Harry Dickson No. 186 / Le désert des chercheurs d’ordre

Fascicule paru chez Le Carnoplaste en 2010. Disponible ICI

Un homme apparaît dans la lande entre Launcethorn et Glamorgan, devant les fusils de chasseurs et perturbant une battue au gros gibier. L’individu a « l’air aussi idiot que le clerc de Strattle & Dumphries ». C’est le huitième ainsi apparu.
Il porte une fenêtre sur ses épaules.
Bien.
Et ensuite ?
Battue. Sangliers précipités dans une combe pour y être tués. Excédée, une laie monstrueuse s’égare dans la combe au point de se retrouver quelque part sous terre, « où une multitude d’yeux aveugles la suivent, figés dans la grisaille de leurs paupières géométriques. »
Ensuite ?
Un meurtre ― mais la victime n’est pas la bonne victime, pour preuve, la fenêtre.
Ensuite ?
Ensuite, Baragwanath Clinic, où nous retrouvons Harry Dickson, sa pipe et son tabac de Hollande et « l’œuf froid de sa montre posé sur sa chaîne ».
Que lit le Roi des Détectives ? « un ouvrage de Kipling contant les aventures de M’Tuck, Beetle et Stalky »…
Ensuite ?
Hé, hé…

Harry Dickson No. 186 / Le désert des chercheurs d’ordre

Harry Dickson No. 185 / Le Dieu inhabité

Fascicule paru chez Le Carnoplaste en 2009. Disponible ICI

En fouillant dans mes sauvegardes, j’ai retrouvé une version de cette aventure qui diffère sur bien des choses, au point qu’on peut raisonnablement parler de deux histoires : celle qui a été publiée et l’autre.
Certains personnages se retrouvent dans les deux, comme Auntie Daphné, qui vit sous un crâne – mais, dans la première, le crâne appartient à un gamin, Drewster Peeble, surnommé Sleugh ; dans l’autre, c’est celui de Jim Brokenskull ; la victime retrouvée dans le broyeur à branches n’est pas une femme mais un homme ; au lieu de retenir le lecteur à Londres, la seconde l’entraîne en Norvège.
On s’y exprime même en norvégien :
Auntie Daphné parla. Et même se répéta :
― Åpne døren for meg, Frue, er De snill.
― Policeman, dit Mary Biggins d’une voix blanche, il y a quelqu’un là-dedans.
Puis Auntie Daphné ajouta :
― Er De ledsaget av en politimann ? Ja? Så nå er altså mine lidelser endelig over.
Aujourd’hui, je suis bien en peine de savoir ce que disent mes personnages…
Il y a un pauvre gamin des rues qui subit bien des tourments : lui qui crève de faim,  lorsqu’une bonne âme lui refile un morceau de porc à manger, il découvre, après avoir raclé la viande avec ses dents pourries, qu’Auntie Daphné a gravé cette horrible injonction sur l’os : Kill yourself.
Plus je relis la seconde histoire et moins je comprends. Il y a tout un passage à bord d’un bateau qui dénote une connaissance de la navigation qui me fait défaut. Les personnages rallient Oslo sur le voilier appartenant à Edward van Buren, personnage de deux aventures du Roi des Détectives écrites par Jean Ray (Les vengeurs du diable et La maison hantée de Fulham Road) !…
Bon sang, d’où sort cette histoire ?  Qui l’a écrite ? Si je puis affirmer que certains éléments sont bien de ma main (ceux qu’on retrouve dans la version publiée), d’où viennent les autres ?
Je me perds en conjectures. Me voilà rendu à écouter parler les marins du yacht La Flandre :
― Max Meester, huit ans que nous naviguons ensemble… Ruyck Sparembek… Hans Falkenhayn, avec nous depuis l’Australie… Raymond Horlock, ah Raymond… ! Il a sauté sur les genoux de mon paternel !
― Nous ne nous sommes si peu quittés en tant d’années, précisa le marin.
― Tom Ghisquière, Walter Hasselt… Macao, les ondées levantines, Singapour…
― Et les Féroé, avec ce satané tjaldur qui en voulait à mon bonnet, rappela Hasselt.
― Teddy Blantyre, l’Australie toi aussi… Perth… trente six mois déjà.
― Trente quatre, précisa Teddy Blantyre.
― Bill Revinus… Richard Jervas… Herbert Weekes…
Edward Van Buren tourna vers Tom Wills.
― Expliquez-moi Tom. Avons-nous embarqué un clandestin ?
(Ah ! Tom va-t-il enfin m’expliquer d’où sort ce texte ?…)
Et Tom de conclure :
― Je suis perdu devant une malice si effroyable…
Zut. Ce n’est pas aujourd’hui que la genèse de ce texte me sera délivrée…Harry Dickson No. 185 - Le Dieu inhabité

