’affections respiratoires en cas de pandémie respiratoire aiguë. L’Autriche interdit les rassemblements de plus de cinq personnes. Et prochainement, quid de la bipartition moléculaire ?

Capitaine Blood (Rafael Sabatini) : narration rapide, péripéties incessantes, personnages esquissés selon la nécessité, scènes indiquées plutôt que décrites en détail. L’imagination du lecteur est mise à contribution. Très différent de L’île au trésor ou de Moonfleet. La manière de dire m’a fait songer à Jean-Michel Charlier.

2020 / chapitre 11

2020 / chapitre 10

Aniara (Pella Kågerman) : histoire d’une navette Terre-Mars qui n’atteindra jamais la planète rouge. Déviée, elle s’enfonce dans l’espace sans retour possible. Près de l’os. Final abrupt. Comme il est suédois, le film rétame Midsommar le temps d’une scène très crue. Intelligent. Désespérant. D’après un poème de Harry Martinson (dont on a déjà tiré un opéra). Après Prospect, un autre excellent film de SF. Le cinoche serait-il encore là où il n’y a pas trop de foules à draguer, en rapport avec l’enjeu financier ?

Deadpool : je m’attendais à un truc d’humour forcené et lassant. Ce n’est ni lourd ni lassant. Mais moins drôle que ce que monsieur V. m’en avait raconté. D’un autre côté, je le savais : une poule, ce n’est pas drôle ; imitée par monsieur V., si.

Opus 77 (Alexis Ragougneau) : les affres d’une pianiste lors de l’enterrement de son père. Famille de virtuoses, abnégation, rage, cruauté, souffrance, haute bourgeoisie, travail, froideur, compétition, Porsche 911, ressentiment, jalousie, mort, abandon, renoncement, culture. Ce sont des bestioles mal aimées, donc une espèce en voie de disparition. (p. 36). Une VHS propose-t-elle des visages pixelisés comme il est écrit p. 39 ? Une boite à chaussures peut-elle être pleine à ras-bord de lettres comme il est écrit p. 42 ? Au moyen-âge, on obligeait les femmes faisant commerce de leur corps à se teindre les cheveux en roux (p. 77). Le personnage du vieux maître m’a fait songer à Karaté Kid – mais la mention du iourodivy est intéressante. Le récit s’envole au bout de 185 pages, avec l’audition interrompue du fils pour le prix de la Reine Élisabeth – et retombe dans le grotesque avec la scène dans la chambre du père à l’agonie. J’aurais abruptement fini le livre comme Claessens fils quitte la scène et renonce. Rideau.

X montre l’œuvre et Y voit la merde au bout du gland de l’artiste pédocriminel. (Je vous laisse utiliser les mots sage et idiot à votre convenance à la place des prudents X et Y.)

Certes genré, le mot génie a anticipé l’inclusif. Masculin, se terminant par la lettre e. Génie.e.s ?

L’homme qui mit fin à l’histoire (Ken Liu) : novella où l’argument SF est utilisé pour faire paraître irréfutable ce qui est débattu dans l’histoire – à savoir la réalité des victimes de l’Unité 731 et la dénonciation des responsables. Il n’y a aucun jeu avec les particules Bohm-Kirino, même si la remarque sur la vision du passé pour quiconque voyagerait plus vite que la lumière est intéressante – et abandonnée, car ne cadrant pas avec le propos essentiellement politique du texte. J’abhorre la mise en page utilisant des phrases soulignées en sus des italiques.

Vu deux films tendus, bien joués et au propos intéressant : Don’t let go (Jacob Aaron Estes) et El Reino (Rodrigo Sorogoyen).

User d’exactitude scientifique revient à utiliser les arguments d’un autre conte pour raconter le sien.

Qu’elle soit rattachée au genre imaginaire ou non, la littérature doit montrer des choses impensables dans le monde réel. Les jeux avec les possibilités ne s’exercent in fine que sur le texte lui-même, pas sur la réalité. L’objet exclusif d’un roman est toujours lui-même.

Locke & Key (série) : j’ai tenu un épisode + 30 mn du second. Ça ne m’intéresse pas.

Septicémie, dit l’homme au micropénis atteint d’une maladie vénérienne.

Ce n’est pas tant l’homme qu’il faut séparer de l’artiste, mais la fillette.

Va te faire détartrer la glande pinéale !

Imaginez : des bootlegs series de Johnny Hallyday, aussi nombreux que ceux de Bob Dylan (Coffret de 6 CD outtakes studio de Quoi ma naine, qu’est-ce qu’elle a ma naine ? – inédit en hommage à Mimi Mathy.)

Pays-polémique. Aucune notion de dialogue. En cas de désaccord, on ne doit jamais s’abaisser à accepter les vues de l’adversaire.

Insuffler du désordre dans la représentation écrite de la réalité.

