JOURNAL 2019 / Semaine 47

lundi 18 novembre

Me suis infligé The Mandalorian pour Werner Herzog. Où comment une sorte de cocotte-minute vantée pour être le meilleur chasseur de primes de l’univers se fait rouler par son employeur qui le paye en boulons ; est sauvé par un droïde issu du croisement d’une pompe à vélo et d’un tourniquet d’arrosage ; se prend une branlée par des roadies de Neil Young hauts comme trois couilles (cf. Rust never sleeps) ; se prend une branlée par une sorte de taupe qui pond des œufs type luminaire en ficelle de Nature et découvertes, mais avec du caramel à la place de l’ampoule ; est aidé par Nick Nolte qui mesure 1,20 m et a un masque en latex de Brad Dourif ; se mue finalement en baby-sitter d’un rejeton de Bambi et d’une scarole. Pal. Pi. Tant. Et mou, au moins ça repose. Je suis certain qu’il va croiser Bud Spencer et Terence Hill.

mardi 19 novembre

Lu deux polars : Un bateau plein de riz (Alicia Giménez Bartlett), sympathique. Et Les mers du sud (Manuel Vásquez Montalbán), une aventure de Pepe Carvalho. Chaque siècle construit ses ruines (p. 269).

mercredi 20 novembre

Échange avec le V. des Moutons, qui se félicite (et m’en fait part) de l’excellente remise en place de Femmes… par leur nouveau diffuseur, MDS (500 ex. pour janvier) et me confirme la sortie poche avec – tenez-vous bien – un bandeau. Par contre, j’ai appris que les Harry Dickson étaient partis au pilon – du fait d’Harmonia Mundi.

jeudi 21 novembre

Travailler cette notion de non explication dans les romans. Lutter contre l’idée du lecteur que ce qui ne propose pas d’explication est inachevé ou facile. L’écrivain n’a pas nécessairement à témoigner d’omniscience par rapport à ce qu’il décrit. En ne rationalisant pas, il convoque les courants sous-jacents de l’affaire.

Ce que j’ai à écrire vient d’une région largement en deçà des zones abordées par Scrivener ou autres méthodes préparatoires à l’écriture proprement dite, qui aident à sa cohérence factuelle, à sa structure, à son objet. C’est une non-méthode de révélation où se nouent des choses secondaires, où se rencontrent des détails jetés sur la feuille à mesure que j’avance. Je vois la structure sous-jacente apparaître et se révéler à mesure, sans intervenir autrement qu’en soupesant des possibilités. Lorsque je regarde un roman terminé, je me dis que j’aurais été totalement incapable de le penser dans son entière cohérence avant de le rédiger.

vendredi 22 novembre

En fantasy, l’envol inventif de l’esprit est cadré par la cartographie, les liens familiaux, les découpages politiques. C’est une représentation de contrées imaginaires asservie par les règles de la réalité.

samedi 23 novembre

Si la production du genre fantasy se sublimait grâce à toutes ces inimitiés – mais même pas, ces combats de frêles Conan de bibliothèque produisent des récits verbeux et insipides, aussi semblables les uns aux autres que les minuscules armes de figurines militaires.

dimanche 24 novembre

Le réel est si réel qu’aucun projectile théorique ne le perce jamais.

L’année prochaine, je tiendrai un journal où ne seront consignés que les jeudis.

JOURNAL 2019 / Semaine 47

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.