Harry Dickson No. 185 / Le Dieu inhabité

Harry Dickson No. 202 / La treizième face du Crime

Fascicule paru chez Le Carnoplaste en 2009. Disponible ICI

Pourquoi avoir écrit les Harry Dickson dans le désordre (181/184/187 puis 182/183 et… 202) ? Pourquoi pas ? Au gré de mon humeur, de ce que la couverture m’inspirait.
Et donc, le No. 202 ?
On ne le distingue sans doute pas vraiment sur la reproduction de la couverture, mais la deuxième tombe porte le nom de Georgette Cuvelier. Pour ceux qui ne connaissent pas le Harry Dickson de Jean Ray, j’explique ceci, dans mon histoire :
« Nous laissons au lecteur averti des précédentes aventures du Roi des Détective le soin de s’en souvenir ; aux autres, ce paragraphe, afin de tracer à grands traits les éléments nécessaires pour apprécier l’étrange préoccupation de nos héros.
Georgette Cuvelier était la fille de l’épouvantable professeur Flax, le Monstre Humain si justement nommé et vaincu par Harry Dickson après d’intenses péripéties et au terme d’une ultime lutte souterraine dont aucun témoin ne put faire la relation hors le détective lui-même… Pour venger la mort de son père, Georgette monta la fameuse Bande de l’Araignée de sinistre mémoire, qui signait chaque abominable forfait d’une araignée d’argent niellé. Si la résolution des velléités criminelles de Georgette Cuvelier fut aisément scellée, il en fut tout autrement de l’Amour, car la jeune fille au caprice de femme avait en sus de cette vengeance, destiné au détective de déroutants sentiments.
Georgette était morte sans séparer le Crime de l’Amour. Dès lors, leur ultime tutoiement hantait chacune des nuits du détective, depuis cette fatale journée où, vaincue, elle s’était tuée avec l’arme qu’il lui avait laissée… »
Georgette Cuvelier, morte : quel beau personnage.
Ceci m’a entraîné dans une aventure chargée jusque là de figures et de péripéties qui me sont venues en cascade à mesure de l’écriture. C’est là que j’ai, plus encore que les autres, lâché la rampe et que je me suis laissé aller à inventer sans me préoccuper de la manière dont j’allais ficeler le tout à l’épilogue – ou pas. Qu’on en juge : seulement 32 pages, et, outre que « la Béguineuse Sanglante tenta de se pendre en tissant patiemment une corde avec la paille de sa geôle. Ce fut qualifié d’ingénieux – mais ne résista pas à son poids », vous trouverez :
un égorgeur notoire littéralement broyé par la reine Élisabeth 1re elle-même ;
une mécanique tueuse ;
le Lily Pound du révérend Buxton (ceux qui connaissent Londres savent qu’il est sur l’Embankment) empli d’acide ;
un « one-penny boat » fantôme ;
une pension de famille où on vénère l’if ; où ne se retrouvent que des assassins ;
nos détectives qui communiquent de toit en toit à coups de fronde ;
une reproduction du tableau de Burne-Jones, « Arming of Perseus » où les nymphes n’ont que quatre orteils ;
un chien qui fait tourner la broche dans la cheminée depuis son « dog-pit »
et, pour faire honneur à la couverture, un cimetière mécanique, bien entendu.
Le tout agrémenté de 13 meurtres – dont deux, sans doute le fait de Georgette Cuvelier
L’épatant est qu’il ne m’a fallu que trois pages pour livrer une explication qui se tient.