L’Homme-Dé (Luke Rhinehart) : une pochade qu’on sent pouvoir s’approcher de l’os, finement déjantée. Et aussi un fantasme de joueur de JdR. Si vous n’écrivez pas, vous ne réfléchissez pas, et si vous ne réfléchissez pas, vos êtes mort. (p. 64). (Suit un dézingage de la réflexion, comme du zen.) Mais tu as pensé à tout ce que tu aurais pu faire d’amusant, si tu n’essayais pas tout le temps d’écrire ? (p. 95). Elle lui demandait de lui mordre les seins, il a répondu qu’il avait les gencives sensible. (p. 100). Elle avait l’air d’avoir essentiellement adopté sa personnalité de garce : elle dénonçait les gestes des parents, mais ne ressentait aucune pitié pour la petite fille. (p. 113 – une réflexion qui peut s’adresser à Virginie Despentes, selon l’article de Chlöé des Lysses lu ce matin à propos de la tribune de la première.) Les dés ont décrété que, pendant toute une semaine, je céderais à tous ses caprices. Bon, elle m’a traité d’invertébré (p. 122). la carapace du moi cohérent (p. 153).

2020 / chapitre 10

2020 / chapitre 9

Se masturber, c’est faire de la politique sans le savoir.

L’ordre du jour (Éric Vuillard) : vif, précis, impitoyable. L’invasion de l’Autriche ? Un bluff sanglant, des chars en panne. Et si le parti nazi obtient la majorité, ajoute Goering, ces élections seront les dernières pour les dix prochaines années ; et même– ajoute-t-il dans un rire – pour cent ans. (p.21). Ou, le droit constitutionnel existe, et ce n’est pas pour les termites ou les souriceaux (p. 54). un respect pour le mensonge domine. (p.133). il entendit un instant cette petite voix intérieure qui échappe toujours aux longues intoxications de l’âme ; il ouvrit la fenêtre et sauta. (p. 140).

Si j’étais un dirigeant, je profiterais du coronamachin pour m’exercer à confiner les populations mondiales et ajourner les simagrées démocratiques.

Poetry is just the evidence of life. If your life is burning well, poetry is just the ash. (Leonard Cohen)

Reçu une lettre du Centre de prélèvement de Strasbourg. Un impôt sur la saucisse ?

Trois séries me plaisent pour la même raison, c’est-à dire par une narration ludique qui, dans mon vocabulaire – je ne suis pas certain de l’exactitude du terme – s’apparente au genre picaresque (tout peut arriver dans une histoire si on prend la peine de l’inventer avec une précision déconcertante) : For all Mankind, Mrs Maisel et Watchmen auprès desquels True detective#3 fait pâle figure. Dans celui-ci, rien n’arrive. Dans les trois suscités, chaque chapitre est et n’est pas tributaire du chapitre précédent.

Comment peut-on laisser des gens comme Fillon se prétendre porteur d’un projet politique ?

La coiffure qui surmonte le crâne de Trump me fait soudainement songer à une crevette géante.

Souhaiter revivre les années soixante signifie accepter que des gens soient de nouveau massacrés au Vietnam.

Certains font du commerce de victimes.

Une femme au tempérament de joueuse utilisera un bilboquet comme dildo.

Il avait plus de narines que de poils.

Year of the rabbit (série) : le héros accuse John Merrick d’avoir attrapé la grosse tête. Une effeuilleuse française se nomme Giscard d’Estaing, etc.

2020 / chapitre 9

2020 / chapitre 8

Et les journées s’écoulent, rythmées par le démarchage téléphonique et par les commentaires sur la biroute à Griveaux. Merveilleux XXIe siècle sous nos latitudes.

Knives out (Ryan Johnson). Whodunit pas désagréable. Ana de Armas est très bien. Quant à Daniel Craig, s’il continue à s’empâter, après James Bond il va pouvoir embrayer sur un biopic de Pompidou.

La palette couleur des couvertures de livres fantasy est aussi variée que la teinte des voitures : bleu-gris-brun-rouille. Les tables des libraires ? Un parking vu du ciel.

Un connard ouvre la bouche et dit une connerie. La polémique s’enchaîne aussitôt selon ces trois figures : ce n’est pas un connard / ce n’est pas une connerie / ce n’est pas sa bouche.

Comment peut-on être à la fois pour le confinement et contre le séparatisme ?

Liberté – Égalité – Branlette

Je ne veux pas casser du sucre sur le dos de la cuiller.

Christopher Priest a le sens du récit. Dans Les Insulaires, certains chapitres embrayent sur une histoire de manière ouverte ou bien insidieuse ; et on sait qu’il jouera, à propos de son élaboration comme de sa finalité, d’un principe d’incertitude plus élaboré que celui de Dick. La nouvelle Seevl / Tour Morte est fabuleuse. Et, une fois terminé le livre, on sait que les éléments qui reviennent ont et n’ont pas de cohérence. Je pense qu’il serait inutile de vouloir recouper les indices. Rien ne se tient réellement – et tout est cohérent. Priest joue avec l’incohérence – temporelle, factuelle, avec celle des personnages : c’est de anti-littérature policière.

Lu dans la presse : Untel a décidé de convoquer une conférence de presse pour réagir à la saillie de Untel. Et l’autre rétorque que c’est une atteinte au fondement de la démocratie. Bingo.

Je ne veux pas mourir couché dans mon lit, mais debout au comptoir.

Derrière la branlette de Griveaux, la main de Moscou.

Qu’est-ce que la prochaine génération fera-t-elle disparaître ?

Le budget coiffure des auteurs fantasy du moment est-il supérieur au budget relecture de leur œuvre ?

Pendant l’apocalypse, on regrettera de ne pas avoir bouffé nos dirigeants alors qu’ils étaient encore frais.

L’inclinaison (Christopher Priest). Outre que le volume de la collection Lune d’encre est assez cheap (imprimé en Italie, couverture inconsistante d’Aurélien Police et titraille moins que passable), les dix-quinze premiers chapitres sont très mal écrits. Relâchement de Priest, ou bien traduction fautive ? (Jacques Collin et non pas Michèle Charrier). Brouettes de avait / était, répétitions, etc. Je retrouve cependant l’impression familière de lire une histoire précise et terriblement incertaine, une histoire qui en dissimule une autre et le sentiment que nous ne saurons pas plus de l’une que de l’autre. Chez Priest, l’élan bouscule la structure.

Pour prendre le problème à la racine, toute civilisation n’est qu’une prolongation perverse de l’apparition de la vie. Alors en appeler à l’intelligence pour résoudre le problème de rétribution des auteurs pour vente de leurs livres en occase…

(Idée) : une célébrité se confie à deux magazines. Deux coming-out absolument contradictoires.

Comment se défendrait-on d’un invasion de morts-vivants si ceux-ci avaient une tenue rayée – celle des camps de l’holocauste ?

2020 / chapitre 8

2020 / chapitre 7

Les insomniaques, si tu ne veux pas leur téléphoner quand ils dorment, faut les appeler à 3h du matin.

The standoff at Sparrow Creek (Henry Dunham) : encore un film low budget (450 000 $), comme Prospect, qui fonctionne. Huis-clos dans un hangar. L’échange Gannon/Keating, par exemple. écouter aux portes d’un monde qui n’a plus d’utilité pour toi.

Pourquoi un éditeur ? Parce qu’il faut bien laisser leur chance aux crapules.

La chambre obscure (R.K. Narayan) : Une femme, Savitri, est excédée par son époux, elle quitte domicile et enfants, tente de se noyer. Apparaît un rétameur-voleur. Enfin, il volait pour faire plaisir à sa femme, à laquelle il était extrêmement attaché, et dont la seule ambition dans la vie était de remplir un petit pot de cuivre de pièces de monnaie et de précieux métal, et de l’enterrer au pied d’un cocotier qui poussait dans la cour de leur maisonnette. (p. 105). Plus loin l’héroïne est sauvée de la noyade par ce voleur : Il la fit rouler sur la berge et faillit lui sauter sur l’estomac. (p. 112). Ensuite, elle tente de subsister par elle-même et par son travail. La charité, on lui faisait la charité… Savitri était épouvantée à l’idée de toute la charité qui vous menaçait. (p. 152).

Quand tu postes un manuscrit, l’éditeur ne l’ouvre pas, il pense que c’est une facture.

Quand une personne comme Claire Brétécher meurt, que vous connaissez depuis toujours, c’est dur d’entendre : C’était qui ?

On continue à se farcir la plastique vieillissante de Robert de Niro, alors que celle de Madeleine Stowe a disparu des radars.

En fantasy, les trilogies, le premier volume ça va – et encore, au compte-goules.

Joker (Todd Phillips) : Au début j’ai eu très peur, avec ses cheveux longs en arrière, il ressemble à une sorte de Nick Cave avec l’option menton. Et puis ça dit comment ça se passe au niveau personnel quand on coupe les crédits du social et que les promesses de l’individualisme foirent, et ça se termine sur des scènes d’émeutes aussi factices que celles du Strange days de Kathryn Bigelow. Ce n’est tout de même que du cinéma plan plan.

Je lis les romans d’imaginaire en creux ; ce qui m’intéresse le plus, c’est ce qu’on abandonne du réel, ce qu’on gomme de lui, qu’on bascule dans le néant. L’univers qu’on lui substitue n’est pas souvent intéressant, plus il reste flou et non construit, mieux c’est. Pas de cartographie, qui n’est rien d’autre que le minutieux maquillage d’une absence. Cet univers secondaire visant à se substituer au nôtre ne doit pas être autre ; je préfère lorsqu’il n’est pas. L’Imaginaire, cet étrange besoin d’univers.

Sinistres augures (Arthur Upfield). Encore une déambulation de Napoléon Bonaparte. J’ai du mal à m’intéresser au déroulement de cette enquête-ci. Seul truc amusant : La peau de ses bras et de son torse avait la couleur des nèfles. (p. 20). Je ne sais pas si c’est parce que je le lis trop vite (et le style ne donne pas envie de s’attarder), mais je mélange les personnages et me contrefous de l’énigme.

Les insulaires (Christopher Priest). La troisième histoire est dense et les bestioles, les thrymes sont terrifiantes. Peu de pages, plus de tension que certains romans. Dans la suivante, il y a ce meurtre perpétué avec une plaque de verre : le détail incongru frappe l’imagination (j’ai visualisé la victime tranchée en deux, allez savoir pourquoi !). La narration de Priest est insidieuse, elle me laisse circonspect, soupçonneux. Dans celle-ci, je m’imagine deux réalités pour une même histoire. Et à partir de cette recension des îles, émerge, de manière très plaisante, une intrigue. Au lecteur de recouper les noms. Pour ajouter à l’incertitude de cette cartographie de l’Archipel, on apprend, page 218, que même les îles peuvent rêver.