Fascicule Harry Dickson No. 202
Fascicule Harry Dickson No. 202
Harry Dickson No. 202 / La treizième face du Crime

Harry Dickson No. 183 / le secret de la Pyramide Invisible

Fascicule paru chez Le Carnoplaste en 2009. Disponible ICI

En dernière page, on y lit : « Ouvrage réalisé de * à * par les auteurs.
Dépôt légal mai 2009 – © Le Carnoplaste 2009 – Éditeur associatif emmascaradé à Sainte-Geneviève des Bois, Longues-sur-Mer et en bien d’autres *illeurs. »
Déjà, ces * en place de certains « a », ce qui nous amusait, Alain Letort et moi, lorsque nous échangions, au début, avant même que je songe au Carnoplaste.
Et ce verbe, « emmascarader » : je venais de m’offrir le Bertaud du Chazaud, les « synonymes et mots de sens voisin »…
Bon. Où en étais-je ? Ah oui : ce Harry Dickson là, très feuilleton, avec un personnage que je reprendrai un de ces jours : Sineus Belowzero, section des écrits à un penny, qui vit dans les sous-sols du British Museum, « parmi les tombereaux périégètes qui s’y entassaient, comme un troglodyte gourmand des primitives manifestations de l’esprit ».
Dans cette aventure-ci, il y a le Catharinien
« — Regardez. Voici votre figure tutélaire parfaitement rendue. Cette gravure a été réalisée par un disciple de Landseer. Bertillon lui-même ne saurait présenter plus scrupuleux portrait. Voilà à quoi ressemble Nooknock.
— C’est un singe, dit Tom Wills.
— Nooknock, un singe ? Aha !…
Shuttleworth frappa la page de sa main retournée comme s’il talochait un ignare.
— Un singe !… Et vous, vous êtes un hominien tout comme les deux niaises du rez-de-chaussée, s’emporta-t-il. Pourtant ne sentez-vous pas ce qui vous sépare d’elles ? Ou ce qui sépare nos deux propres complexions ? Nooknock est au singe ce que je suis aux Carstairs. C’est un primate évolué, un Catharinien de l’Ancien-Monde, selon la classification géographique en vigueur. Peut-être un spécimen de cet ordre mythique des Archencephala cher à Richard Owen. »
Et là encore, des tatouages sur la figure – celle du détective, cette fois-ci. Qui est responsable ? Le singe, pardi. Enfin, Nooknock, le Catharinien
Et l’histoire trouvera son dénouement grâce à un feuilleton…
Et la Pyramide Invisible du texte ?
Par une illumination de dernière minute, je l’ai trouvée ! Ce qui n’était pas gagné. Elle y figure. Sans entourloupe.

Le secret de la Pyramide Invisible
Le secret de la Pyramide Invisible
Harry Dickson No. 183 / le secret de la Pyramide Invisible

Harry Dickson No. 182 / le Baal des psychonautes

Fascicule paru chez Le Carnoplaste en 2009. Disponible ICI

Un texte écrit il y a presque dix ans. Je ne me souvenais pas combien je l’ai truffé de références et de clins d’œil.
Londres. Des enfants disparaissent en grand nombre, « engloutis par des failles noires ». Scotland Yard est sur les dents. Puis les disparitions cessent. Et Harry Dickson envoie Tom Wills en repos sur la côte, à Tyldesley-the-Sea. Tom s’ennuie, écrit un mirliton à Dickson :

Cher Maître,
Bien las du Morne Repos & du Grand Air…
A quand du Sang, du Crime & du Mystère ?