Ai tenu 25 mn devant Dolemite is my name (Craig Brewer). Netflix ravale le format film à un habillage d’écran. Pénible.

Ce qu’on tait, c’est que sur la vidéo, dessous, dessus, devant et derrière Grivaux, il y a Hidalgo, Dati, Belliard, Simonnet, Bonnet, Saint-Just et Campion. Et Villani dans un coin, qui tripote son Rubik’s Cube.

Texto alors que nous étions dans la voiture. Mona est morte hier. Au téléphone, il y a un mois, elle se plaignait de gêne respiratoire. Infection ? Pas d’antibiotiques, curieux. Cancer des poumons. Nous la connaissions depuis 34 ans. Notre plus vieille copine. Nous n’irons plus à Perpignan ni à Fouilla du milieu, ni au Courtal. Une mort, c’est un territoire qui disparaît.

21 bridges (Brian Kirk) : Chadwick Boseman n’a toujours pas plus de charisme que dans Message from the King.

Caïman : les gaz de putréfaction donnent naissance à un nouveau genre : le fartpunk.

S’entourer de vieux pour nier la mort précoce.

On s’autorise des excès pour s’inciter à faire une grande promenade, et au lieu d’aller se promener, on vide la bouteille et on reprend du cake.

Dénicher un véritable explorateur au physique particulier (un Christophe Colomb bossu, par ex.), l’affubler d’un jumeau parasite en place de cette gibbosité, réécrire l’exploration du point de vue de ce double.

2020 / chapitre 7

2020 / chapitre 6

Vu All is true (Kenneth Branagh, Judi Dench & Ian McKellen) et The good liar (Helen Mirren & Ian McKellen). Dans le premier, Kenneth Branagh n’ose pas remuer les traits de son visage, de peur de faire sauter le maquillage qui tente de le faire passer pour Shakespeare.

J’ai en tête quelques trucs qui trouveraient une légitimité par rapport aux attentes du lectorat d’Imaginaire – et pour répondre à leur envie, insinuée par l’uniformité de leurs lectures, d’être un tant soit peu bousculé.

Il faudrait cesser de donner le pouvoir à des gens de pouvoir.

J’aime les fins où l’histoire s’éloigne du roman pour ouvrir l’affaire hors de son confinement narratif.

Les fils du vent (Robert Charles Wilson) : univers parallèles en pagaille. — Les Beatles. Vous savez, Lennon et McCartney ? Sergeant Pepper, Abbey Road ? — Inconnu au bataillon, dit Emmett avec désinvolture. Ce sont des types de ton école ? (p.70). Et : Hé ! se dit-il, si on reste ici, je deviendrai compositeur et je me ferai appeler Lennon McCartney. (p. 95.) Le roman date de 1985, le film Yesterday (Danny Boyle) est sorti en 2019. Tout le long des cent dernière pages, le livre me tombait des mains. Karen trébucha et se remit à courir. Karen se racla la gorge et entra pour le rejoindre. Karen se mordit le poignet et recula d’un pas. (p. 268 / 269). Pas terrible, au final.

Péter, c’est avoir la porte du cul qui grince.

Certains écrivains d’Imaginaire écrivent des pensums comme s’ils s’acquittaient d’un impôt au genre.

2020 / chapitre 6

2020 / chapitre 5

Blind Lake (Robert Charles Wilson). En le lisant, ai songé qu’en SF, certains objets, quoique futuristes ou étrangers (un casque transpondeur) ont une réalité indéniable alors que d’autres trahissent une essence conjecturale encore sans vrai support physique (là, dans ce bouquin écrit en 2003, une bibliothèque connectable). Plus loin (p. 130) : C’est comme si on jouait à faire semblant, vous ne trouvez pas ? Semblant de vivre dans un monde sain d’esprit. Ou d’avoir des boulots qui servent à quelque chose. — Appelez ça un acte de foi. Chapitre XXII de haut vol. Saisi en vrac : Respecter les limites légales pour éviter de se rendre vulnérable. / L’objet tacite de tout travail est un récit. / Une hypothèse est un récit préliminaire. / Une embuscade montée par un algorithme. Et surtout : Les rêves infusent notre existence. Nos plus anciens ancêtres ont appris à jeter un épieu, non sur un animal en train de courir, mais sur l’endroit où cet animal en train de courir se retrouverait lorsque l’épieu aurait traversé les airs à une certaine vitesse. Nos ancêtres sont arrivés à cela par l’imagination, non par des calculs. Autrement dit : en rêvant. (p. 322). Et p. 422, mention d’une chaîne d’actes charnels la reliant à l’ancêtre commun de tout ce qui vivait sur Terre.

Les braises (Sándor Márai) : passer sciemment d’un roman SF contemporain à un drame grand-bourgeois écrit en 1942, c’est comme frapper brutalement ensemble deux silex, les étincelles produites dessinent tout de suite les frontières narratives de chacun, leur territoire, et la tentation est grande de s’imaginer introduire les éléments de l’un dans l’autre. Le Sujet observé par l’Œil quantique sur UMa47/E vient dans le château de Hongrie où le vieux général attend son ami Conrad, qu’il n’a pas vu depuis quarante ans à la suite d’une brouille. Ce qui aurait été vraiment intéressant, c’est d’imposer l’écriture de cette substitution à Sándor Márai – pas à Robert Charles Wilson qui n’aurait eu aucune difficulté à la conceptualiser. Dans les braises : À quatre-vingt dix ans passés, on vieillit autrement […] on vieillit sans se sentir offensé. (p. 15). On y croise une aristocrate désabusée au visage surchargé de fards rouge et bleu qui lui donnaient l’air d’un cacatoès. (p. 43). Nous sommes des Occidentaux, ou tout au moins des immigrants qui se sont fixés en Occident. (p. 123). Tu n’ignores pas qu’il y a deux façons de regarder les choses, soit avec des yeux qui découvrent ce qu’ils aperçoivent, soit avec des yeux qui prennent congé. (p. 171). Sinon, l’histoire dresse le portrait d’un vieux militaire austro-hongrois qui a gâché son existence en se persuadant que son épouse l’a trompé avec son ami et que cet ami a trahi leur amitié. Quarante ans de ruminations. Il semble que ce ne soit pas vrai, qu’il ait bâti cela sans aucune preuve formelle, par une inclination perverse de l’esprit. Le récit est un dialogue le temps d’un repas. Périlleux et bien mené.

La grippe est une épidémie. Les soldes sont une épidémie, les suffrages des candidats aux élections sont une épidémie.

Qu’avez-vous dans votre bibliothèque ? — Essentiellement de la littérature bancale.

À son prochain déplacement public, chacun d’entre nous passera le cordon de sécurité en ayant un élément dissimulé comme pièce de son sac (fermoir, montant, etc.) ; une fois parmi la foule, nous nous passerons les éléments de main à main ; ainsi, nous assemblerons l’engin au nez et à la barbe des policiers ; le tireur disposera de l’arbalète reconstituée ; il la lèvera vers la cible et décochera le carreau. Qu’il vise la nuque, la flèche sortira par la bouche : comme à son habitude devant les Gueux, le Président l’aura grande ouverte et nous verrons enfin le bois dont est fait sa langue.

Blackrock (fonds de pension) / Blackwater (mercenaires).

Ford vs Ferrari (James Mangold) : Quand Hollywood retrouve le plaisir de jouer aux petites voitures à plat ventre sur la moquette.

Chroniques d’un rêve enclavé (Yal Ayerdhal – je n’ai encore rien lu de lui) : comment aborde-t-on un roman ? De quelle manière l’intrigue émerge-t-elle du fatras des premières dizaines de pages, avec tous ces personnages, cet arrière plan politique, cette géographie à assimiler ? À quoi s’attache-t-on ? Quel fil ? Le plaisir exaspérant d’être projeté – encore – dans une réalité fictive complexe ? Le ton de la narration ? Certaines saillies qui plaisent à l’esprit ? Recherche-t-on avant tout une complicité avec l’auteur, une familiarité qui amoindrit de fait le dépaysement consenti ou supporté ? L’histoire telle qu’elle m’apparaît à mesure : certains (La Ghilde) consolident à long terme leur mainmise effective sur le monde, tandis que d’autres se replient en résistance pour tenter de survivre localement à l’hiver. À priori, les seconds sont noyautés par les premiers. Je m’attends à ce que les résistants luttant contre la famine et les rapines meurent sur leur litière de désespoir et d’acuité intellectuelle – ils sont en réalité délibérément et stratégiquement plongés par la Ghilde dans cette situation. Pour l’instant, c’est un peu confus, les personnages et le substrat, et je retrouve cette confusion jusque dans la description du combat dans l’auberge (le combat dans une auberge est un mème en fantasy comme chez les mousquetaires). La magie de Mescal m’a plu, au seuil de l’irrationnel, comme mise en scène avec un culot de cinéaste asiatique. La parole et la force s’affrontent. Miettes de règles disputées entre affamés contre loi des compagnies (p. 85). Page 97, on parle de la Colline et de ses deux mille ans d’histoire. Nous sommes donc dans une transposition fantasy d’un monde ayant l’âge exact du nôtre ? Page 98, est énoncé clairement ceci : Après l’agression contre les Enselvains, nous nous sommes demandé comment lutter contre le froid, la faim et les pillards. Parleur a proposé de barricader les accès à la Colline et d’organiser un système collectif pour nourrir tout le monde. Le personnage-écrivain Karel est la parole des personnages. L’auteur, donc. La répartie d’un athée est plus stimulante que celle d’un prêtre. La tentative des Collineux (les enclavés) pour construire (ou arracher à autrui) les conditions de leur survie paraît l’écho bricolé, local et désespéré du Dogme qui (c’est Karel qui cause) : est une hiérarchie qui entend ordonner le monde à sa convenance. Rôdent des animaux-miroirs des nôtres comme le phacoche, le pandours, le musqué et le gondin, le veau de tourbe et le dindon palmé. On bascule vers l’affrontement guerrier entre les Collinards et ceux alentour, pour se nourrir. La noblesse ne paye pas l’impôt, elle en vit ! (p. 136). Le passage où Parleur évite l’affrontement avec Le Guévian est très réussi (p. 142 à 149) ; ses paroles sur la guerre (une banalité qui nous contraint à remplacer ce que nous avons détruit par ce que d’autres détruiront, etc.) s’allie au showbiz du magicien ; sans showbiz, pas de sidération par la parole, même sentencieuse ? Les inserts concernant la Ghilde, ses buts et stratégies sont très didactiques. Comme la description d’une mécanique de pouvoir non assujettie aux aléas. Et qu’il soit préférable de devoir mater un soulèvement plutôt que de chercher à éteindre une subversion. (p. 217). La narration est sage, obéissante : rien ne déborde le propos.