Tom écrit cela sur une carte postale vendue par un démarcheur. Dickson la reçoit. Il la lit et tombe en catalepsie. Vache de mince, ai-je pesté après avoir écrit ce début. Comment vais-je m’en sortir.
Tyldesley-the-Sea
, c’est Port-en-Bessin Huppain, dans le Calvados. Jeune, j’y allais avec mon frangin pêcher des sardines à la dandinette, cette ligne aux hameçons multiples qu’il suffisait de descendre au passage d’un banc. Les rues décrites sont celles qui existent, les descriptions sont précises : « ici et là, une étroite fenêtre éclairée d’une falote bougie pelait d’amphiboles la surface du granit ».
Le sémaphore, d’où Harry Dickson communique avec son élève, existe. Ainsi que cette « tour Calfbanns », traduction perverse (dont j’ai oublié la clef) de la véritable tour Vauban, sur les hauteurs du port.
Mais il y a plus.
L’histoire mène nos héros de l’autre côté de la Manche, en Normandie. Ils y vont en avion, piloté par une vieille femme qu’on croisera, je crois, dans une autre histoire (je ne sais plus laquelle) : Mimi Mumby. Ma belle-grand mère maternelle, délicieuse créature qui « me lavait le gland avec le côté vert de l’éponge », disions-nous pour rigoler avec le frangin.
Mais il y a plus encore.
Ils se rendent chez Archie Furse, un limier-saucier. « Ou Kurpius Kneebone, Arnoulds-Moreau, Ebenezer Mayland, Elius Corne… Tant d’autres et non des moindres, comme Alceste Mirabelle, le célèbre saucier de Saint Lô. Et même l’un des Pierrepoint lorsqu’il s’avéra nécessaire de soustraire Miss Samarkand Frith à la potence ». Ce personnage est en réalité Alain Letort, peintre des couvertures sous le nom d’Isidore Moedúns. « Archie Furse frotta d’une paume matelassée de fumée de tabac ses courts cheveux blancs » (à l’époque, il fumait encore). Nous pénétrons chez lui. Je lui fait dire : « J’aime remettre les escrocs à la maréchaussée », lui qui n’aime pas la maréchaussée ; je le fais conduire de manière sportive, lui qui conduit calmement ; il parla anglais… Bref, je m’amuse. « On décide d’emmener le faussaire. Il fut détaché de la salamandre. De son passage chez Archie Furse, il ne resta que son contour tracé par les cordelettes sang-de-bœuf laissées sur le sol. » : à cette époque, Alain peignait des drôles de toiles où ne restaient des personnages que des cordelettes.
Mais il a autre chose.
Le passage vers la ville, double de Tyldesey-the-Sea en Normandie, est un endroit nommé « Le Trou-du-Diable ». Cet endroit existe, je l’ai visité. C’est une ancienne carrière d’ardoise près de Balleroy. Qui veut vérifier le trouvera : il suffit réellement de passer sous un sentier pour y accéder.
Après ces pas de côté, pour la fin de l’histoire, nous sommes dans la réalité vraie. Le coupable « qui se dissimule derrière le visage d’Harry Dickson » a bel et bien existé : c’est Edmond van Daële, un acteur. Cherchez et vous trouverez le rapport qu’il entretient avec le Roi des Détectives via Raymond Plaissety, de la Gaumont…
La couverture m’a donné des suées. Ce « Rosebud »… et ces failles noires…
Ces failles qui mangent décor et personnages, pour m’amuser, j’en ai placé une à la toute fin du texte : elle en dissimule les mots. Il faudra donc attendre la réédition en Hélios noir pour pouvoir les lire.
Et puis et surtout, les descriptions de cette Normandie noire est un hommage au travail mon père, peintre-graveur (taille-douce), à travers le personnage nommé Barnabé Clermusot : « Ici et là une barrière de bois découpait les cieux gris d’une géométrie primitive » ; « une chapelle blanche, décharnée, cartilage enseveli sous les ronces » ; « Perçant les talus, apparaissaient les bouches noires de multiples chemins sombres, ouvertes comme sur des cris creusant la campagne. Des pommiers tordus par d’incessantes tempêtes lançaient leur ramée gesticulante vers les nuages » … (Le lecteur curieux ira ici ou .)
Je m’amuse avec les citations : chaque dernier chapitre a la sienne. Là, c’est celle-ci :
S’il a lu Keats, c’est l’éther chlorique. Sinon, c’est le même bacille ou la même onde hertzienne de la tuberculose, plus Fanny Brawne et le statut professionnel qui, conjointement avec le courant principal de la pensée subconsciente commune à toute l’humanité, a momentanément fait surgir un Keats induit.
C’est de Rudyard Kipling. A l’époque, je m’étais offert ses œuvres dans la Pléiade. J’ai lu les quatre volumes page après page. D’où j’ai tiré ceci, je ne le sais plus, il faudrait que je relise tout Kipling… Mais ceci est une autre histoire… (*)
—–
(*) C’est dans « Wireless » (Sans-fil). Retrouvé grâce à Jane Campion et son parfait « Bright Star ».
Harry Dickson No. 182 / Le Baal des psychonautes