La raison se nie elle-même raisonnablement.

2020 / chapitre 5

2020 / chapitre 4

Darwinia : p. 182, l’auteur admet que les contes d’Edgar Rice Burroughs pourraient servir de Baedeker à la contrée explorée dans son roman (mais c’est une fausse piste de lecture). Plus loin, il note la mauvaise qualité du papier sur lequel est imprimé le Times, fibreux car fabriqué à partir d’arbres-mosquées. (p. 200). Et encore : Une fois qu’on donne un nom à un animal, il est trop tard pour le bon sens. (p. 239). À partir du chp XXIX, le récit s’emmêle, devient anecdotique, sous écrit et confus. Une sorte de Christopher Priest brouillon. OK pour faire bifurquer ce qui se présentait comme l’exploration d’une nouvelle Europe arrivée là suite à une brutale bizarrerie, en une conséquence d’un charivari cosmique, mais cette méta-cause me fait songer au livre de Dominique Douay La fenêtre de Diane, tout aussi bizarre avec ses marques-pages. Groupes de Turing, noosphère, ontosphère galactique corrompue par les psions, Archives, champ de Higghs, psivie… tout un méta qui nous délivre une banale fusillade dans une maison rythmée avec le truc des paragraphes très courts comme n’importe quel thriller… Mais aussi, 25 ans plus tard, une drôle de scène, la progression vers un puits très hodgsonien où les personnages (et leur double) perdent apparence humaine tout en se faisant massacrer par, heu, des psions massacreurs qui sèment le foutoir dans ces Archives. Je n’ai pas tout saisi de la superstructure cosmique du récit, l’auteur a dû aller très loin pour architecturer tout ça et garder trop peu de jus pour nous le délivrer ; il en reste quelque chose de confus et d’indéfinissable qui se sédimentera dans l’esprit du lecteur. Bizarre.

À l’instar de Sylvia Hoeks, en reine anorexique et tondue dans See, les top models au corps maigre et long sont des actrices parfaites pour incarner la souffrance.

Dans le cadre d’un curiosité bizarre, j’ai vu deux films absolument ridicules : Australia (Hugh Jackman et Nicole Kidman) et Le majordome (Forest Withacker et Oprah Winfrey). C’est étonnant qu’Hollywood habille deux récits ayant pour objet des avançées civiques (concernant les Aborigènes et les Noirs) d’oripeaux aussi laids.

Cette civilisation est comme un immortel en phase terminale.

On ne va pas se laisser embobiner dans la farine.

Ces gens qui se baladaient en T-shirt marqué : propriété du gouvernement.

Vu deux excellents films de David Michôd : Animal Kingdom et The Rover ; je ne m’explique pas le naufrage complet de The King pour Netflix.

À la fin d’un jour ennuyeux (Massimo Carlotto) : un polar sur une crevure (le narrateur) qui règle leur compte à d’autres crevures, homme politique, mafia calabraise. Prédateur sexuel (mais le détail des scènes est passé sous silence). Mon unique espoir reposait sur l’accélération des événements que le crime imprime au mouvement uniforme de la vie. (p. 113). Et : La politique est aussi un crime créatif. (p. 186). Doit-on conclure à une extrapolation de la réalité criminelle du soubassement social italien, ou bien à sa froide description ?

Pour avoir du succès dans un genre, il faut l’illustrer sans trop de malice ni confusion. Il faut saisir ce qu’il peut proposer comme type de narration et s’en tenir.

2020 / chapitre 4

2020 / chapitre 3

The King (David Michôd) : Shakespeare ? Ah. Falstaff, bon, Joel Edgerton tente de lui donner un peu de relief. Sinon, acteurs filiformes, voûtés, malingres, inexpressifs, léthargiques. Scènes sans charge dramatique. Bataille d’Azincourt, boue et rugby au rayon casseroles. À la fin, Timothée Chalamet meets Lily-Rose Deep. Chalamet ? Le Paul Atréides du Dune à venir ? Aïe. Me demande si Villeneuve, réalisateur déjà bien raisonnable, ne ferait pas mieux de choisir une frite McCain à la place du comédien et de remplacer l’épice par de la Végétaline, histoire que ça frémisse un tant soit peu.

Motherless Brooklyn (de et avec Edward Norton) : une réussite. Au moins, il ne tombe pas dans le travers de Ben Affleck jouant et se mettant en scène, lui ne se filme pas torse nu ou à poil (cf. The Town et Argo).

Rouge impératrice : À propos des méfaits de ceux de Pongo : [Zama et Igazi] pouvaient témoigner de l’existence d’une post-humanité antérieure aux délires transhumanistes, car il avait fallu s’extirper de la race des hommes pour leur faire endurer tant de violences et d’injustice. (p. 442). Et pour méditer sur le rejet des migrants par les Européens : la politique de puissance dans laquelle on s’était engagé ne pouvait s’illustrer par la crainte des Sinistrés. (p. 545).

Je ne sais plus à quoi je me suis occupé hier. Sans doute pas à des choses à destination du lendemain.

La purge Abigail, le pouvoir de l’élue me fait songer à quel film épouvantable pourrait devenir Les Furtifs.

Dracula (Gatiss & Moffat) : #1 laid, long et grotesque. #2 laid, longuet, alambiqué et hors-piste foireux. Je me passerai du #3. Le second degré ne fonctionne pas. Ni l’enchâssement des récits. Les scénaristes donnent l’impression d’unir leurs efforts pour fuir à tout prix et confusément le mythe. Pas pour déplier finement l’histoire ou lui donner des prolongements malins. Bon. #3 tout de même. Laid, décousu. Cérébral. Théâtral. Vide. Abstrus. Etc. Là encore, une histoire-packaging. Dracula ? Make no sense. Et, contrairement à la relecture – réussie – de Jekyll par Moffat, là, il n’y a pas Michelle Ryan.

Macron est un prédateur. Ceux-ci, on ne tente pas de s’en faire entendre. On en garde éventuellement la peau après les avoir piégés.

Swiss Army Man (Dan Kwan, Daniel Scheinert) : pas tenu plus de 20 mn. Sans doute dû au fait que je sois plus soixantenaire que trentenaire.

L’état devient une entreprise dévouée à satisfaire ses actionnaires, offrant le bien-être à ses employés complices et promettant aux autres un licenciement social.

Dans l’Yonne, à la place des boites à lire, je suggère des boites à capsules de champagne.

L’homme donne un sens à l’univers – comme il fait parler les animaux dans les contes.

Je suis plus attiré par la SF troisième voie, entre le space opera ou le post-apo et l’exploration hypertechnoïde. Robert Charles Wilson, par exemple, qui sait préserver le sens du récit sans le réduire à une succession de péripéties ; qui sait poser un postulat sans en faire un jeu uniquement cérébral.

1972 ou rien ? Dans Ride upon the storm, l’affiche de Ziggy stardust trône chez le prêtre Johannes ; dans The crown, la princesse Anne chante Starman ; dans le lointain post-apo See, la reine Kane écoute Perfect day sur une platine et avec un ampli piqués à Julien Heylbroeck. D’où cette idée d’histoire où l’année 1972 infiltre le présent, comme une entité parasite.

À quoi pourraient servir tous ces appareils connectés, lorsqu’ils seront déconnectés ?

Darwinia (Robert Charles Wilson) : Oh, il s’est trouvé des gens pour faire carrière dans la politique en se servant de la xénophobie et de l’ardeur religieuse, mais ça ne durera pas. Il n’y a ni assez d’étrangers, ni assez de miracles pour entretenir la crise. La vraie question, c’est : jusqu’à quel point souffrirons-nous entre-temps ? Je veux parler de l’intolérance politique, de la mesquinerie fiscale, voire de la guerre. (p. 89).

« le président continuera à se rendre à des représentations théâtrales comme il en a l’habitude. Il veillera à défendre la liberté de création, afin qu’elle ne soit pas perturbée par des actions politiques violentes ».

Les littératures de l’imaginaire doivent dresser une cartographie par essence incohérente de l’espace pressenti ou visité. Sinon, autant arpenter l’espace cohérent du réel.

2020 / chapitre 3

2020 / chapitre 2

La semaine dernière, je suis allé chez mes parents. Le système de fermeture de la fenêtre d’une des toilettes est constitué d’un morceau de bois pivotant sur un axe en son milieu et venant se glisser dans deux pattes, une en haut et une en bas. Je l’ai ouverte. Du bois basculé est tombé une petite araignée qui y était coincée. Depuis quand ? Je ne sais pas. Elle est restée inerte, sur le dos. Je l’a crue morte jusqu’au moment où elle a faiblement remué une patte. Je l’ai poussée du bout de l’ongle sous un coin du papier peint afin de la protéger. Je suis reparti de chez les parents sans m’enquérir de son état. Vais-je la retrouver lorsque je reviendrai ?