Harry Dickson No. 182 / le Baal des psychonautes

Harry Dickson No. 187 / Le réveil du chronomaître

Fascicule paru chez Le Carnoplaste en 2008. Disponible ICI

Ah ! J’habite au seuil de la forêt d’Othe. Je dois la traverser sur une dizaine de kilomètres pour aller au cinéma ou pour faire les courses. Dans un virage il y a un banc, installé là par le grand père du voisin éleveur de pintades. Au milieu de nulle part. A chaque fois que je passais devant, je me disais : « quel formidable début de récit : assoir Harry Dickson là, au milieu de la forêt… et attendre que l’aventure se présente ».
Ce fut l’impulsion de départ du « réveil du Chronomaître ».
Ce qui est amusant, c’est que le lecteur n’en trouvera pas trace dans l’histoire. En prologue Harry Dickson et son élève sont bien assis (du moins Tom Wills) mais dans un « établissement fameux de Soho, tenu par Knurl Slomow et nommé le Swizzle’s Schouteet »
Moi seul sait que le bois de ses poutres vient de la forêt d’Othe…
J’ai également détourné une architecture proche d’ici : dans l’histoire, il y a le quartier de « Washer’s hole », une sombre résurgence, une fosse aux eaux insondables. En réalité, c’est la fosse Dionne, à Tonnerre, bien connue de l’illustrateur Philippe Jozelon, qui peut la contempler de ses fenêtres. On la retrouve aussi dans une nouvelle d’Hebna Calde, où on en ressort le corps d’un plongeur étranglé à mains nues dans son propre scaphandre.
Autre chose : afin de nourrir mon récit d’une impression de réalité, la saison de mes histoires est la saison de son écriture. Si je l’écris en avril, ce sera le printemps sur le papier. Là, c’est au cours d’un hiver glaciaire qui enserre Londres. J’ai donc écrit l’affaire pendant l’hiver 2007, je pense. En règle générale, il me faut un mois pour écrire une aventure. Les premiers chapitres viennent lentement. J’élucide le mystère de la couverture-contrainte. Puis, à l’avant-dernier chapitre je décide de qui est le coupable. Ensuite, j’abandonne l’histoire pour autre chose. Et j’y reviens une semaine plus tard. Là, j’ai laissé le lecteur sur une incertitude totale. Seul un discret pictogramme en forme de main lui indique qu’il y aura une suite.
Je l’ai laissé patienter presque deux ans avant de conclure l’affaire avec « Le fil à couper le cœur ».
Fichu temps… Il y a des naufragés dans Hyde Park, qui ne peuvent retrouver le chemin de la City ; il y a un chasseur de daims ; « Big Ben lâch[e] son onzième coup, œuf parfait déposé dans les langes du Chaos »…
Les deux détectives ne peuvent résister à l’appel d’un homme mort qui revient les voir et dont la neige fond sur le crâne… car s’y loge un paysage (celui, bien sûr, de la couverture).
Alain Letort m’a dit que mon Londres était épatant. Alain aime la surprise de mes histoires : il a peint ses couvertures sans se soucier de ce qu’elles cachent. Le plaisir est grand de le surprendre à chaque aventure. Je le vois s’enfoncer dans la peinture, sur des chemins qu’il n’avait pas soupçonnés d’exister lorsque son pinceau les a peints.
Le personnage de Pictor Cellerimus est un clin d’œil que je lui adresse.
Je crois bien que cette histoire est l’enquête la plus étrange de mon Harry Dickson.