The lighthouse (Robert Eggers). (Le conte de Poe cité par les auteurs est inachevé ; deux courts chapitres.) Au delà de l’intrigue, si j’ai bien saisi, l’idée pourrait être de condenser en un récit non rationnel certaines pages des journaux tenus par de vrais gardiens de phare. Les peurs vont et viennent, les rapports humains fluctuent, les personnalités sont happées par diverses folies, culpabilité, peur de la puissance marine, créatures fantastiques. Ce principe de nourrir une histoire à d’innombrables sources et d’incarner celles-ci en un seul personnage sans souci de rationalité d’évolution de comportement pourrait être un outil de narration formidable. Le personnage déborde d’un trop plein d’histoires dont il n’est que le réceptacle, qu’il subit, qu’il mime, qu’il ressent – sans pour autant montrer un apprentissage, une évolution. Aucune personnalité propre éprouvée, mais une mutitude de postures, aussi brèves et finies que vives. Piste à appliquer dans un prochain roman.

Cessons de tuer des animaux, mangeons de la chair d’homme. Optimisons toutes ces victimes de conflits guerriers ou de luttes sociales. Interdisons les armes chimiques qui gâtent la viande. Envoyons des équarrisseurs sur les champs de bataille. Des bouchers dans les manifestations. Plus de LBD, des pistolets d’abattage. Plus de retraite, des terrines. Plus d’hôpitaux, des charcuteries.

Je propose au lecteur de découvrir Caïman avec lui, à la mode d’un récit picaresque, sans but précisé en amont de l’écriture. L’écriture doit musarder, pas servir un plan préétabli. Caïman ne préexiste pas à ma narration : il nait et respire à chaque nouvelle phrase. À mon sens, une histoire ne doit pas mettre en scène un dénouement préétabli mais tracer sa propre ligne de fuite à mesure de son déroulement. Les évènements passent, s’accumulent et s’en vont ; l’esprit seul les relie. D’où le côté illusoire et donc non nécessaire d’une intrigue de type préétablie.

Je ne sais pas juger d’un livre s’il est bien ou pas. Je suis curieux de ce qu’il me fait penser.

6-Underground (Michael Bay) : après ça, dur de ne pas s’emmerder en regardant un Mission Impossible ou un James Bond. Mais dur également, le lendemain, de se souvenir de quoi ça causait.

Rouge impératrice : L’éreintage en règle se durcit. Ces types étaient les seuls à s’être déplacés pour aller chier partout où ils avaient posé le pied. […] Ils l’avaient fait chez eux, chez les autres, sur la lune, et l’univers s’était nourri de leur merde pendant des générations. (p. 300). Une belle image : La lumière orangée des réverbères dessinait des cercles phosphorescents, des astres en visite chez les humains. (p. 312).

Des culs-de-jatte avec des chariots mus par panneaux solaire.

The Witch (Robert Eggers) : on peut donc faire un film sur la sorcellerie comme échappatoire au dogmatisme religieux sans tomber dans un travers grand-guignol propre aux trucs de possession (cf. Hérédité), parfaitement éclairer l’affaire et diriger des enfants avec une justesse qui laisse admiratif.

Dommage que je ne vive pas assez vieux pour voir Kim Kardashian à l’âge actuel de Schwarzenegger. Sans doute identique à lui : deux stères de bûches et quelques poils.

Lorsque j’allume la cheminée, des insectes courent sur le bois qui s’enflamme. J’ai l’impression de lire un article sur l’Australie.

Nous sommes ingouvernables. Tous. Et donc, ils constituent un ingouvernement. Ils le savent.

La SF lue adolescent est une transposition des interrogations de l’âge dans un espace plus grand que sa chambre.

The crown : l’épisode avec Charles Dance en Lord Mountbatten est vraiment très bon. Il y a un travelling parfait où on précède Olivia Colman montant un escalier. Et Jane Lapotaire raffle la mise dans le rôle d’Alice de Battenberg en nonne grecque dans l’épisode précédent.

Rouge impératrice : Miano écrit ceci (p. 336) : Les […] populations continentales du passé […] préféraient se réclamer d’ancêtres puissants plutôt que de leurs sujets. Le désir de se représenter à la fois libre et glorieux cheminait donc obscurément avec un rêve de domination plutôt que de justice… Boya et Ilunga ont recours à des escapades éthériques au pays des morts – et des margouillats (lézards) curieux. Cette partie du récit tranche avec le tableau historique, politique et technique ; il s’y mêle sans obéir à une nécessité. Un contrechamp infini et familier aux luttes géographiques âpres. C’est curieux et bienvenu. Par exemple : Autour d’eux, une végétation d’algues brunes s’épanouissait, des porifères jaunes formaient çà et là de petits buissons. Il n’y avait pas un bruit, l’océan lui-même, dont la masse les recouvrait, ayant fait choix de silence. (p. 393). Et : Boya allait connaître sa nuit, les âmes qui la peuplaient, celles qui l’accompagnaient sur la terre depuis que le temps existait. Elle apprend également qu’elle a été baptisée plusieurs générations avant sa naissance, et qu’une fillette albinos présente les a choisis, elle et Ilunga, pour être ses parents. Et l’expression accorder leurs balafons.

Le contenu est contaminé par le packaging. (Par ex. : Les furtifs.)

Il n’y a pas de paradis, et il n’y a pas d’abri.

Nous nous affrontons essentiellement par l’entremise de fictions cérébrales.

2020 / chapitre 2