Harry Dickson No. 187 - Le réveil du Chronomaître

Harry Dickson No. 187 / Le réveil du chronomaître

Harry Dickson No. 184 / Le ministère du grand nocturne

Fascicule paru chez Le Carnoplaste en 2008. Disponible ICI

Premier Harry Dickson écrit à partir d’une toile d’Alain Letort. Ce devait être en 2006… A cette époque, je croyais qu’Alain avait de l’entregent avec le milieu de l’édition. C’était la première personne dont j’étais proche qui avait été publiée. A travers lui se profilait la possibilité de l’être à mon tour.
A l’époque et suite à l’exposition des toiles et de la souscription, un coffret avait été édité par l’Université de Caen. Les auteurs étaient bien entendu partis de la toile (titre, illustration et phrase en pied) pour leur histoire. Au résultat, pas ou peu de rapport avec Harry Dickson, et un format d’impression inférieur à un livre de poche. Je me souviens avoir plus ragé de l’objet proposé que de n’avoir pas participé à l’affaire. Je lisais Harry Dickson depuis la réédition Marabout et m’estimais plus qualifié que ces ignorants pour qui le Roi des Détectives avait été prétexte à de l’autofiction.
En réaction, j’ai commencé à écrire une histoire, au stylo, dans un cahier noir et rouge que je dois encore avoir. Je n’avais jamais écrit. Lu, beaucoup mais jamais écrit. Je m’étais promis d’attendre d’avoir 50 ans pour être publié, afin de vous épargner des « œuvres de jeunesse »…
(Je suis né en 1958, Le Carnoplaste a édité ses premiers fascicules en 2008.)
De l’époque – relativement indéterminée à mon sens – où sont situées les aventures du Roi des Détectives, de Londres, des us et coutumes, je ne connaissais rien d’autre que l’écho de lectures disparates. Et les Harry Dickson de Jean Ray laissent tout de même une impression de flou, il n’y a pas de repères précis, tout dérive dans une réalité où flottent des morceaux d’autres époques, les repères temporels sont biffés.
J’ai forgé les patronymes de mes personnages à l’oreille, en piochant et en assemblant des syllabes empruntées à un annuaire. J’ai restitué Londres selon mes impressions d’une ville plus encore dissimulée par ma méconnaissance que par le fog. Je suis parti en improvisant, vraiment, sans rien savoir de la manière dont on construit une intrigue. A la relecture, j’aime bien l’impression de fuite dans l’abracadabrant, et les réponses aux mystères, esquissées, dont la pertinence tient plus à la manière péremptoire d’être délivrées qu’à autre chose.
C’est là que j’ai commencé à songer que mon Harry Dickson était hautain, exaspérant et antipathique… Pauvre Tom…

Harry Dickson No. 184

Harry Dickson No. 184 / Le ministère du grand nocturne